Le Mans FC : vers son ultime chance

Les supporters du Mans lors de la rencontre avec Nimes, le 15 mars 2013 / © MaxPPP
Les supporters du Mans lors de la rencontre avec Nimes, le 15 mars 2013 / © MaxPPP

Un stade sans club, un club sans championnat… Le Mans vit la déliquescence de son club de football au jour le jour. Alors pour comprendre les derniers développements, suivez le guide

Par Pierre Lawless

Petite piqure de rappel


Le Mans FC, club de Ligue 2, termine 18eme de la saison et est rétrogradé sportivement en National (3e division) en mai dernier. Depuis plusieurs mois, le club est en cessation de paiement et ne paye plus personne, joueurs compris. Son déficit est estimé à 14 millions d’euros (ME) au 30 juin 2013. Ce qui effraie les repreneurs qui jettent l’éponge. Leur pool est coordonné par Claude Hervé, homme d’affaires manceau, patron du Leclerc, et président du directoire du MSB, le club de basket. Il aurait l’appui de Véolia. Le club a fini par être placé en redressement judiciaire à la fin août, pour six mois, ce qui signifie qu’il passe sous la tutelle d’un administrateur judiciaire.

Le 9 juillet, la DNCG, la direction de contôle de gestion des clubs français, confirme la rétrogradation en CFA – championnat amateur -, c'est à dire en 4e division. S’ensuit une bataille juridique intense durant tout l’été, jusqu’à ce que la DNCG rétrograde, à nouveau, le club en CFA. C’était vendredi dernier. Lundi soir, on remet le couvert. Le Mans FC et son administrateur judiciaire font appel de cette décision auprès du CNOSF (Comité olympique du sport français)… à la demande de Jean-Claude Boulard, maire du Mans. Ce dernier reproche à la DNCG de ne pas avoir cru en son engagement financier. La ville a prévu de mettre  1 ME dans le centre de formation du Mans FC et un maximum de 0,5 ME dans le loyer du MMArena, auxquels s’ajoutent 180.000 euros de la part du département de la Sarthe.

Tout cela a lieu dans un contexte particulier : le MMArena, un stade flambant neuf de 25.000 places, ouvert en janvier 2011, et qui a coûté 104 millions d’euros. Ce stade est exploité par Vinci, via sa filiale LMS (Le Mans Stadium), dans le cadre d’une concession passée avec la ville du Mans pour une durée de 35 ans. En cas de disparition du club, Vinci peut se retirer et demander le remboursement de son investissement dans le stade (plus de 40 ME). Mais le groupe, prudent, a visiblement préféré poursuivre l’aventure. Le loyer censé être payé par le club (600.000 euros la saison dernière) sera maintenant versé par la ville, pour un montant en cours de négociation.


Les pépites de la DCNG

Car on connait maintenant les motivations détaillées de la DNCG. Cet organisme de la fédération française de football ne communique pas (à tort !) sur ses décisions. Le document de 8 pages a été fourni aux journalistes par la ville du Mans, mardi matin. Il reprend qu’une partie des arguments développés par le club pour se maintenir en National. Et il contient plusieurs pépites.

Le budget du Mans FC pour cette saison en National est estimé à… 8,4 millions d’euros.

Un chiffre surprenant de prime abord dans la mesure ou le dernier budget, en Ligue 2, tournait autour des 10 ME. En fait, il y a une explication. Le club a intégré dans cette somme 3 ME venant des potentiels repreneurs auxquels il faut ajouter 1,180 ME d’aide publique,  1,16 ME de droits audiovisuels, et environ 3 ME venant des transferts, des sponsors, et de la billetterie. Ce budget a visiblement été cautionné par l’administrateur judiciaire. Ce qui apporte du poids à l’opération.

Le club va continuer à faire des pertes substantielles….

La saison dernière, Le Mans FC a de nouveau perdu 3,6 ME. Et surtout, il prévoit de perdre plus de 10 ME sur les trois prochaines saisons… C’est ce qu’on peut lire dans le document de la DNCG. « Ce chiffre intègre le paiement des dettes. C’était avant le redressement judiciaire (qui doit permettre de régler le passif au détriment des créanciers) » indique un des acteurs du dossier. Alors pourquoi n’a-t-il pas été actualisé lors de l’audience à la DNCG ? Mystère.


La DNCG n’y a pas cru…

Pour justifier son refus, elle a surtout mis en cause les élus, c'est-à-dire Jean-Claude Boulard, le maire du Mans, et Jean-Marie Geveaux, le président du Conseil général. En gros, elle leur dit : vos lettres ne suffisent pas à garantir le paiement de ces sommes. Elles sont trop floues. Il me faut une vraie délibération votée par le conseil municipal et l’assemblée départementale. La DNCG a donc retranché l’aide publique (1,180 ME + 0,5 ME de loyer au MMArena) pour expliquer que le club n’avait pas suffisamment de recettes pour couvrir ses dépenses pour la saison en National. Pour Jean-Claude Boulard, c’est un manque de respect dû à la parole des élus. C’est la raison du nouvel appel formulé par le club et son administrateur judiciaire. Dans cette histoire, Henri Legarda, le président du Mans FC, est resté silencieux depuis sa sortie de la DNCG, mercredi 4 septembre.


Et ce n’est pas fini….

Et maintenant ? L’audience auprès du CNOSF a lieu mercredi 18 septembre à Paris. Il va rendre son avis, qui doit être ensuite suivi ou non par la fédération française de football. Même si cette dernière a de nouveau mis la pression sur le club en l’intégrant, ce mercredi, dans le groupe A du CFA, avec un match à jouer contre Drancy à domicile ce samedi. Un match qui n’aura finalement pas lieu mais qui illustre le bras de fer interminable entre la FFF et Le Mans FC.
Même en cas de maintien en National, tout ne sera pas réglé pour autant. Le club devra se sortir du redressement judiciaire avant la fin de la saison, sous peine d’être relégué une nouvelle fois. Et tenter de se débarrasser de ses dettes. Le montage juridique d’une telle opération risque d’être très compliqué. Selon Jean-Claude Boulard, Claude Hervé est prêt à réexaminer l’achat du club avec ses partenaires. Après avoir jeté l’éponge, il y a quelques mois. L’histoire est un éternel recommencement.

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