Coronavirus : les lingettes jetables bouchent les installations d’épuration

Et voici à quoi ressemblent des lingettes...une fois passées par la cuvette des toilettes! / © image Centre d'Information sur l'Eau
Et voici à quoi ressemblent des lingettes...une fois passées par la cuvette des toilettes! / © image Centre d'Information sur l'Eau

Elles ont envahi nos placards de cuisine, nos salles de bains, et se trouvent en bonne place sur chaque table à langer…les lingettes, un fléau qui perturbe le cycle de traitement des eaux, suroute en cette période d'épidémie de coronavirus !
 

Par Sandrine Gadet

Dans beaucoup de foyers, c’est devenu un réflexe. Des miettes sur la table, une tache d’huile sur le plan de travail, un démaquillage express et paf, on se saisit d’une lingette humide et immaculée, pour nettoyer tout ça.
Un geste simplissime, pavlovien.
Le gage de la propreté immédiatement retrouvée !

Symbole de la consommation domestique et de l’hygiénisme jetable, 40% des français en utiliseraient 7 chaque semaine, ce qui correspond à 233 unités consommées chaque seconde dans les familles françaises…en temps normal !

Mais en cette période de confinement, où l’on conseille de traquer les bactéries, les virus, et autres microbes, leur usage a été décuplé.
 

Recrudescence d’une pollution invisible

Pour preuve, cette alerte des professionnels du traitement des eaux usées. "Environ 70% des interventions des équipes sur le terrain visent aujourd’hui à déboucher les canalisations et préserver le bon fonctionnement des usines de traitement des eaux usées" précise Nathalie Davoisne, responsable des relations extérieures du Centre d’Information sur l’Eau.

L’explication est simple. Non content d’utiliser des lingettes à tout va, on les jette tout aussi facilement qu’on les dégaine…dans les toilettes !

" Bon nombre de nos concitoyens méconnaissent le cycle de l’eau regrette Nathalie Davoisne, d’un côté il y a l’eau potable, de l’autre les eaux usées. Les usines de production d’eau potable servent à produire l’eau que nous consommons, précise t-elle.

Les stations d’épuration, il y en a 17 000 en France, 1746 en Pays de la Loire, elles, "traitent les eaux usées, c’est-à-dire les “eaux sales” (issues de la vaisselle, de la lessive, des sanitaires) qui sont rejetées et collectées dans les égouts. Elles les “nettoient” avant de les rediriger vers le milieu naturel".

Alors que les entreprises d’assainissement sont, comme une majorité, en service restreint, les équipes passent 70% de leurs interventions à retirer des canalisation des monceaux de lingettes et de papiers essuie-tout.
Des amas peu ragoutants, des nids de crasse qui bouchent des tuyaux.  

Olivier Arnaud, responsable des vente d'un fabricant de système de pompages, Side Industrie, confirme. "Ces lingettes ne sont
absolument pas biodégradables et se retrouvent mélangées aux graisses et huiles déversées également dans les réseaux. Ce mélange hétérogène perturbe durablement l’écoulement des «vraies» eaux usées jusqu’à provoquer des bouchages importants. Les anglo-saxons ont un terme à eux pour décrire cet amas : le fatberg
", traduction "montagne de graisse".

Dans un mail, qu'il nous a fait parvenir ce mardi,  Olivier Arnaud détaille le processus:
"Si par chance cet amas arrive à s’écouler, il va se retrouver et se stocker dans différents points singuliers des canalisations (postes de relevages, coudes…) et là c’est la catastrophe assurée, car la majeure partie des pompes ne sont pas prévues pour évacuer ces effluents hors norme. N’oublions pas qu’une canalisation d’assainissement est d’un diamètre petit entre 20 et 50 cm de diamètre. Certes, certains émissaires sont de grosse section dans les villes, mais les bouchages sont principalement sur les petites canalisations qui représentent la majeure partie des «égouts".
"Tous ces coûts d'entretien représentent une part importante à la collectivité que l’on retrouve sur notre facture d'eau" conclut-il.


Mais "Comme la distribution d’eau potable n’est pas impactée, les gens ne s’en rendent pas compte" déplore Nathalie Davoisne
 

Plus chère, plus polluante…on y gagne quoi en fait ?

La lingette, qui nous paraît si inoffensive, est déjà en soi un fléau. Pour la santé, l’environnement et le porte-monnaie.

Composée de matières synthétiques, issues de la pétrochimie, enduite de produits qui sont tout sauf naturels, elle est aussi en moyenne 16 fois plus chère et génère 20 fois plus de déchets qu’un nettoyant classique, selon une étude du WWF.

Alors, croyez-en l’expérience de l’auteure de ces lignes, on peut vivre sans lingette, et sans papier essuie-tout itou.

Une éponge (lavable tant qu'à faire), des torchons, du vinaigre blanc et du savon noir font tout aussi bien l’affaire pour briquer son intérieur ! Quant aux lingettes jetables, on peut les remplacer par des carrés de tissus, lavables eux aussi...
Cette période de confinement peut être un moment propice pour changer, aussi, ses habitudes domestiques.

Et si vous êtes accro, pensez au moins à jeter vos déchets dans la poubelle et pas dans la cuvette !

►Pour plus de renseignements sur l'eau, on vous conseille ce site
► Sur les lingettes et les pratiques de nettoyage plus vertueuses, s’il ne fallait retenir qu’une adresse ce serait celle-ci :

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