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DOCUMENTAIRE. “La vie extraordinaire de Mimi”, un tourbillon qui bouleverse notre regard sur le handicap

DJ à ses heures, Mimi se rend à une soirée où elle va mixer / © Pages et Images - France Télévisions
DJ à ses heures, Mimi se rend à une soirée où elle va mixer / © Pages et Images - France Télévisions

A bientôt 30 ans, atteinte d'une maladie génétique qui la handicape lourdement depuis la naissance, Mimi ne s'en laisse pas compter. Avec gouaille, franc-parler et surtout avec une énergie débordante, elle nous délivre une leçon de vie à travers ce beau documentaire de Laure Pradal. 

Par Olivier Brumelot

Mimi, c'est Mireille : un corps tordu par la maladie, mais avec lequel pourtant elle marche tant bien que mal, monte ou plutôt surmonte les escaliers comme autant d'obstacles à l'aide de sa béquille, part à l'assaut du fauteuil du bac à shampooing chez la coiffeuse, gardant le fauteuil électrique pour les longs trajets.

Son enfance a été rythmée par les opérations, 29 en tout.
Mimi en 2002 dans son centre de rééducation à Palavas-les-Flots / © Laure Pradal
Mimi en 2002 dans son centre de rééducation à Palavas-les-Flots / © Laure Pradal

Une enfance contrainte par un appareillage incroyablement compliqué de cerclages, tiges, vis et autres éléments métalliques, comme un meccano de torture effrayant avec lequel elle parvient à s'amuser pourtant avec cran et malice: "Je suis une marionnette montée à l'envers".
 
La vie extraordinaire de Mimi
 
Tout au long du film, Mimi nous fascine par une énergie prodigieuse, dont la source semble intarissable, à cause ou grâce au regard des autres.
"Depuis toute petite, on me regarde de travers" glisse-t-elle au détour d'une réflexion sur son avenir. Elle est à l'époque collégienne et explique qu'elle voudrait être actrice. 
Mimi a été filmée par la réalisatrice Laure Pradal à plusieurs époques de sa vie, durant 16 ans / © Laure Pradal
Mimi a été filmée par la réalisatrice Laure Pradal à plusieurs époques de sa vie, durant 16 ans / © Laure Pradal


Pour l'orientation en 3ème, on lui proposera une formation de secrétariat, "le seul truc que je peux faire" compte-tenu de son handicap, "mais j'ai pas envie".
Mimi obtiendra un Bac Pro Service-Accueil.

Ses coups de blues, elle ne les montre pas à l'équipe de la documentariste, ses "paparazzis" comme elle les nomme en riant en cascade. Car Mimi, c'est une voix et un rire à nul autre pareil.

Un chemin vers l'autonomie filmé pendant 16 ans


Si la vie de Mimi est si bien documentée, c'est que Laure Pradal la filme depuis son enfance. Elle lui a consacré plusieurs films notamment pour la collection Strip-Tease, créée par Jean Libon et Marco Lamensch pour la RTBF dans les années 80 et reprise sur France 3 dans les années 90, dont on peut revoir de très nombreux épisodes en cette période de confinement.

Mimi fait une premièe apparition à l'écran en 2002 dans un film de 13 minutes,  "Mon Prince Charmant", tourné alors que la jeune fille est en séjour dans un centre de rééducation à Palavas-les-Flots.
 
"Mon Prince Charmant"
Mimi, pour la première fois à l'écran en 2002 pour la série Strip Tease. - ©France 3 - VF Films Production - 2002 - Laure Pradal

Grâce à ces archives, Laure Pradal parvient à nous raconter vraiment "la vie extraordinaire de Mimi" sur  16 années, de l'écolière de 12 ans lourdement appareillée à la lycéenne à l'heure des émois amoureux et des interrogations sur un avenir difficile à envisager, pour suivre enfin le quotidien autonome de la jeune femme à l'orée de la trentaine.
 
Mimi a effectué un service civique dans une école d'Ajaccio / © Laure Pradal
Mimi a effectué un service civique dans une école d'Ajaccio / © Laure Pradal


Le récit ne procède pas par chronologie. Le fil rouge, c'est la vie de Mimi aujourd'hui, que la réalisatrice éclaire par de nombreux flash-backs vers l'enfance et l'adolescence de la jeune femme.

Hier comme aujourd'hui avec constance, Mimi s'offre à notre regard à travers la caméra. 
Par le verbe et l'humour elle prend toute la liberté qu'elle peut, comme une conjuration des limites que son corps lui impose.

Oui, Mimi cabotine, elle le sait, elle en joue, et s'en donne à coeur joie. Et on en redemande !
 


Ce tournage au très long cours permet à la réalisatrice d'aborder à travers le parcours de Mimi les grandes questions qui se posent aux personnes en situation de handicap : les études pour lesquelles il y a si peu de choix, l'emploi tellement difficile à trouver, l'autonomie, la vie affective et amoureuse.
Les garçons ? "C'est un contrôle continu sur 5 ans et pour lequel j'ai toujours zéro !" s'amusait Mimi, interrogée durant son adolescence. "Qui voudrait d'une fille petite de taille, et handicapée ?"

Qui voudrait d'une fille de petite taille et handicapée ?


10 ans plus tard allongée sur le sable d'une plage d'Ajaccio en compagnie de sa meilleure amie, Mimi s'amuse à regarder les garçons en douce, commente, rit. Sa copine, dans dix ans se voit "mariée avec des gosses". "Moi je crois que j'aurais pas la fibre" rétorque Mimi qui rajoute : "dans 10 ans, j'aurai 39 ans, moi qui me disais que je n'irai pas jusqu'à 30."

Filmée dans son quotidien en 2018 durant un service civique de 7 mois dans une école primaire d'Ajaccio où elle a aimé côtoyer des enfants, Mimi en impose par sa force.
Il lui en faut pour vivre de façon autonome dans son appartement, aller et venir du travail, et l'âge aidant, penser au futur pour de bon.
 
Fin de récréation, Mimi sonne la cloche / © Laure Pradal
Fin de récréation, Mimi sonne la cloche / © Laure Pradal


Mais il y a les amies, les sorties, la musique, car Mimi est aussi DJ.
Oui, c'est bel et bien une vie extraordinaire que celle de Mimi.
Mais plus encore, une vie pleine.

Différents, et alors ?
Une programmation documentaire exceptionnelle du réseau régional de France 3 lundi 13 avril

Ils souffrent d’un handicap moteur ou mental, ils ont des vies ordinaires ou extraordinaires. Ils ont appris à apprivoiser un corps souvent différent dont la maîtrise parfois leur échappe mais ils débordent de joie de vivre et d’enthousiasme.
Lundi 13 avril, France 3 leur donne la parole à travers une grande soirée documentaire confirmant ainsi son engagement quotidien en faveur de la diversité et de l’inclusion.

En diffusion simultanée sur les 13 antennes régionales des films forts, émouvants. Des films vrais. Une bouffée d’oxygène, portée avec conviction et sans limites par des femmes et des hommes qui ont fait de leur différence une force exemplaire.