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DOCUMENTAIRE. Le Confessionnal de Ninon Brétécher : trouver à qui parler

Les confessionnaux sont peu à peu délaissés / © Camera Lucida
Les confessionnaux sont peu à peu délaissés / © Camera Lucida

Le confessionnal, sa pénombre et ses murmures laissent peu à peu la place à des entretiens en face à face en pleine lumière. Le prêtre devient-il un écoutant comme d’autres ? Dans son documentaire "Le Confessionnal", Ninon Brétécher s’empare du sujet du secret et du pardon.
 

Par Olivier Brumelot

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La confession n’est plus ce qu’elle était : la proximité côte à côte du prêtre et du pénitent à l’abri des regards dans l’exigüité d’un meuble placé à l’écart n’a pas résisté à la demande de transparence qui s’exerce sur l’Église : la confession est de plus en plus reçue sur les bancs dans les travées, dans un bureau ou dans des locaux vitrés.

Ce qui ne va pas sans conséquences inattendues, comme l’explique le frère Xavier Loppinet, dominicain au couvent de Rennes qui reçoit la confession de fidèles sourds et malentendants en langue des signes : "une boîte en verre pour les sourds, ce n’est absolument pas adapté ! Quelqu’un qui signerait ses péchés avec le risque qu’il soit vu ce n’est pas possible." L’aumônier a demandé que le confessionnal vitré soit équipé d’un rideau.

Secret de la confession, secrets qui amènent à se confesser… ou tout simplement trouver à qui parler : le secret, c’est la grande affaire du documentaire de Ninon Brétécher.
Si elle concède éprouver une nostalgie de l’enfance face au confessionnal, meuble étrange, son propos n’est pas tant le souvenir du sacrement que la trace du puissant mystère qui s’en dégage, au parfum d’encens et d’encaustique, oreille tendue vers l’écho imaginaire de milliers de mots d’inconnus qui y ont trouvé refuge.
 

Dans le confessionnal, une grille sépare le prêtre du pénitent / © Camera Lucida
Dans le confessionnal, une grille sépare le prêtre du pénitent / © Camera Lucida


Pas de secret sans confesseur : sur sa route de Solesmes à Saint-Nazaire, Ninon Brétécher rencontre des prêtres, des fidèles. Comment les premiers se sont-ils formés à accueillir la parole ? Comment les seconds appréhendent-ils le grand déballage ?

Curé de Précigné et de Vion dans la Sarthe ordonné prêtre en 1986, le frère Jacques-Vianney Laurent est rompu à l’écoute : "Le confessionnal ce n’est pas un tribunal, c’est un lieu de dialogue où il y a un troisième qui n’est pas visible. Certains disent qu’ils ne veulent pas se confesser, mais parler, alors on s’adapte. On peut aller voir une cartomancienne, un notaire, son médecin pour parler de ses affaires et chacun peut bien sûr conseiller. Mais aucun ne peut donner le pardon, qui est associé à ce sacrement".

Le père Jean-Vianney Laurent, curé des paroisses de Vion et Précigné (Sarthe)
Le père Jean-Vianney Laurent, curé des paroisses de Vion et Précigné (Sarthe)

Le pardon qui vaut libération aux yeux du croyant, ce que confirme Irène, adolescente qui va régulièrement se confesser :  "Au moment de la confession, c’est toujours compliqué. Ça m’est déjà arrivé de pleurer, je trouve ça vraiment dur. Mais après, on ressent vraiment un soulagement."
Au prieuré de La Cotellerie en Mayenne, Frère Ronan acquiesce : "une vraie confession te libère. Tu as tout donné, ce n’est plus à toi, c’est à un autre."

Documentaire Le Confessionnal
Jeune catholique pratiquante, Irène va régulièrement se confesser. Elle témoigne - Camera Lucida - Ninon Brétécher


Au fil de sa quête, Ninon Brétécher croise le chemin d’autres, que leur rôle dans la société a placés à portée de confidences, sinon de confession.
Tel Stéphane, patron de bar qui reconnaît chez le solitaire qui s’installe à son comptoir un besoin de parler ou Edith, coiffeuse, qui a l’œil : "dès qu’on prend le manteau, on sait si la personne a envie de parler, ou pas".

Autant de dépositaires potentiels de secrets parce qu’ils nous sont familiers ou qu’à l’inverse, ils nous sont parfaitement étrangers. Dans la rue, n’importe où constate la réalisatrice, on choisit son confesseur, guettant sur son visage le signe d’un assentiment ou d’une absolution.

Comédienne, metteure en scène au théâtre, Ninon Brétécher a résolument quitté sa zone de confort pour son premier documentaire, en se mettant au défi de "filmer l’infilmable" de son propre aveu.
Si le confessionnal, loge de bois en voie de désuétude se montre comme un "théâtre des secrets", la confession elle-même, dont on ne peut rien voir ni dire échappe à la représentation, et ne gagnerait rien à la reconstitution.

Reste alors l’essentiel, mission que s’est donnée la réalisatrice : lui donner du sens par la parole et un motif. Celui du jardin secret où règne le réconfort, petit enclos taillé dans de vastes étendues de solitudes que le bruit des réseaux sociaux ne peut guère consoler.
Comme un souffle vient le mot final : "chut".
Tout est dit.

 

 

 

 

 

 

 

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