Coronavirus : à Nantes, des livreurs à vélo à l'arrêt

Un livreur à vélo, photo d'illustration / © Angela Weiss / AFP
Un livreur à vélo, photo d'illustration / © Angela Weiss / AFP

Contrairement aux restaurateurs, les plateformes de livraison n'ont pas interrompu leur activité et incitent les livreurs à "continuer à pédaler". Mais à Nantes, beaucoup ont décidé de s'arrêter.

Par Amélie Lepage

Nous avions rencontré Damien Jenniard à Nantes il y a quelques semaines. A l'époque, il parcourait entre 30 et 100 kilomètres par jour pour livrer une quinzaine de clients. Aujourd'hui, il est à l'arrêt. Une décision qu'il a prise au lendemain de la première allocution d'Emmanuel Macron"Je ne veux pas être un facteur de propagation" du Covid-19. "C'est mon seul revenu, explique le jeune homme. Je suis à zéro euro là.  J’avais commencé à mettre de côté pour changer de téléphone, donc ça fait quelques centaines d’euros qui vont me servir à vivre. Mais après..."

Comme lui, tous les adhérents du syndicat des coursiers autonomes de Loire-Atlantique (SCALA) ont arrêté de livrer le week-end dernier. Anthony Yaba, co-fondateur du syndicat, dénonce l'attitude des plateformes : "Elles se dédouanent complètement, elles nous disent "vous pouvez continuer de pédaler", c’est plus pratique pour elles, elles n’ont pas à assumer après, et ce sont les livreurs qui doivent faire le choix de ne pas avoir de revenu."  

Un fonds d'indemnisation pour les livreurs contaminés 

De leur côté, les plateformes disent avoir "renforcé la sécurité et la protection des livreurs partenaires". Dans un courriel, Deliveroo détaille les mesures mises en place pour ses livreurs :  des consultations médicales en vidéo prises en charge à 100% par la société et un fonds d'indemnisation pour les livreurs contaminés par le Covid-19.
Capture d'écran sur le site Deliveroo / © Deliveroo
Capture d'écran sur le site Deliveroo / © Deliveroo
Pour les livreurs encore en activité, Deliveroo dit mettre à leur disposition du gel hydroalcoolique et promet le remboursement à hauteur de 25 euros du matériel de protection. Une mesure qui n'engage pas à grand chose lorsque l'on sait que les phamarcies sont en rupture de stock de masques, de gel hydroalcoolique et de gants. Même son de cloche chez Uber Eats qui a également mis en place un numéro direct (0805 080 391) et un blog pour répondre aux questions de leurs livreurs.

Livraison sans contact 

Issou* n'a reçu ni gel hydroalcoolique, ni gants. Comme on peut le voir sur des vidéos qu'il poste chaque jour sur sa chaîne Youtube, il continue à livrer. "L'ambiance est très bizarre, je ne croise plus que des livreurs et des gens qui font des footings", raconte-t-il. 
Aujourd'hui, il fait 10 courses par jour maximum, quand en temps normal, il en fait 25. "Pour l'instant, j'ai décidé de continuer en prenant des précautions. J'essaye de rester à distance, mais ça m'inquiète, je vois beaucoup de livreurs qui se regroupent et se font des checks en attendant devant les restos".  

Il reçoit un mail de Deliveroo tous les deux jours. La seule consigne qu'on lui ait donnée, c'est de respecter les recommandations du gouvernement, c'est-à-dire de livrer à domicile mais "sans contact". Issou* récupère ainsi ses commandes sur des tables devant les restaurants, et s'écarte de la porte d'entrée du domicile de la personne chez qui il livre. Mais on le voit sur sa vidéo, il est obligé de toucher les portes d'entrée des immeubles, et les boutons dans les ascenseurs, le tout sans avoir de gel hydroalcoolique pour se désinfecter. 

La question qui se pose, c'est finalement la nécessité ou non de se faire livrer son repas en ces temps de confinement.  Pour Anthony Yaba :"Si on livrait du sang dans les hôpitaux ou du riz à des familles en galère, ça aurait du sens, mais là on livre des suhis et des Bo Bun..."

* le prénom a été modifié
 

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