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Enquêtes de région

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De Plogoff à Notre-Dame-des-Landes : trois questions à Nicole le Garrec, réalisatrice du film “Plogoff, des pierres contre des fusils”

Nicole et Félix Le Garrec / © Fred Tanneau / AFP
Nicole et Félix Le Garrec / © Fred Tanneau / AFP

Autre époque, autre lutte. Au milieu des années 70, l'Etat décide de construire une centrale nucléaire à Plogoff dans le Finistère. Les habitants entrent en résistance, Nicole Le Garrec filme...

Par Eric Guillaud

Scripte, réalisatrice, documentariste, productrice... le nom de Nicole le Garrec, comme celui de son mari Félix, est aujourd'hui encore associé au documentaire "Plogoff, des pierres contre des fusils", réalisé en 1980 au plus fort de la lutte contre l'implantation d'une centrale nucléaire sur ce coin de terre bretonne.

Venus en voisins et militants écologistes dans le petit village en lutte, les Le Garrec sont révoltés par la situation et décident de tourner ce documentaire dans l'urgence, pour témoigner. Longtemps écarté des chaînes de télévision, "Plogoff, des pierres contre des fusils" sera pourtant vu par des centaines de milliers de personnes à travers l'hexagone au point de devenir culte dans les milieux militants et symbole d'un cinéma engagé.

Plogoff, Larzac, Notre-Dame-des-Landes, nombreux sont les militants à voir dans ces trois luttes des similitudes. Nous avons demandé à Nicole le Garrec qui était en première ligne aux côtés des villageois et militants en lutte à Plogoff son point de vue sur la question...

je fais quand même une différence entre une centrale nucléaire et un aéroport


Quel regard portez-vous sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur la lutte menée par les opposants ?

C'est forcément quelque chose qui m'intéresse. Je suis surprise par la mobilisation importante, très importante, que suscite le projet. On a projeté "Plogoff, des pierres contre des fusils" il y a six ou sept ans sous un chapiteau en soutien aux opposants au projet d'aéroport. Depuis, le film a été projeté plusieurs fois sans que nous soyons forcément présents. Il y a donc déjà ce lien là... Ensuite, étant donné mon parcours, je suis bien évidemment sensible aux arguments liés à la protection de l'environnement, la terre qui manque aux paysans, les zones humides à protéger, l'argent public qu'on ne doit pas gaspiller... Mais je fais quand même une différence entre une centrale nucléaire et un aéroport. Les accidents, les déchets... le combat contre le nucléaire me tient très à coeur. Là, je suis peut-être plus réservé !
Extrait Plogoff des pierres contre des fusils

venaient à Plogoff des gens qui n'étaient pas forcément contre le nucléaire mais qui refusaient le sort réservé aux villageois

Selon vous, en quoi le combat de Notre Dame des Landes peut se rapprocher de celui mené à Plogoff ?

Les deux événements sont liés par l'ampleur de la contestation, cet espèce de contagion. Mais il y a aussi des différences ! A l'époque, les gens de Plogoff ont demandé aux CLIN (comités d'information nucléaire, ndlr) et aux divers comités de soutien à garder la direction, la gouvernance si vous voulez, de la lutte. Ça lui donne au final un autre caractère et on comprend quand on voit le film "Plogoff, des pierres contres des fusils" que les opposants non-militants ont pu s'identifier aux gens de Plogoff d'avantage qu'à nous, écologistes purs et durs. En fait, venaient à Plogoff des gens qui n'étaient pas forcément contre le nucléaire mais qui refusaient le sort réservé aux villageois, l'afflux de gardes mobiles, les camions militaires qui venaient de partout, cette espèce d'invasion. Une chose est certaine, les gens de Plogoff ont pris leur destin en main. A Notre-Dame-des-Landes, il me semble que parmi les opposants beaucoup viennent de l'extérieur.
Extrait Plogoff des pierres contre des fusils

Internet aurait existé à l'époque de Plogoff, cela aurait-il changé quelque chose ?

C'est certain, Internet permet une communication instantanée que nous n'avions pas à l'époque. Mais les gens, les opposants, restaient en permanence en alerte, en éveil, prêts à réagir. Et puis il y avait le téléphone et même le téléphone arabe. C'était vraiment une autre époque. Je me souviens d'un instituteur qui avait fermé sa classe plus tôt pour aller manifester. On ne verrait plus ça aujourd'hui... vous imaginez la scène ?

Propos recueillis par Eric Guillaud le 11 octobre 2013

Plus d'infos sur le film "Plogoff, des pierres contre des fusils" sur le site Bretagne Films

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