Cueilleurs d'algues sur la côte sauvage, ils veillent sur la ressource et partagent leur savoir avec le public

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sandrine Gadet

Dès que la mer se retire, que les coefficients promettent un estran dégagé, ils saisissent leurs seaux, s'emparent de leurs paires de ciseaux et prennent la direction des rochers. Jean-Marie Pedron et Valérie, son épouse, sont cueilleurs d'algues professionnels. Une passion qu'ils transmettent à leurs visiteurs et à une centaine de grands chefs qui comptent désormais sur leurs "légumes de mer" pour ravir nos papilles.

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Paupières froncées sous le grand soleil. Silhouettes courbées, chahutées quand le vent se lève ou recroquevillés dans leurs impers s'il mouille. Le regard baissé et les bras tendus vers une roche, dont ils ont déjà arpenté les moindres recoins. 

Car cet estran, celui de la côte sauvage, ils l'ont mentalement cartographié. C'est comme s'ils avaient appris les rochers par cœur.

Quelque soit le temps, la houle, les pieds dans l'eau ou calés entre deux masses de roche, veillant à ne pas glisser, une simple paire de ciseaux en main, sans gants (et ce, quelque soit la température de l'eau), ils coupent des algues. D'un geste sûr, jamais précipité. Soigneux.

D'abord parce que ce n'est pas un jeu et qu'il ne s'agit pas de finir le cul dans l'eau, ensuite parce que Jean-Marie et Valérie, Hélène et Emilie respectent trop ces plantes, cadeaux de la mer, pour les abîmer, enfin, parce que ce sont elles qui les font vivre.

Au petits soins des algues depuis dix ans

Le milieu marin, Jean-Marie Pedron et Valérie son épouse, le connaissent bien. Ils ont participé aux lancements et à la gestion pédagogique des aquariums de Saint-Malo et de Lyon, ils sont revenus au pays, au Croisic pour reprendre la ferme marine familiale. Aujourd'hui, ils y sont heureux. "Tributaires de la nature et des grandes marées", glisse Jean-Marie dans un sourire.

"Mes parents, Jo et Suzon, en retraite aujourd'hui, sont les derniers paludiers du Croisic, sur la saline de Saint-Goustan. Et mon père était l’un des pionniers de l'aquaculture marine en France dès le début des années 70, précise Jean-Marie, moi, j'ai toujours connu ces lieux. C'est une zone préservée, 7 hectares de vie et de biodiversité et on voulait continuer à la dédier à la mer".

L'étier de l'ancienne saline creusé au XVème siècle est toujours l'artère de la propriété. Avant, il irriguait les œillets. Aujourd'hui, il alimente, en eau salée, un grand étang. C'est cette même eau qui tourbillonne dans de grands bacs.

" Ici, c'est un peu la thalasso des algues. Elles ont besoin d'oxygène et de remous, c'est ici qu'on les entrepose pour les garder toutes fraîches et vivantes ", explique Valérie en y versant le contenu d'un seau cueilli il y a une heure à peine.

Chaque année, le couple, aidé de ses cueilleuses, Hélène et Emilie cueille une dizaine de tonnes d'algues. Une paille, si on les compare aux cueilleurs industriels qui sévissent plus haut sur la côte bretonne.

Nous, ne prélevons que ce dont on a besoin. On pratique la rotation des lieux de cueillette, on cueille des algues de saison, car il n'est pas question de jeter ce que la mer nous offre. Nous nous considérons comme des artisans, et nous veillons constamment à la ressource. Nous ne sommes surtout pas des ravageurs

Jean-Marie Pedron

Les super-pouvoirs des algues

S'ils sont autant attachés à ne pas abîmer le milieu, c'est que Jean-Marie et Valérie connaissent la valeur de ce qu'ils cueillent.

"Les algues offrent le gîte et le couvert à des centaines d'espèces. C'est un biotope marin exceptionnel. Et en plus elles sont des alliées de notre santé. Elles contiennent des vitamines, des oligo-éléments, de l'iode bien sûr et même des protéines" . Alors que les nutritionnistes et les défenseurs de l'environnement alertent sur une alimentation trop carnée, les algues peuvent devenir une alternative alimentaire sérieuse.

Ao Nori, Dulse, Kombu, laitue de mer, haricots ou spaghettis marins, une douzaine d'espèces est répertoriée sur nos côtes. "Mais il en existe plus de 700" précise Jean-Marie, qui poursuit " Aucune de ces macro-algues n'est toxique...tout est bon dans l'algue pour peu qu'on la consomme fraîche ".

En bouche, chacune de ces plantes marines a sa particularité. Certaines apporteront du croquant, ou de la "mâche", des parfums citronnés, poivrés ou la saveur d'un coquillage.

Tout un monde gustatif qui reste encore à explorer, tant la culture de l'algue est balbutiante en Europe.

Mais les grands chefs ne s'y trompent pas. Il y a dix ans, Jean-Marie et Valérie se sont faits promoteurs pour les amener à les intégrer dans leurs plats. Passé le moment de la découverte, de la surprise face à l'insolite, ils sont aujourd'hui plus d'une centaine partout en France, à cuisiner, au quotidien, les algues fraiches que leur livre le couple.

Transmission et partage

La livraison de leur récolte aux restaurateurs, n'est qu'une partie de leur activité.

Pas question de ne sensibiliser que les grands chefs, ou une clientèle privilégiée, à l'intérêt des algues. Valérie met aussi au point des recettes qu'elle vend sur les marchés ou dépose dans des boutiques de produits locaux. Des ateliers pédagogiques sont proposés sur les lieux mêmes de la ferme marine, les jardins de la mer. Des séances découverte sur les rochers, des rendez-vous cuisine qui permettent à ces artisans cueilleurs de transmettre tout leur savoir-faire.

►Et pour en savoir plus sur le quotidien des Jardins de la Mer, n'hésitez pas à aller faire un tour sur le compte Instagram de Jean-Marie Pedron