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Un Cyclope nantais à Angoulême

© Professeur Cyclope
© Professeur Cyclope

Le Festival International de la BD d'Angoulême a commencé ce jeudi. Des milliers de visiteurs, auteurs, éditeurs, journalistes et de héros sont attendus pour cette grande messe annuelle. Et parmi eux, l'équipe nantaise de la revue de bandes dessinées numériques Professeur Cyclope...

Par Eric Guillaud

La révolution numérique aura-t-elle la peau de nos héros de papier ? C'est la question qu'un bon nombre d'acteurs du secteur se posent depuis maintenant plusieurs années, scrutant ici les nouvelles habitudes des lecteurs, testant là de nouvelles offres sur le web... des offres souvent hésitantes, imparfaites, copiées-collées de ce qui existe en album.

Mais pendant que les uns s'interrogent, d'autres ont pris le parti de foncer dans le numérique, de creuser, d'explorer, d'expérimenter, de se planter, de recommencer... Sans pour autant parier sur la mort du papier mais en recherchant les points de convergence, de complémentarité entre les deux supports.

C'est le cas de l'équipe du Professeur Cyclope, un mensuel de bandes dessinées et fictions numériques lancé en mars 2013 du côté de l'Ile de Nantes, oui oui pas très loin de notre fier éléphant et surtout de la Spirou Factory, l'atelier d'un certain Yoann, dessinateur des aventures de Spirou.

Et si je parle de Spirou, ce n'est pas pour faire bien et faire du clic ! Fabien Vehlmann est le scénariste de ses aventures et surtout l'un des fondateurs de Professeur Cyclope avec Gwen de Bonneval, Brüno, Cyril Pedrosa et Hervé Tanquerelle, un auteur qui sait autant animer les héros d'hier que ceux de demain. Avant son départ pour Angoulême, nous nous devions de l'interviewer. Fabien, c'est le jeune homme en bas et au centre de la photo. Rencontre...
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Fabien, il y a un peu moins d'un an, vous lanciez le premier numéro du mensuel Professeur Cyclope. Quel souvenir en gardez-vous ?

Fabien Vehlmann. Un moment d'euphorie, de grande fatigue et de profonde satisfaction, car cela faisait plus de 2 ans que nous étions en train de travailler dessus ! Nous étions (et sommes encore) profondément reconnaissant envers ARTE de nous avoir donné le coup de pouce financier permettant d'entamer cette belle aventure, en devenant co-producteur de la revue.

Dix mois, dix numéros et un bon millier de pages plus tard, le magazine ressemble-t-il à ce que vous imaginiez ?

F.V. Oui, et même en mieux, puisque les auteurs nous surprennent toujours ! Ça a été épatant de voir Sacha Goerg ou Blanquet s'accaparer les outils de narration numérique avec leur talent habituel. Ne nous manque plus qu'une grande série d'aventure feuilletonesque, à laquelle nous travaillons justement (avec Gwen de Bonneval et moi au scénario) pour peaufiner l'équilibre général de la revue ! ça s'appellera "Le Dernier Atlas", et ça se passera en partie à Nantes !

Pouvez-vous nous dire combien sont et à quoi ressemblent vos abonnés ?

F.V. Nous avons environ un millier d'abonnés, essentiellement des amateurs de bd. Il nous reste à attirer des amateurs de nouvelle technologie, désireux de varier le contenu de leurs tablettes et autres PC.
 / © Professeur Cyclope n°11 / février 2014
/ © Professeur Cyclope n°11 / février 2014

Un projet comme le vôtre peut-il être économiquement fiable ?

F.V. Oui si nous parvenons à faire parler suffisamment de nous ! Il suffirait de 10000 abonnés pour devenir indépendants... Pas impossible à obtenir, étant donné le bas prix de Notre abonnement ! (33 euros pour un an de BD, soit 1200 pages de bd, c'est presque donné!).

Parmi les engagements du Professeur Cyclope, il y avait la volonté de rester indépendant. C'est même le premier des engagements. Est-ce compatible avec une coproduction comme celle qui régit le magazine, à savoir Silicomix/Arte. Dans quelle mesure la chaîne de télévision franco-allemande peut intervenir sur votre travail ?

 F.V.F.V. FF.V. ARTE nous laisse une marge de manœuvre quasi-totale, c'est un plaisir de travailler avec des gens qui comprennent et respectent les auteurs. Bien entendu, nous dépendons d'eux en grande partie pour le moment, mais cela n'a jamais nui à notre contenu éditorial, bien au contraire. La preuve en est que nous allons encore travailler avec eux pour la déclinaison "papier" de certaines œuvres de la revue, qui sera co-éditée par Arte Édition et par Casterman.

Justement, en mai 2014 donc sortiront chez Casterman les deux premiers albums papier tirés des pages du magazine. Du web on repasse au papier. C'est donc inéluctable ?

F.V. Non, c'est juste l'envie de "garder le meilleur des deux mondes". On peut lire une bd numérique sur écran comme on va au cinéma, puis aimer la relire sur papier, comme on regarde un DVD. Ce sont juste des plaisirs différents ! Et puis certains albums de la revue se prêtent à cette transposition, mais pas d'autres, qui ne seront lisibles que sur écran...

Comment vous situez-vous aujourd'hui dans le paysage de la bande dessinée numérique ? Quel regard portez-vous sur les autres expériences dans le domaine ?

F.V. J'ai l'impression que notre position est assez unique, tant en terme de contenu (nous sommes la seule revue européenne à proposer des bd nativement numériques, lisibles uniquement sur écran), qu'en terme de conditions contractuelles pour nos auteurs (ceux-ci sont payés pour leurs travaux numériques, et seront payés une nouvelle fois en cas de déclinaison papier de leur travail).
 / © Professeur Cyclope n°11 / février 2014
/ © Professeur Cyclope n°11 / février 2014

Est-ce qu'une nouvelle génération d'auteurs pourrait naître de la BD numérique ?

F.V. Nous y travaillons, en tous cas ! Et c'est passionnant : à la fois de voir ces auteurs apparaître, mais aussi de nous lancer nous-mêmes dans l'écriture numérique ( "Le Dernier Atlas" sera fait en "turbomedia", un mode spécifique de narration numérique).

Comment vous définissez-vous ? Comme des défricheurs, des avant-gardistes, des utopistes ???

F.V. Un peu tout ça, en y ajoutant une bonne louche de pragmatisme, si nous voulons que l'aventure perdure. C'est pourquoi nous avons levé des fonds fin 2013, auprès d'investisseurs privés amateurs de BD.

N'avez-vous pas le sentiment que le passage au numérique pour le grand public sera plus compliqué pour la bande dessinée que pour la musique ?

F.V. Cela prendra sans doute un peu plus de temps, car la lecture numérique modifie plus amplement le rapport à la lecture. Mais nulle doute qu'une révolution est en cours, qui finira par profondément modifier le paysage de la bd, quitte à ce que cela se passe sur plusieurs années. Et cette mutation se fera, je l'espère, main dans la main avec l'édition papier, et non en opposition frontale. Les 2 modes de lectures peuvent cohabiter, ils n'apportent pas le même plaisir.
 / © Professeur Cyclope n°11 / février 2014
/ © Professeur Cyclope n°11 / février 2014

Que diriez-vous aux irréductibles du papier pour les convertir au numérique ?

F.V. Venez lire la version gratuite de la revue sur le site d'Arte.tv !! idéalement sur une tablette, mais ça peut se faire sur PC !

En mai 2014 sortiront chez Casterman les deux premiers albums papier tirés des pages du magazine. Du web on repasse au papier. C'est donc inéluctable ?

F.V. Non, c'est juste l'envie de "garder le meilleur des deux mondes". On peut lire une bd numérique sur écran comme on va au cinéma, puis aimer la relire sur papier, comme on regarde un DVD. Ce sont juste des plaisirs différents ! Et puis certains albums de la revue se prêtent à cette transposition, mais pas d'autres, qui ne seront lisibles que sur écran...

S'il vous fallait choisir là tout de suite un couteau sous la gorge entre le numérique et le papier, lequel choisiriez-vous ?

F.V. Haha, je choisirais une troisième voie : la narration ! Qu'on me raconte une bonne histoire, quelque soit le médium.
 / © Professeur Cyclope n°10 / janvier 2014
/ © Professeur Cyclope n°10 / janvier 2014

Fabien, vous êtes à la fois scénariste de pas mal de séries comme Spirou et Fantasio, Seuls, Samedi et dimanche, Green Manor... et l'un des fondateurs et membres du comité éditorial de Professeur Cyclope. Les autres membres de l'équipe sont aussi scénaristes, dessinateurs, graphistes pour le papier et le numérique... Vous arrivez encore à trouver le temps de dormir ?

F.V. Plus tellement, hélas. Mais l'aventure en vaut la peine !


Toute l'équipe de Professeur Cyclope sera présente à Angoulême du 30 janvier au 2 février. Quel regard portez-vous sur un tel rendez-vous ? Que pensez-vous y trouver ou ne pas y trouver ? Le numérique y-est-il bien représenté et accueilli ?

F.V. C'est un moment idéal pour montrer la revue aux curieux, pour convaincre, discuter, débattre... Incontournable et festif ! Passez nous voir !

Quels sont les projets concernant le magazine ? Et les vôtres ?

F.V. Poursuivre la ligne actuelle mélangeant expérimentation et fiction de qualité... Et me concernant, avec "Le Dernier Atlas", raconter une Histoire de robot géant sur fond de guerre d'Algérie, dès cet été dans la revue, par épisode de 20 pages par mois !

Pour finir, quel est votre coup de cœur du moment ?

F.V. Dans la revue, la dernière histoire de Blanquet, de toute beauté ! Et en BD "classique", le "Tyler Cross", de Brüno et Nury, un excellent polar justement récompensé par le prix FNAC.

Merci Fabien et bon festival


Interview réalisée le 30 janvier 2014 par Eric Guillaud
Le site de Professeur Cyclope ici

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