C'est l'une des seules périodes de l'année où ils peuvent travailler légalement en Loire-Atlantique. Pour les demandeurs d'asile, la cueillette du muguet est précieuse. Chaque année, ils sont plusieurs centaines à travailler dans les exploitations, même s'il s'agit d'un dur labeur, payé au SMIC.
À une semaine du 1er mai, la cueillette du muguet a déjà commencé chez les producteurs de la Loire-Atlantique. Comme chaque année, une petite partie de la récolte de deux exploitations de Machecoul et Loroux-Botterau est effectuée par des demandeurs d'asile. Accompagnés par l'association nantaise AMI (Accompagnement migrants intégration), ce sont au total 240 personnes, payés au smic, qui travaillent pendant une dizaine de jours.
La récolte du muguet, une exception pour les migrants
Pour ces migrants, travailler en France est impossible pendant l'étude de leur dossier, à quelques exceptions près. La récolte du muguet, qui nécessite des bras et manque de candidats, en fait partie, avec les vendanges et la récolte des pommes grâce à des dérogations accordées par la préfecture de Loire-Atlantique.
"Non seulement cela leur ouvre un droit, mais surtout de la dignité", témoigne Catherine Libault présidente de l'association AMI. "Certains me disent qu’ils retrouvent un but, moralement c'est capital pour eux."
Ces dix jours de travail seront le seul revenu de ceux pour qui la procédure passe en accélérée. Et un complément pour tous les autres, qui perçoivent une petite allocation, comme Martial. Ce ressortissant congolais, arrivé en France il y a un an et demi, ne peut pas exercer son métier de cuisinier et boulanger-pâtissier tant que son dossier n'a pas été examiné.
Rester à la maison sans pouvoir travailler, ce n’est pas facile. Sans argent, c’est compliqué. Alors même si ce n'est que dix jours, cela me plait beaucoup de travailler ici.
Pour lui, c’est une première étape pour que la préfecture lui accorde les papiers. “Je n'ai aucun moyen de savoir si ça va fonctionner.”
Des cars spécialement affrétés depuis Nantes
Habituellement, ces sans-papiers sont hébergés au camping municipal, à quelques pas des exploitations, le temps de la récolte. Impossible cette année à cause de la crise sanitaire. "Ils sont obligés de se lever à 4 heures du matin pour venir depuis le centre-ville de Nantes", explique Catherine Libault présidente de l'association AMI.
La cueillette du muguet se déroule à l'aube, pour éviter que le soleil n'abîme les clochettes. "Il faut s’assurer que les gars soient à l’heure le matin au départ des bus, ce qui n’est pas toujours évident. Mais je constate qu'ils sont très motivés, certains me disent "j'ai mal au dos, mais je sais pourquoi je le fais".
L'association leur fournit également des repas. Jusqu'à l'an dernier, c'est un supermarché du secteur de Pornic qui donnait le pain de la veille aux bénévoles pour faire des sandwichs. Il a fallu trouver une autre solution cette année. "Nous avons approché un autre supermarché. Ils nous ont immédiatement proposé de faire une fournée de pain frais spécialement pour nos gars. C’est le genre de choses qui me redonnent de l’espoir”, se réjouit Catherine Libault présidente de l'association AMI.
180 migrants parmi 1 000 saisonniers à Machecoul
A Machecoul, l’exploitation Vinet Pomalie travaille depuis 16 ans avec l'association AMI. Un moyen, selon Thibaud Vinet, de “compléter les effectifs de cueilleurs, mais aussi de chefs d'équipe". Car pendant la période de récolte du muguet, l’activité de l’exploitation est multipliée par cinq, avec au total 1 000 saisonniers. Parmi eux, 180 migrants.
L’entreprise s’appuie également sur les étudiants, les retraités, les demandeurs d’emplois et les saisonniers. “Cela nous permet d’avoir une grande diversité de personnes et en fonction de la période, on peut s’adapter en fonction des besoins et des calendriers”.