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Qui sommes-nous ?

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DOCUMENTAIRE. Pour Ernestine, de Rodolphe Viémont

Le réalisateur Rodolphe Viémont, bipolaire et heureux papa d'Ernestine / © Filmo
Le réalisateur Rodolphe Viémont, bipolaire et heureux papa d'Ernestine / © Filmo

Rodolphe est cinéaste et bipolaire, il filme l’arrivée de sa fille Ernestine, ses premiers pas dans la vie, le bouleversement que cela représente pour lui, puis son entrée dans la vie, autrement, grandi, différent ! 
 

Par Murielle Dreux

Le documentaire "Pour Ernestinee" a été diffusé le lundi 18 février 2019 sur France 3 Pays de la Loire en primo diffusion

Le réalisateur nous livre avec une totale sincérité, le bouleversement que la naissance de sa fille a opéré en lui. Nous le suivons, suite à un post-partum au masculin, dans sa tentative quotidienne de conjuguer paternité et création artistique, alors que celle-ci ne trouvait ses racines que dans la douleur et la maladie. Mais pourquoi créer devrait-il rimer avec souffrir ? Et si ce qui comptait dans la vie n’était pas l’issue, mais le combat ?

Entretien avec le réalisateur angevin Rodolphe Viémont :

La naissance du film
Je suis sur ce film depuis… 10 ans ! Au départ, il s'agissait d'un film sur la bipolarité chez de grands artistes (Antonin Artaud, Dmitri Chostakovitch, Kurt Cobain…). Il est courant en effet de nommer la bipolarité "la maladie des grands hommes". Mais rapidement je me suis senti enfermé dans ce propos.
Et puis il y a quelques années, j'ai rencontré mon épouse, sans savoir qu'elle aussi était atteinte de la maladie (...) Cet amour instantané m'a poussé vers un tout autre film : intime, tendre, plus personnel. Laurence a joué le jeu, me permettant de construire un film à la fois personnel et universel.
Qu'est-ce que vivre avec un handicap ? Un bipolaire a un risque sur cinq de finir suicidé, certes. Mais où se situe le libre-arbitre dans ces chiffres ?
Vivre est un combat et l'amour est supérieur à tout. 
 

Il est difficile de faire la différence entre la psychose et la névrose
J'aime beaucoup la définition de Pierre Desproges. Selon lui, avec son humour, il expliquait qu'un psychotique est quelqu'un pour qui 2+2 = 5 et qui en est satisfait. Un névrosé, lui, sait très bien que 2+2 = 4 mais il en est malade !
Mais de fait, les deux termes sont assez imbriqués (...) ces deux "familles pathologiques" doivent être prises en charge sans peur, sans stigmatisation : évitons absolument de mettre les fragilités dans des boîtes. Même si la crise psychotique me paraît plus dangereuse en terme de suicide, plus folle en soit.

Le mot "folie" est employé plusieurs fois dans le film. 
Je n'aime pas quand les gens se cachent derrière un terme : les handicapés physiques sont des personnes à mobilité réduite, les aveugles des malvoyants... Cette manière de prendre avec des pincettes les handicapés m'agace.
Oui, je suis fou. Et alors ? Me définir comme psychiatriquement fragile et non pas fou atténue-t-il les choses pour moi ? Je ne crois pas. Les seuls personnes que cela rassure sont ceux qui ne veulent pas voir la maladie en face (...)
Du coup je provoque un peu : m'accoler le terme folie est ma liberté – dont j'use.
 

À en croire certains médias, tout le monde serait bipolaire. 
Selon des études suisses au début des années 2000, la bipolarité toucherait 40 % de la population. Ce qui est une contre-vérité évidemment. Une société qui aurait 40 % de bipolaires serait ingérable et imploserait totalement.
En fait, tout vient d'une classification américaine (DSM 4) qui inclut dans la bipolarité toutes les fragilités thymiques : les ultra-sensibles, les caractères lunatiques (...) Je ne pense pas qu'une personne lunatique se reconnaisse dans ces statistiques. Convoquer de tels chiffres est une gifle aux bipolaires : cela dédramatise la maladie, la rend commune. Cela déculpabilise l’entourage, les familles, les amis.
Combien de fois Laurence a-t-elle entendu autour d'elle : "Allez, il fait beau. Ça va aller !"
 

Le film aurait pu être anxiogène, ce qui n'est pas le cas.
C'est une volonté qui s'est manifestée au milieu de l'écriture. J'ai eu par le passé souvent envie de montrer la maladie de la manière la plus brute possible : indécente.(...) Et puis on m'a rappelé que j'écrivais un documentaire de création, pas une émission de télé-réalité !
Le fil conducteur du film (le désir d'enfant) s'est alors imposé de lui-même. L'écriture du film s'est faite en parallèle à notre (en)quête sur les risques de transmission de la maladie. Heureusement, ce chemin quasi-existentiel nous a conduit à reconnaître notre désir d'enfant.
Naturellement le film raconte aussi cette victoire de la vie, de l'amour sur la peur ou le défaitisme.
En fait, c'est un film plein d'espoir.
 
Ernestine et Laurence / © Filmo
Ernestine et Laurence / © Filmo

Le film est construit autour du témoignage de Laurence. Pourquoi avoir choisi un témoignage unique ? 
Le film est : comment un couple de bipolaires choisit de donner la vie quand il sait pertinemment que le risque de troubles pour l'enfant est de 30 % ?! Un témoignage d'autres malades n'aurait eu dans ce propos aucun sens.
Le tournage avec Laurence a été assez facile en fait. Elle s'est livrée comme je le souhaitais : avec pudeur mais sans se cacher. (...) Toutes les séquences d'interview de Laurence ont été tournées en intimité (moi et elle). On définissait le cadre avec le chef-opérateur puis il nous laissait deux heures seuls, les deux caméras numériques utilisées permettant de tourner ainsi : longtemps et en les oubliant.
C'était selon moi le seul moyen d'arriver à ce que je voulais : un film tout en retenu.
Une déclaration d'amour, un exemple de courage, un hymne à la vie.
 
© Filmo
© Filmo

"Humeur liquide" réalisé 5 avant, sur sa rencontre avec Laurence, bipolaire comme lui et leur combat commun contre la maladie.
 





 

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