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En exclu ou presque, l'interview de Yoann, le dessinateur des aventures de Spirou et Fantasio

© éric guillaud
© éric guillaud

Le 53e volet des aventures de Spirou et Fantasio est sorti  dans toutes les bonnes libraires de France et de Navarre. L'occasion de (re)rencontrer son dessinateur Yoann et de l'assaillir de quelques milliards de questions...Rencontre avec son papa nantais.

Par Eric Guillaud

Il y a quelques jours, Yoann nous recevait pour la visite de son atelier. L'endroit et son hôte nous ayant tellement paru chaleureux, nous avons décidé d'y retourner histoire de lui poser toutes les questions du monde, sur la BD, la série Spirou et Fantasio, le dernier album "Dans les griffes de la Vipère", la vie...
Louise, 8 ans, et Carla-Zoé, 7 ans, deux jeunes fans de base de ces héros se sont jointes à nous pour trois questions par vidéo interposée...


Yoann, quel a été votre premier coup de cœur BD et quel a été son influence sur votre travail ?

Ce fût sans conteste Franquin, mes oncles et tantes avaient des albums de Gaston Lagaffe et j'étais déjà fasciné par la virtuosité de son auteur, de la vie et du comique qu'il faisait passer à travers les expressions de ses personnages.
Son influence a été majeure, c'est lui qui m'a donné envie de devenir dessinateur, et pendant des années j'ai observé, disséqué son dessin et l'esprit dans lequel il travaillait... il a été très difficile après ça de m'ouvrir à d'autres auteurs, d'autres formes d'expression. Mais, ça, c'est venu par la suite, à mon entrée aux beaux-arts et ma rencontre avec Eric Omond (le scénariste de Toto l'Ornithorynque, ndlr)
 / © Dupuis - Yoann & Vehlmann
/ © Dupuis - Yoann & Vehlmann

Pouvez vous nous raconter votre première rencontre avec les personnages mythiques que sont Spirou et Fantasio ?

Haha, au supermarché ! Mes parents me laissaient au rayon BD pendant qu'ils faisaient leurs courses, comme ça ils étaient sûrs que je me tiendrai à carreau ! Du coup j'ai vu que « le monsieur qui dessinait Gaston » avait aussi fait d'autres bandes dessinées. C'est ainsi que j'ai lu tout Spirou de Franquin à rebours.

Qu'avez-vous ressenti lorsque la maison d'édition Dupuis vous a demandé de reprendre la série ? Et comment cela s'est-il fait ?

C'est Fabien Vehlmann qui m'a un jour appelé en m'annonçant que Tome et Janry avaient officiellement décidé d'arrêter Spirou et que Dupuis lui avait proposé la reprise en tant que scénariste, lui donnant par la même occasion le choix des dessinateurs avec qui il pouvait faire des essais (et ainsi choisir l'heureux élu). Ce qui fût fait, il s'arrêta sur mon travail et le fait que je connaissais la série sur le bout des doigts. Mais pour tout un tas de raisons, à cette époque l'éditeur se montra hésitant et Morvan et Munuera furent choisis dans un premier temps.
C'est dire si l’excitation de reprendre cette série fût de courte durée, pour laisser place à une attitude de conquête et de frustrations, d’impatience et de fausse joie, jusqu'à ce qu'on nous propose de réaliser le premier album one shot "Les Géants Pétrifiés". Là, les choses ont changé.

Une question de Louise

Question Yoann 1

Ce fut on imagine beaucoup de travail au début, peut-être beaucoup de pression. Comment avez-vous vécu cette période ?

C'est là que nous avons beaucoup réfléchi à ce qu'était Spirou pour nous et pour les lecteurs, et dans quelle dispositions allions nous le reprendre... Allions-nous le traiter de manière nostalgique, ou y avait-il encore des perspectives à tirer à ce personnage et son univers ?
Devions-nous nous montrer respectueux ou pouvions-nous nous permettre de transgresser un peu quelques règles ?
Cette période fût décisive car nous avons élaboré les bases de ce que nous allions sans le savoir poursuivre sur la série classique. J'ai d'abord passé beaucoup de temps à crayonner et a chercher graphiquement un Spirou qui soit le mien, pas celui de Franquin, pas celui de Fournier, etc... Je me relevais la nuit pour remplir des carnets de croquis ! J'étais surmené, je me souviens m'être évanoui lors d'un festival au Québec, lors d'une rencontre avec le public, haha !
Lorsqu'on nous a proposé la reprise de la série classique, les bases étaient déjà posées par tout ce travail sur "Les Géants Pétrifiés".

L'architecture, la turbotraction, le costume de groom... Le nouvel album nous fait bien évidemment penser aux années 50 et donc à l'époque où Franquin animait les aventures du tandem. Comment trouve-t-on sa place dans la longue liste d'auteurs qui se sont succédés sur la série  ? Comment imprime-t-on sa marque, son style, tout en respectant les limites, nombreuses j'imagine, fixées par l'éditeur ?

Nous Sommes tombés d'accord, Fabien et moi, sur le fait que l'essence même de la série Spirou et Fantasio était un savant mélange d'aventure, d'humour et d'un poil de fantastique, et que si l'on supprime un de ces éléments, ça ne fonctionnait plus.
J'ai ensuite pris le temps de relire intégralement tous les albums qui avaient été faits auparavant, afin de définir ce que je ne voulais pas faire ! À partir de là, nous avions une ligne directrice, et il était nécessaire de refermer ces albums et de nous concentrer sur l'essentiel : raconter des histoires qui nous fassent marrer, un peu comme des gamins à qui l'on confie des jouets fabuleux !

Une question de Carla-Zoé

Question Yoann 2

Le design est très important depuis que vous avez repris les aventures de Spirou, encore plus j'ai le sentiment avec le dernier album. Tellement important que, depuis le début, vous travaillez avec l'illustrateur designer nantais Fred Blanchard. Qu'apporte-t-il exactement au récit ? Et comment se passe votre collaboration ?

L'attention portée au design a toujours été une constante du moins dans la période «classique» Franquinienne. Jidéhem faisait alors un travail de titan sur les albums, en réalisant les décors. Il n'était pas disponible, alors on a demandé à Fred Blanchard qui est un designer de génie ! Il réalise certaines mises en place et des décors, des véhicules, là où je le ferai plus laborieusement et beaucoup moins bien.
On lui doit le nouveau design de la Zorglumobile, de la base de Zorglub, des véhicules militaires, des uniformes... bref, de ce qui pimente une série comme Spirou.

Trois albums dans la série mère et un hors série... C'est maintenant une affaire qui roule ?

Trois albums dans la série classique (et bientôt un quatrième), c'est quand même un peu juste pour vraiment se sentir a l'aise dans une reprise et commencer à trouver ses marques. Avec le 53e album, on exprime un peu plus de notre personnalité. Janry m'a avoué ne s'être senti à l'aise qu'au bout du 6ème album ! Nous espérons que Dupuis nous permettra de prendre notre temps, ce qu'ils font jusqu'à présent.

Animer les personnages des autres, c'est bien mais animer ses propres personnages, ce n'est pas mieux ?

Je ne ressens pas tant de frustration : j'ai réalisé une vingtaine d'albums avant de travailler sur Spirou, dont notamment "Toto l'Ornithorynque" chez Delcourt, qui est à ce jour la série la plus personnelle et reconnue que j'ai créée avec Eric Omond. J'espère reprendre un jour ce personnage et son univers ! J'ai aussi travaillé récemment sur la suite de "Bob Marone", avec Yann et Conrad. L'album sortira en juin 2013. Je participe enfin, épisodiquement, à l'atelier Mastodonte, dans le journal de Spirou. Et j'ai encore pas mal de projets dans ma besace !


Une question de Louise et Carla-Zoé

Question 3 Yoann

Pour vous, animer les aventures de Spirou et Fantasio, c'est : A une chance incroyable, B un tremplin, C un but logique, D une erreur tactique ?

Haha ! Une chance incroyable et une erreur tactique ! Je ne le fais pas en mercenaire (ce n'est pas la série qui vend le plus, loin de là!), je le fais vraiment par pur plaisir et parce que ça a du sens pour moi. Mais il est évident que ça brouille un peu mon image : j'ai été un temps associé à « la nouvelle BD », en travaillant avec Sfar, Trondheim, en étant intégré à la collection Poisson Pilote, en développant "Toto l'Ornithorynque". Le fait de reprendre Spirou peut sembler un violent virage commercial aux yeux de la profession, c'est un cadeau empoisonné, je vais devoir faire de nouveau mes preuves, lorsque je ne travaillerai plus sur Spirou.

Les aventures de Spirou et Fantasio reflètent toujours leur époque. L'album « Dans les griffes de la Vipère » n'échappe pas à la règle. L'histoire raconte le rachat du journal ET du héros Spirou par un groupe financier puissant, froid et cynique. On parle à toutes les pages de conseils d'administrations, de rachats d'entreprises, de paradis fiscaux, de police privatisée, on voit des milliardaires se prélasser et des pauvres s'entasser. Le Spirou de Yoann et Vehlmann serait un héros engagé?

Il l'a toujours été, que ce soit sur un aspect humain (le Gorille à Bonne Mine) ou sur le plan écologique (le Nid des Marsupilamis, l'Ankou). Nous nous inscrivons dans cette tradition. Même si nous ne faisons pas de militantisme, nous souhaitons incarner à travers Spirou des valeurs Humaines fondamentales et éternelles.

Un album terminé, c'est : A un moment de liberté, B la fin du monde, C le début d'un autre, D l'extase ?

Un court moment de liberté, une semaine de vacances et le début d'un autre album ! Mais c'est aussi le moment où on va rencontrer les lecteurs et la profession, qui nous donne des retours sur notre travail.
 / © Dupuis - Yoann & Vehlmann
/ © Dupuis - Yoann & Vehlmann

En parlant de fin du monde, imaginez qu'elle soit finalement programmée demain à 12h13. Quelles serait votre dernière lecture ?

L'intégrale "Tank Girl" de Hewlett et Martin

Et si la fin du monde était finalement reportée à beaucoup plus tard ? Quels seraient vos projets ?

Terminer "Les Captain'z", un album que je réalise avec Olivier Texier, et qui est un peu stoppé à cause de Spirou, écrire une saga, faire un nouvel album de "Toto l'ornithorynque".

Pour finir, voici la question d'un internaute via twitter (@zebulondenantes) : Quelle est votre aventure de Spirou préférée et pourquoi ?

Dure question ! J'adore "Panade à Champignac", le dernier album de Spirou desssiné par Franquin, celui ou son dessin devient du Gaston Lagaffe, ultra laché et virtuose, et quel humour !

Encore merci à Yoann pour sa disponibilité et sa gentillesse... Promis, nous ne le dérangerons plus pendant au moins un an, le temps pour lui de réaliser le 54e volet des aventures de Spirou et Fantasio. Enfin... pas sûr qu'on tienne un an !

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Le reportage de la TV

Spirou un grand enfant nantais
Reportage de Vincent Calgani, Fred Grunchec et Valérie Jonnet



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