Loire-Atlantique : Michel, sourd, nouvellement intronisé porte-drapeau de la commune de Montbert

À 46 ans, Michel Bouyer vient d'être nommé porte-drapeau par les anciens combattants de sa commune. Une manière pour lui de rendre hommage à son père, ancien combattant de la guerre d'Algérie et de tous les morts au combat.

Il va falloir qu'il se familiarise avec le protocole des porte-drapeaux, Michel. Le baudrier placé sur l'épaule droite, la main gauche doit fermement tenir la hampe du drapeau.

Cet aide soignant en gérontologie va désormais participer à toutes les cérémonies d'hommage organisées sur la commune de Montbert.

Michel Bouyer a grandi ici, y vit toujours, et c'est à l'école primaire du village que son institutrice a décelé la première sa surdité. 

S'il a pu exécuter ses trois jours, l'armée l'a réformé. "C'est le cas pour tous les sourds" dit-il un peu désabusé.
L'armée, la guerre, il ne les connaît donc qu'à travers les films et les visites mémorielles effectuées sur les sites du débarquement. À travers aussi des récits de combattants. Ceux de son grand-père, puis son père, tous deux d'anciens appelés.

Quand l'association des Anciens Combattants d'Afrique du Nord a fait appel à ce grand gaillard pour devenir porte-drapeau, il n'a pas hésité.

"Je suis fier que l'on m'ait confié ce rôle. C'est important de perpétrer la mémoire de ceux qui sont morts au combat. Les jeunes générations ne se sentent pas concernées, mais je pense qu'il faut honorer ceux qui se sont engagés pour défendre la patrie".

Pendant la cérémonie, c'est Nelly, son épouse qui a assuré la traduction des discours en langue des signes. "Moi aussi je suis émue et fière qu'il prenne cette place-là, qu'il ait pris cet engagement".

 

Michel est vraisemblablement le premier porte-drapeau sourd de France, l'un des plus jeunes aussi...mais pas le premier sourd à recevoir les honneurs des combattants.

"Quand on m'a annoncé que je serai porte-drapeau, j'ai tout de suite pensé à Paul Burckel, un sourd lui aussi qui a combattu dans les Forces Françaises Libres, pendant la seconde Guerre mondiale. Quand j'ai découvert son histoire, cela m'a passionné" confie-t-il.

Paul Burckel, est, avec 9 décorations, le militaire sourd français le plus médaillé.

 

Né à Brest, devenu sourd à l'âge de trois ans, il rejoint l'Institut La Persagotière, à Nantes, une école spécialisée dans l'enseignement pour les jeunes sourds et malentendants. En 1931, il retourne à Brest pour effectuer son apprentissage de sculpteur sur bois-ébéniste, puis entre à l'École Boulle de Paris.

En juin 1940, il apprend que le général de Gaulle appelle les jeunes forces vives à combattre pour la France Libre...il embarque alors à Brest, direction l'Angleterre.

Les autorités militaires françaises refusent d'abord de l'intégrer aux forces combattantes mais il ne se décourage pas. Bénéficiant de la complicité de ses camarades qui lui permettent de compenser sa surdité, il participe à la bataille d'Angleterre, aux opérations sur les côtes de Bretagne et au débarquement en Provence.

Rendre les commémorations historiques accessibles aux sourds

Michel entend bien profiter de ce nouveau rôle pour participer activement aux événements organisés sur sa commune.

En 2018, à Montbert, des tranchées avaient été creusées pour célébrer l'anniversaire de la Grande Guerre. Dans l'église, les vitraux représentent les jeunes du village morts au combat. Montbert n'est pas en reste pour commémorer ses combattants.

"Normalement en 2025, on célébrera les 80 ans de l'armistice de la deuxième guerre mondiale, je ne sais pas encore ce qui sera organisé mais c'est sûr j'y participerai et avec Nelly nous ferons en sorte de rendre ces cérémonies accessibles aux sourds".

En attendant, pour Michel Bouyer, le baptême du feu aura lieu...le 11 novembre prochain

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