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Utopiales 2015 : une exposition pour les 20 ans du label Série B des éditions Delcourt

Fred Blanchard dans son expo en chantier / © éric guillaud
Fred Blanchard dans son expo en chantier / © éric guillaud

S'il fallait trouver un point faible aux précédentes éditions des Utopiales, ce serait les expositions. De simples panneaux sans âme dans un hall sans fin ! Mais les choses évoluent. La preuve avec l'exposition anniversaire du label Série B. Rencontre avec son directeur, le Nantais Fred Blanchard...

Par Eric Guillaud

Je me permettrais de commencer par une petite confidence, jamais une exposition des Utopiales ne m'a fait courir quand bien même l'auteur exposé pouvait m'intéresser. L'atmosphère glacial du Centre des congrès sans doute ! C'est pourtant une exposition qui m'a conduit à cette même Cité des congrès ce mercredi matin, à quelques heures de l'ouverture officielle du festival international de science-fiction. Et cette exposition est consacrée aux 20 ans du label Série B des éditions Delcourt. Sur près de 200 m2, dans un décor de vaisseau spatial, l'exposition réunit croquis, affiches et planches originales. Un plongeon au coeur de la création et de l'imaginaire conçu par le directeur du label lui-même, un Nantais nommé Fred Blanchard.

C'est la tête dans une caisse à outils que nous avons retrouvé Fred Blanchard. Le décor est prêt, les croquis sont en cours d'installation et les planches originales ne devraient pas tarder à arriver. Un coup de pinceau par-ci, un coup de marteau par-là, deux ou trois questions entre deux. Interview...
 / © éric guillaud
/ © éric guillaud

Pouvez nous rappeler dans quel contexte a été créé ce label ? 

Fred Blanchard. Je sortais d'une école d'art, j'avais écrit un album, Ron Corvo, mais ça s'était très mal passé avec l'éditeur, Zenda. Je rencontre alors Olivier Vatine qui travaillait à l'époque dans un studio de dessin animé créé par Guy Delcourt. Il propose de m'associer dans la création d'une collection chez Delcourt. Nous sommes assez complémentaires, lui plus porté sur la narration, moi sur le design. Nos deux premiers projets sont Carmen Mc Callum et Tao Bang. Peu à peu, la production de diversifie, s'amplifie. Dix ans passent et puis Olivier Vatine décide que Série B appartient au passé. Il arrête et je me retrouve seul à la barre du label. Je continue à gérer le suivi éditorial et j'ai enfin le droit d'avoir des idées, de les appliquer. Je réoriente le label - qui était alors très science-fiction - vers le passé avec l'idée de lancer des séries historiques ou de l'uchronie. Depuis 10 ans, Série B est un label multi-directionnel.

On dit aussi dans les milieux bien informés que la création du label était une réaction à l'émergence de la Nouvelle BD représentée par des auteurs comme Blain, Dupuy/Berberian, Blutch, De Crécy, David B., Guibert, Rabaté et Sfar...

Fred Blanchard. Effectivement. Il y avait à cette époque l'émergence de la nouvelle BD qui était un renouveau, une petite révolution même en terme de graphisme, de narration et de pagination. Mais c'était très parisiano-parisien quand même ! Nous, en réaction, on a voulu redéfinir la bande dessinée de genre, on voulait revenir aux fondamentaux de la bande dessinée des années 70, des années Pilote, des albums bien dessinés mais avec des histoires intéressantes. On a eu la chance de tomber sur de bons scénaristes dès le début, en l'occurrence Fred Duval, Daniel Pecqueur et Jean-Pierre Pécau.

Pourquoi ce nom de Série B ?

Fred Blanchard. C'était notre côté bravache de l'époque. on se disait qu'on allait de toute façon être dénigrés parce qu'on faisait du genre, qu'on était à la marge de la production bien pensante, alors autant s'appeler tout de suite Série B. On l'a regretté par la suite. Même si on a rencontré très vite le succès, il y a eu un dénigrement constant du côté des critiques de bandes dessinées. Le fait d'être à la marge nous a toutefois permis d'être constants. Nous n'avons jamais été "à la mode" mais on a passé les époques et sommes restés fidèles à nous-mêmes. Ça nous a permis de développer une vision au long cours.
 / © Delcourt
/ © Delcourt

Ce label est-il bien identifié aujourd'hui parmi les amoureux du Neuvième art ?

Fred Blanchard. Oui. il est bien identifié et parfois je pense qu'il enferme un peu trop certaines séries. Dans les 10 prochaines années, je vais faire sortir certaines séries du label. C'est une façon de le réinventer. Le fait d'être estampillé Série B peut être, je pense, un frein pour certaines séries grand public comme Mousquetaire de Fred Duval et Florent Calvez qui sort ces jours-ci. Mousquetaire n'a rien d'une Série B, le postulat de base, le graphisme... s'adressent au plus grand nombre.

C'est quoi la vie d'un directeur de collection au quotidien ?

Fred Blanchard. C'est être le meilleur ami des auteurs, leur pire ennemi aussi, leur maman, leur papa, leur allié, leur associé, c'est ruer dans les brancards quand il faut, servir de punching ball quand nécessaire aussi, c'est un travail exaltant par moment, déprimant à d'autres mais qui est au final toujours super intéressant. On suit un album depuis sa gestation jusqu'à sa publication en passant par le dessin, le scénario... et les couvertures dont je m'occupe énormément. C'est un élément emblématique de l'album, c'est même plus, c'est un élément stratégique de l'album. C'est ce qui va donner envie ou non au lecteur de l'ouvrir.

Soutien, conseils, couvertures... et expositions ?

Fred Blanchard. Oui. Rien n'était prévu pour les 20 ans du label. J'avais envie de marquer le coup et Les Utopiales, festival multi-disciplinaire, était l'endroit idéal. J'ai proposé. Le festival était demandeur et Delcourt a fini par dire oui. Après, il a fallu que je m'y mette. Et ce fut beaucoup de travail, un sacerdoce même. Heureusement, j'avais à mes côtés Christian Lemelle, un allié indéfectible et super talentueux à mes côtés. 

On dit que vous avez su imposer une véritable marque de fabrique. En quoi peut-elle se résumer ?

Fred Blanchard. Les couvertures sont la partie la plus visible. Mais c'est aussi d'avoir ouvert le champ des possibles aux auteurs. Il y a dix ans, on faisait du cyber punk, de l'action, j'ai ouvert le champ à 360° en proposant aux auteurs d'essayer d'autres choses. 
 / © éric guillaud
/ © éric guillaud

Tout n'est pas, n'est plus, SF dans Série B. Il reste que ce genre est votre passion première. Comment est-elle née ?

Fred Blanchard. Sous la forme d'une frustration. Nous sommes en 1977, Star Wars vient de sortir au cinéma et mon père très très autoritaire m'interdit d'aller le voir. Pendant des mois, ce sont les copains qui me racontent le film. Frustré, j'achète tous les bouquins qui s'y rapportent, les revues... et je finis par le voir. De là, je commence à lire des bouquins de SF et découvre un champ littéraire très riche. Je découvre Philip K. Dick et puis, les années aidant, j'évolue vers d'autres genres littéraires... Mais effectivement Star Wars a été pour moi comme pour beaucoup de jeunes à l'époque un mythe fondateur.

Quels sont les auteurs qui comptent aujourd'hui en SF ?

Fred Blanchard. Il y en a plein. Je ne sais pas. Il y a des jeunes qui débarquent, des vieux qui continuent à faire des choses pas mal, pas forcément des astres flamboyants comme Moebius mais des gens qui ont un parcours incroyable. Je picore à droite à gauche.

Et Manchu ?

Fred Blanchard. Je suis content pour lui, je pense qu'il bénéficie enfin d'une reconnaissance méritée depuis longtemps, peut être en partie grâce aux couvertures qu'il a faites pour le label Série B. S'il était né il y a un siècle, je pense qu'il serait aujourd'hui exposé à Orsay. C'est un espèce d'ultime descendant de l'académisme 19e dans ce qu'il avait de plus flamboyant.

Pour en revenir à Série B. 200 titres, 4 millions d'albums vendus. C'est un label qui compte aujourd'hui chez Delcourt ?

Fred Blanchard. Oui même si on est pas les seuls. On existe depuis longtemps et on nous fait confiance.
 / © éric guillaud
/ © éric guillaud

Quelle série auriez-vous rêvé de signer ? 

Fred Blanchard. Mutafukaz ! Je connaissais le boulot de RUN depuis longtemps. Il a fait le tour des éditeurs mais il n'est pas venu me voir. Je le regrette.

Quelle a été votre plus grande satisfaction ?

Fred Blanchard. Jour J ! Parce que ce fut la série du renouveau. Une série importante aussi à titre personnel. C'est une espèce de créature à la Frankenstein parce que j'ai associé deux scénaristes qui ne se sont pas tapés dessus, qui ont fait des énormes bouquins. C'est une série qui continue à m'exciter parce qu'elle est exigeante et parle du monde dans lequel on vit. C'est l'une des séries qui nous a amené jusqu'à nos 20 ans ! 

A quoi ressemblera Série B dans 10 ans ?

Fred Blanchard. Il sera en pointillé je pense. Il y aura toujours des albums mais moins. Il y aura d'un côté les albums officiels estampillés Série B et les albums officieux, ceux qui sortiront en dehors de la marque.

Merci Fred Blanchard

L'exposition Série B est visible pendant toute la durée des Utopiales



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