Covid-19 : la santé mentale va mal en Pays de la Loire, l'une des conséquences de l'épidémie

Les angoisses et les syndromes anxio-dépressifs ont augmenté depuis le début de la crise sanitaire, notamment chez les jeunes. Le secteur de la psychiatrie ne parvient plus à répondre à l'urgence de la situation en Pays de la Loire. L'Agence Régionale de Santé tente de colmater les brèches.

La pédopsychiatrie et les services de pédiatrie sont particulièrement touchés.
La pédopsychiatrie et les services de pédiatrie sont particulièrement touchés. © France Télévisions Olivier Quentin

L'anxiété, les troubles du sommeil, la dépression, les idées suicidaires, les tentatives de suicide, les scarifications, les troubles des conduites alimentaires, les décompensations psychiques, les violences intra familiales, les décrochages scolaires, les refus scolaires, sont quelques-uns des troubles que l'Agence Régionale de Santé en Pays de la Loire a constaté sur la population depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Et la multiplication de ces symptômes a provoqué une forte augmentation des consultations en psychiatrie.

 

Difficile de répondre aux situations de crise immédiates

"Des tensions hospitalières sur les hospitalisations à temps plein sont apparues ces derniers mois, accentuées par des délais d'attente et de prise en charge ambulatoire permettant difficilement de répondre aux situations de crise immédiates" note l'ARS qui évoque parallèlement des tensions sur le corps médical "absentéisme du personnel, fatigue des équipes". Le Directeur Général de l'ARS, Jean-Jacques Coiplet, parle d'une augmentation de 10 à 25 % de l'activité selon les secteurs.

A cela s'ajoute un manque de praticiens en psychiatrie en Sarthe, Mayenne et Vendée.

Si la région des Pays de la Loire a bénéficié d'un plan d'aide important pour le secteur psychiatrique, il s'agit d'un rattrapage et il ne fait que se mettre en place, il prendra plusieurs années.

"On savait qu'un confinement de la population allait forcément avoir des conséquences, reconnaît le Dr Guillaume Fonsegrive, Président de la Commission Médicale d’Etablissement du CESAME (centre de santé mentale à Angers). On soigne nos patients en étant en lien avec eux, en étant proches d'eux, on savait qu'on allait être en difficulté (avec le confinement) "

 

Les jeunes particulièrement touchés

"La dégradation de la santé mentale des jeunes est un constat partagé par l’ensemble des acteurs des Pays de la Loire, constate l'ARS. Des situations d'isolement, de souffrance des parents, des inquiétudes sur le devenir impactent les collégiens et lycéens."

Les Maisons des Adolescents (MDA) signalent "un afflux de nouvelles sollicitations concernant les plus jeunes et leurs familles".

"A la MDA de Loire-Atlantique témoigne Patrick Cottin, le directeur, les délais de rendez-vous se sont allongés et sont d’environ un mois et demi (contre 15 jours avant la crise sanitaire)."

Les professionnels qui côtoient cette population évoquent une augmentation des dépressions, des troubles du comportement alimentaire, des idées suicidaires. En Loire-Atlantique, les services de pédopsychiatrie parviennent difficilement à faire face à la demande d'aide et ce, malgré l'ouverture cette année d'une unité de pédopsychiatrie à Saint-Nazaire.

 

L'été avait donné de l'espoir

"Ça va mal particulièrement chez les jeunes depuis la rentrée" confirme le Dr Jean- Paul Boulé, Chef de projet régional en santé mentale à l’ARS Pays de la Loire. L'été avait donné de l'espoir, tout s'est effondré avec le reconfinement et la fermeture des bars et restaurants, le couvre-feu. 

Même en Vendée, département le moins touché par la maladie dans une des régions les moins touchées en France.

"Il y a une distorsion entre la demande et nos capacités, nous sommes en train de courir" constate-t-on à l’EPSM Mazurelle, établissement de santé mentale de Vendée.  

Pascal Forcioli, le Directeur général, s'inquiète: "Aux urgences pédiatriques, dit-il, on a aujourd'hui des jeunes hospitalisés avec des tableaux cliniques très graves !"

Mais il n'y a pas que les patients qui vont mal, le personnel soignant aussi. "Difficile pour des soignants en mal-être de s'occuper des autres, il y a un essoufflement de nos ressources humaines" dit ce directeur d'hôpital qui souffre comme ses collègues d'autres établissements du manque d'infirmiers(es). "On n'en trouve plus sur le marché du travail, comme dans toute l'Europe" se désole-t-il.

 

"30% des patients sont mineurs"

Jean-François Poirier, le Directeur de l’Institut Psychothérapeutique Le Pin-en-Mauges, dans le Maine et Loire fait le même constat de l'impact de cette crise chez les jeunes : "A l'institut, dit-il, 30% des patients sont mineurs. Il y a 6 ou 7 ans, c'était 5%".

Parmi les réponses que donne l'Agence Régionale de Santé à cette situation, l'augmentation du nombre de lits d’hospitalisation en pédopsychiatrie sur la Loire Atlantique et la mise en place de formations aux premiers secours en santé mentale à l’Université,

Philippe Hulin, le Délégué Régional UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) Pays de la Loire veut croire en la solidarité. "Le lien social est un élément pour diminuer les effets de l'anxiété" dit-il. Et il prévient : "On voit des jeunes retourner vers des pratiques addictives."

Ce que tous constatent, c'est que les mesures prises pour protéger de la Covid-19 ont eu des effets très négatifs pour nombre de personnes. "Ce qu'on a tous accepté il y a un an, devient inenvisageable aujourd'hui", s'accordent-ils à dire. 

Les médecins le savent, dans tout médicament il peut y avoir des effets secondaires et parfois ils sont délétères. Les victimes du virus se comptent quotidiennement, celles des mesures sanitaires se déclareront sans doute encore longtemps après la vaccination.

 

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