Coronavirus : où en sont nos trois familles de Nantes après sept semaines de confinement ?

Françoise, Pascal, Stéphanie, Lily, Estève... se préparent à déconfiner dans quelques jours. Revoir du monde, pouvoir sortir plus d'une heure les réjouit mais ils aimeraient aussi faire fructifier certains enseignements. 
Lily et Sacha ont apprécié ce temps passé avec les parents. Même si Sacha aurait voulu plus profiter du soleil... mais il y avait l'école à la maison.
Lily et Sacha ont apprécié ce temps passé avec les parents. Même si Sacha aurait voulu plus profiter du soleil... mais il y avait l'école à la maison. © (DR Estève)
"Je suis assez pressée de retrouver un vrai environnement de travail, avoue Françoise. J'aimerais bien croiser mes collègues, retrouver un confort de poste, ne plus travailler sur un petit écran d'ordinateur portable..."

Et ce qu'appréciera aussi cette employée de Nantes Métropole passée en télétravail, c'est que son environnement professionnel soit bien séparé de celui de la maison.

Car le télétravail c'était pour elle comme pour beaucoup, installer les obligations, les soucis, les contraintes professionnelles dans la maison. Et plus possible de prétexter un enfant à aller chercher à l'école pour mettre fin à une énième visio-réunion et terminer à l'heure. La journée est devenue plus élastique. Le piège du confinement était complet.

Françoise appréciera de retrouver deux univers bien distincts. 

Rien ne vaut une bonne réunion en "présentiel"

Elle reconnaît que la petite famille (avec Pascal son mari et leur fille de 7 ans Capucine) a un environnement "royal" avec de l'espace, un jardin. Mais elle  a pris concience du besoin d'échanger avec les collègues.

Quant aux réunions en "visio", on sent bien que Françoise en a un peu ras-le-bol. En plus, ça ne marche pas toujours. "Il suffit qu'il y en ait un qui a une mauvaise connexion et ça décale tout alors on bascule sur le téléphone..."

Bref, rien ne vaut une bonne réunion en "présentiel" comme on dit aujourd'hui.
Pour rester en contact avec ses amis, Capucine joue avec eux via des applis de visioconférence
Pour rester en contact avec ses amis, Capucine joue avec eux via des applis de visioconférence © DR Pascal
Le couple a décidé d'attendre encore un peu avant de remettre Capucine à l'école. Ils ne souhaitent pas prendre de risque, leurs parents sont âgés, ils ne veulent pas les mettre en danger.

Capucine quant à elle, tire un bilan mitigé de cette expérience. "J'étais contente d'être avec Papa et Maman". Mais elle aurait voulu pouvoir sortir pour jouer sur la place avec le petit voisin Nathan.

Pas grave, elle l'a croisé régulièrement de l'autre côté du grillage. Et puis elle a passé aussi quelques heures en Facetime avec une copine à jouer ensemble. Des fois, elle prenait aussi son goûter avec un copain, de la même manière. "C'est pas elle qui coupait, rigole Pascal, c'est la batterie !"
 

Le tuba de Cyril

Pascal se souviendra longtemps des heures passées à faire l'école à Capucine. "On n'avait pas l'effet de groupe de la classe pour motiver a-t-il pu constater, mais on finit toujours par arriver à faire le travail."

Il gardera aussi de ce confinement "le souvenir du tuba de Cyril" (un soubassophone, pour ceux qui connaissent), un voisin qui jouait un morceau différent tous les soirs, juste après la salve d'applaudissements pour les soignants à 20h.

C'est devenu un vrai rituel. Le quartier a apprécié. Même si ça mettait un peu la pression à Cyril pour qu'il bosse tous les jours un nouveau morceau.
 

Chez Annabelle, Estève, Lily et Sacha, on commence à déconfiner

De son côté, Estève a constaté qu'avec l'arrivée du déconfinement, les instituteurs ont un peu plus chargé la barque. Ce que confirme Lily, la grande de 8 ans. "C'était bien (le confinement) mais j'ai pas aimé qu'on nous donne plus de travail, dit-elle. J'ai beaucoup aimé qu'on profite de nos parents mais on voit plus nos copains et maman va fêter ses 40 ans sans ses copains, c'est nul !"

Estève confirme : la grande fête prévue sera reportée à l'année prochaine. 

Mais pour le moment, on commence à déconfiner. En fait, depuis les vacances, la famille s'autorise la sortie promenade réglementaire d'une heure quotidienne. Avant, on n'osait pas trop.

De cet épisode, Estève retient le plaisir du temps passé en famille. "On n'est plus avec ce quotidien qui nous oppresse, dit-il, où il faut se dépêcher pour se préparer, aller à l'école, au travail. Aujourd'hui, si on se décale, d'un quart d'heure, ce n'est pas gênant."

Estève qui est chef de projet informatique dans la grande distribution, faisait déjà du télétravail auparavant. Une journée par semaine. Dans son équipe, il était le seul et cette situation le gênait un peu.

Avec le confinement, la pratique s'est évidemment développée et il envisage de demande à garder quelques journées de télétravail hebdomaires dans son planning. "Dans mon poste, je suis dans un openspace, je suis souvent sollicité, raconte-t-il, à la maison, j'arrive mieux à me centrer sur mes actions."

Il apprécie aussi de prendre ses repas du midi avec ses enfants. A l'avenir, il aimerait aussi leur éviter les heures de périscolaire.

Annabelle, quant à elle, pourra commencer sa reconversion en téléformation vers la mi-mai. Ils se partageront alors la prise en charge des enfants sur la journée.  

"On a changé tous les meubles du salon de place"

Stéphanie redoutait un peu les vacances de Pâques. Après un mois de confinement, ne pas pouvoir s'échapper et devoir rester dans cet appartement de 63 m² à trois l'inquiétait.

Mais ça s'est bien passé. "Un matin, on a changé tous les meubles du salon de place, raconte-t-elle. C'était sympa de faire ça ensemble. J'ai beaucoup trié, notamment les livres qu'on a emmenés dans une résidence pour personnes âgées. Avec des marque-pages qu'on avait faits avec Louise."

Stéphanie s'inquiétait du niveau scolaire de Louise qui est en CE2. Pour ne pas trop lui mettre la pression, elle avait un peu allégé les journées de travail. Lors d'une "visio-classe" un mercredi matin, elle a pu se rassurer en constatant que son niveau était tout à fait satisfaisant.

De temps en temps, Louise (7 ans) et Hugo (18 ans) vont chez leurs pères respectifs, ce qui soulage Stéphanie. Mais elle a pu apprécier l'attitude des enfants pendant ces sept semaines. Eux aussi apprécieront de revoir leurs copains. Louise a fait une demande à sa maman : elle veut vivre à la campagne.

Côté boulot, cette fonctionnaire territoriale qui bénéficiait d'un planning allégé pour pouvoir s'occuper de la petite, va reprendre à plein temps. "Je me suis rendue compte qu'on faisait des milliers de choses au boulot qui ne servent à rien dit-elle. On fait des tonnes de réunions dont il ne ressort rien, des tâches administratifs qui ne servent à rien. En télétravail, toutes ces choses se sont révélées inutiles. J'aimerais qu'on en tire les enseignements, qu'on se recentre sur des choses essentielles."

Dans un reportage qu'elle a entendu à la radio, Stéphanie a appris qu'elle faisait partie des 12% de Français qui n'ont pas d'extérieur. Pas de jardin, pas de terrasse, pas de balcon. Alors que fera-t-elle au déconfinement ? 

"Je ne pourrai pas aller voir mes parents qui habitent trop loin regrette-t-elle. Je ne pourrai pas non plus aller me promener sur la plage avec une copine de Saint-Nazaire. Alors je vais faire un bon repas à mes enfants pour les remercier d'avoir été aussi cools."

Un bon repas, dans l'appartement qu'ils n'ont pas quitté depuis le 16 mars, tous les trois. Drôle non ?



 
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