Jean-Marc Ayrault n'est plus maire de Nantes

© AFP Joel Saget
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Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a démissionné ce jeudi de son poste de maire de Nantes, comme prévu. C'est ce qu'il a annoncé dans un communiqué.

Par LQ avec AFP

Pour se conformer à la règle de non cumul et se consacrer à sa tâche de Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a dû se résoudre jeudi à démissionner de ses fonctions de maire de Nantes, mais il n'entend pas couper les liens avec cette ville qui l'a fait et qu'il a profondément marquée.

"Conformément à mes engagements, j'ai remis ce jour en préfecture ma démission de maire de la ville de Nantes et de président de Nantes Métropole", indique M. Ayrault, ajoutant que "le premier adjoint à la ville, Patrick Rimbert, et le premier vice-président de Nantes Métropole, Gilles Retière, assurent à compter de ce jour l'intérim pour chacune de ces fonctions".
 
Ainsi, "les prochains conseils, le conseil municipal du 29 juin et le conseil communautaire du 6 juillet, désigneront le nouveau maire de Nantes et le nouveau président de Nantes Métropole".
"Je resterai pour ma part conseiller municipal et communautaire", précise M. Ayrault.
 
Jean-Marc Ayrault a été maire de Nantes sans discontinuer depuis 1989. Il avait auparavant été maire pendant douze ans de Saint-Herblain, ville de l'agglomération nantaise. Il était président de Nantes
 
Pour Matignon, Ayrault s'éloigne de Nantes, la ville qui l'a fait
 
A tous ceux qui à Nantes craignaient, ou espéraient, qu'il ne lâche son fief, M. Ayrault n'a cessé d'expliquer que, malgré ses nouvelles fonctions, il ne sera "jamais loin". "Je resterai conseiller municipal, j'enverrai des SMS...", n'a-t-il cessé d'assurer ces derniers temps.
Tant à la ville qu'à la métropole, il a lui-même choisi ses successeurs, Patrick Rimbert et Gilles Retière... jusqu'aux prochaines élections municipales en 2014.
 
Et à cette date, personne à Nantes n'écarte l'hypothèse de voir revenir "JMA", dans cette ville qui a contribué à faire de lui un homme d'Etat.

L'homme qui a réveillé "la belle endormie"

 / © LQ/F3 Pdl
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Quand il prend la tête de "la Belle endormie", surnom de la ville de Nantes en 1989, Jean-Marc Ayrault a 39 ans et s'est déjà fait la main douze ans à Saint-Herblain, la ville voisine. 
A Nantes, le socialiste trouve un chantier à la hauteur de ses ambitions. Les chantiers navals, poumon industriel de la ville, viennent de fermer, laissant au centre ville les carcasses d'immenses hangars et des grues immobiles.
 
Un an à peine après son arrivée, Nantes la bourgeoise, ex-plaque tournante de la traite négrière guindée par des siècles de richesses cachées, se retrouve secouée par le "Festival des Allumées", initié par le directeur artistique et proche du maire, Jean Blaise, qui invitera, six ans de suite, la fine fleur de l'art contemporain du monde entier jusque dans les rues.
Jean-Marc Ayrault utilise la culture pour "réveiller les énergies" et, dans le même temps, il encourage les domaines économiques nouveaux et prometteurs: biotechnologies, et bientôt, dans les années 1990, internet, économie numérique, qui vont relancer l'emploi.
 
Près de 25 ans plus tard, Nantes a comme principal problème, pour les trente prochaines années, la gestion de son flux migratoire redevenu positif.
Les hangars des chantiers navals sont devenus le coeur vivant et artistique de Nantes, avec les "Machines de l'Ile", dont un Eléphant articulé géant devenu symbole de la ville et tout autour, des entreprises hi-tech, des galeries d'arts.

L'Elephant de Nantes
Sourire imperturbable et poigne de fer
 
La ville s'appuie sur la richesse de son patrimoine classique, et sur un avant-gardisme échevelé. Le maire est un peu à cette image. Il est raillé pour sa tenue - costumes comme coiffure - en permanence impeccablement classiques, il refuse la libéralisation du cannabis.
Mais il défend le mariage des homosexuels et fait financer les rêves géants des fous de Royal de Luxe, ou "la Folle Journée", trois jours de musique classique entièrement tournée vers le grand public.
 
"Un euro public dépensé dans une manifestation culturelle engendre trois à six euros de retombées", martèle-t-il encore le 15 juin dernier en inaugurant le dernier "bébé" qu'il a conçu avec Jean Blaise, "Le Voyage à Nantes".
 
Tout cela ne s'est pas fait sans critiques, ruades... et les Nantais ont appris que, derrière le sourire imperturbable, une poigne de fer - "après concertation"
selon la formule consacrée - indique fermement la direction à suivre et n'entend pas qu'on lui résiste.
Les opposants au futur aéroport de Notre-Dame des Landes en savent quelque chose. Interrogé par l'Express en mai, le désormais ex-maire de Nantes résumait ainsi sa méthode: "J'impulse, je délègue, je tranche".



 

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