Présidentielle 2022 : les maires ruraux, les oubliés de la campagne ?

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Écrit par Maxime Jaglin avec Claude Bouchet
La France rurale a du mal à se faire entendre en cette année présidentielle. Les maires ruraux sont en première ligne au quotidien, mais sont-ils seulement écoutés ?
La France rurale a du mal à se faire entendre en cette année présidentielle. Les maires ruraux sont en première ligne au quotidien, mais sont-ils seulement écoutés ? © Claude Bouchet / France Télévisions

Un ligérien sur deux vit aujourd'hui à la campagne. Un cadre de vie de plus en plus valorisé, mais les difficultés restent nombreuses, trois ans après le début du mouvement des Gilets Jaunes.Les maires ruraux sont en première ligne au quotidien, mais sont-ils seulement écoutés ?

La ruralité est à la mode mais elle peine pour le moment à s’imposer comme un thème de campagne pour la présidentielle. Après la crise des gilets jaunes et en pleine crise sanitaire, les maires ruraux ont encore du mal à se faire entendre.

Pourtant les chantiers sont immenses : accès aux soins, aux services, aux commerces de proximité, les inégalités sont nombreuses entre les ”urbains” et les “ruraux”. Alors qu’un ligérien sur deux vit aujourd'hui dans une commune rurale, comment les maires peuvent-ils redynamiser nos campagnes ? 

Pour en débattre, Maxime Jaglin reçoit sur le plateau de Dimanche en Politique 

  • Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe (72) et vice président de l’association des maires ruraux de France
  • Françoise Fontenaille, conseillère régionale et maire Modem de la commune d’Avrillé dans le sud Vendée
  • Christian Pihet, géographe à l’Université d’Anger

Gilets jaunes : la colère a-t-elle été entendue ? 

Santé, mobilité,pouvoir d’achat, numérique.. Lors du grand débat national et avec les cahiers de doléances recueillis dans les mairies, les habitants des territoires ruraux ont exprimé il y a deux ans leurs difficultés du quotidien et souvent leur colère face aux responsables politiques. Que sont devenues ces revendications ?

Le gouvernement s’est emparé de ces questions, ce serait malhonnête de dire le contraire. Mais c’est très long, on commence seulement à voir les premiers effets sur le terrain à travers l’agenda rural. Pour le moment c’est surtout un outil de communication, on est encore loin du compte.

Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe et vice président de l’association des maires ruraux de France

Si cela prend du temps, c’est aussi “à cause de la crise sanitaire qui a un peu cassé la dynamique après les débats qui ont eu lieu sur le territoire, comme dans ma commune” estime Françoise Fontenaille.

Dominique Dhumeaux prend l’exemple des campus universitaires connectés, qui doivent permettre à des jeunes isolés de suivre des cours par correspondance. “C’est une mesure de l’agenda rurale, excellente initiative, mais aujourd’hui il y en a dix en France, ça n'atteint que 15% du territoire, il faut donc du temps pour aller plus loin”.

L’Agenda rural et ses 180 mesures, est-ce un bilan suffisant en matière de ruralité ? Françoise Fontenaille fait partie des 600 maires qui ont signé récemment une tribune pour la réélection d’Emmanuel Macron : 

“Quand j’ai voté pour lui j’étais consciente qu’il n’avait pas toutes la connaissance des difficultés que l’on rencontre sur le terrain, et pas toutes les solutions. Je ne considérais pas que c’était un dieu qui allait nous donner toutes les réponses illico, mais il a bien rempli son rôle de révélateur. Il apprend vite et il est plutôt malin, donc il a su s’entourer et écouter les territoires.”

Comment expliquer 3 ans après cette crise des gilets jaunes que la ruralité reste encore en dehors des radars politiques ?

Pour le géographe Christian Pihet, “il y a un décalage entre la perception des décideurs politiques et la réalité. On assiste à une véritable “renaissance rurale” qui se traduit par une croissance de la richesse produite et une croissance démographique. L’accroissement de la population aujourd’hui est notamment visible dans les communes de moins de deux mille habitants.” 

S’ils ont du mal ces derniers mois à inscrire leurs revendications à l’agenda politique, les maires ruraux sont toutefois très sollicités par les futurs candidats à la présidentielle pour obtenir les précieux 500 parrainages.

Mais à l’image de Jean-Christophe Arluison, maire des Garennes-sur-Loire, la plupart des maires s’y refusent, pour une question de neutralité politique.

Dominique Dhumeaux lui est “intimement convaincu qu'il faut donner sa signature, pas forcément à un candidat que l’on soutient politiquement, mais aussi vers un candidat qui puisse apporter de l’eau au moulin du débat, et en éliminant les candidatures farfelues ou trop clivantes, c’est le rôle du maire”.

Françoise Fontenaille aussi accordera son parrainage. “Je suis maire Modem, mais ce n’est pas le cas de tout mon conseil municipal ! Je trouve très riche ce pluralisme, et on ne parle pas souvent de politique nationale entre nous”.

 

La décentralisation dans l’impasse ?

Ce qui prime, ce sont les dossiers du quotidien. Mais avec quelle autonomie pour les communes ?

Pour Dominique Dhumeaux, “les intercommunalités ont pris toujours plus de compétences. Cela peut être le bon échelon sur certains sujets comme la collecte des déchets, ou l’assainissement, mais sur les sujets de proximité comme la jeunesse, il faut ouvrir la réflexion. On ne peut pas à tout prix faire des copier-coller partout. Le résultat c’est que les élus au bout d’un an et demi commencent déjà à baisser les bras.”

Emmanuel Macron au début de son mandat avait mis en valeur la décentralisation. Mais on n'a pas vu de nouvelle étape dans ce processus. On reste sous le règne de la loi NOTRe (2015) qui organise les échelons administratifs. Et aujourd’hui il y a un empilement de strates qui complexifie la fonction de maire.

Christian Pihet, géographe à l’Université d’Angers

La prochaine loi 3DS pourrait-elle alors contribuer à simplifier cette organisation ?

“On reste un peu sur notre faim” pour Dominique Dhumeaux. “Il y a un vrai décalage entre le discours très engagé du Président de la République sur la décentralisation et ce qui se passe aujourd’hui à l’Assemblée nationale, les communes rurales doivent s’attendre à être déçues par cette loi”. 

 

Les déserts médicaux : une bombe à retardement

La priorité dans les petites communes aujourd’hui, c’est probablement l’accès aux soins. Aujourd’hui selon l’AMRF un médecin sur deux a plus de 55 ans. 

“Il faut être très pragmatique” explique Françoise Fontenaille. “Il faut travailler à l’échelle communautaire, et avec les professionnels. Je ne pense pas qu’une mesure qui vienne d’en haut, comme une obligatoire d’installation, soit adaptée, mais on peut y réfléchir. Car les budgets communaux ne permettent pas aujourd’hui de salarier un médecin”

Pour Dominique Dhumeaux, c’est un vieux problème, mais il s’aggrave. “Il y a une vraie fracture qui est le résultat de dix années de choix politiques qui ont mis à mal tout le système de santé. Quand quatre médecins partent à la retraite, il en arrive seulement deux, et ils font moins d’heures dans la semaine. Mathématiquement ça ne marche plus”

En matière d’accès aux soins, les inégalités sont multiples. Selon l’AMRF, les habitants de zones rurales consomment 20% de soins hospitaliers en moins par rapport aux habitants des villes. “Les déserts médicaux concernent environ 8 à 10% de la population” précise Christian Pihet. 

Les difficultés de notre système de santé, il en sera aussi question la semaine prochaine dans Dimanche en Politique, qui installera ses caméras à Laval autour de Virginie Charbonneau.

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