Coronavirus : VDH, Armel Tripon, deux skippers du Vendée Globe racontent leur expérience du confinement

Les voiliers IMOCA au départ du dernier Vendée Globe, le 6 novembre 2016. / © Vincent Curutchet - DPPI - Vendée Globe
Les voiliers IMOCA au départ du dernier Vendée Globe, le 6 novembre 2016. / © Vincent Curutchet - DPPI - Vendée Globe

Tous les grands navigateurs connaissent le confinement (volontaire) dans un lieu exigu : leur bateau. VDH, six tours du monde à son actif dont deux Vendée Globe, et Armel Tripon, qui compte bien être au départ du prochain VG2020, racontent leur quotidien et donnent leurs conseils.
 

Par Vincent Calcagni

Depuis Nantes où il est confiné avec sa compagne dans une maison un peu plus grande que son appartement des Sables d’Olonne, Jean-Luc Van Den Heede tient à préciser de suite l’énorme différence avec la situation des Français aujourd’hui. "Notre confinement était volontaire bien sûr", précise l’un des navigateurs français les plus capés.

A 74 ans, VDH a déjà fait 6 tours du monde, participé (entre autres) à la Route du Rhum, à la transat Jacques Vabre, bouclé deux Vendée Globe et remporté en janvier 2019 la Golden Globe Race, un tour du monde historique en solitaire sans escale et sans assistance en 211 jours 23 heures et 12 minutes.

"C’est bien plus long qu’un Vendée Globe où les bateaux vont beaucoup plus vite (NDLR le dernier Vendée Globe s’est couru en 74 jours pour son vainqueur)", dit-il.

"L’autre différence majeure avec le confinement actuel c’est aussi que c’est prévu de longue date. Ce qui laisse la possibilité de faire des provisions. Pour la Golden Globe Race j’avais emporté sur mon bateau de quoi manger pendant 240 jours !", raconte le skipper.

L'espace est très réduit, il y a beaucoup de choses à faire, est-ce comparable avec la situation que vivent des millions de Français chez eux en ce moment ? Oui et non, semble dire le navigateur.

"L’espace est beaucoup plus réduit. Pour la dernière course (NDLR : Golden Globe Race) mon bateau mesurait moins de 11 mètres de long et surtout moins de 4 mètres de large", dit-il, "Il y a aussi beaucoup d’activités à bord. Il faut faire marcher le bateau en fonction du vent qu’il y a, changer les voiles selon le temps, tout ça évidemment on n'a pas à le faire chez soi".
 

Rester actif et se fixer des objectifs

"Justement quand on est confiné comme on l’est aujourd’hui chez nous ce qui est important c’est d’avoir des activités, quelles qu'elles soient. Mon conseil c’est de ne pas rester inactif. Ce peut être l’occasion de faire tout ce qu’on a pas eu le temps de faire jusqu’à présent".

Pour Jean-Luc Van Den Heede celà consiste, par exemple, à entretenir sa maison, "je ramasse les mauvaises herbes dans le jardin, je tonds ma pelouse, je passe le karcher sur ma terrasse en bois".

Finalement, il faut entretenir son chez soi comme on entretient son bateau lorsqu’on est en mer . "Quand je suis en mer la première chose que je fais en me levant c’est faire le tour du bateau pour voir ce qui cloche ou pas".

Dans un métier comme celui de navigateur au long cours, la préparation mentale est aussi importante que la préparation physique, ou celle de son bateau. Là aussi, VDH prescrit d'occuper son cerveau. "Mon conseil principal c’est de rester actif, de faire des activités variées, et de faire ce qu’on a pas eu le temps de faire jusqu’à présent ;  il faut absolument  lutter contre l’ennui et pour cela il faut avoir des objectifs".

Tenir un journal de bord

"A l’instant où vous m’avez appelé je regardais sur internet chez mon fournisseur pour changer les drisses de mon bateau (NDLR le cordage qui sert à hisser les voiles)"

"Je conseille aussi tout simplement de tenir, pourquoi pas, un journal de bord de son confinement. Tout comme un navigateur tient son journal de bord lors d’une course. Même si ça ne se fait plus trop de nos jours. C'est l'occasion de s'y remettre!"
 

Faire face aux imprévus, comme en mer

C'est le conseil numéro un du skipper Armel Tripon. Le navigateur nantais parle en connaissance de cause. Son médecin l'a arrêté pour suspicion de coronavirus.
"Je vais bien. Ça fait bientôt 8 jours que les symptômes assez légers se sont déclarés et aujourd'hui je pense être quasiment sorti d'affaire. Certains dans mon équipe ont été plus impactés que moi. Mais tout le monde s'en est sorti"

Le navigateur nantais a participé à de nombreuses courses prestigieuses comme la Solitaire du Figaro, la Transat Jacques Vabre ou encore récemment la Route du Rhum. Avec son  Imoca "L'Occitane en Provence" il a prévu de se présenter au prochain Vendée Globe qui doit s'élancer le 8 novembre 2020 des Sables d'Olonne.

Pour lui "ça ne remet absolument pas en cause le Vendée Globe. Ça change juste un planning de navigations prévu avec des entrainements en mer qui sont bien sûr annulés pour l'instant pour raisons médicales. Dans le calendrier il y avait aussi  une course initialement prévue le 10 mai (NDLR la transat CIC entre Brest et Charleston aux Etats-Unis) qui doit être reportée. Même report je pense pour la transat retour entre New York et Les Sables d'Olonne au mois de juin".

En effet, Armel Tripon fait partie des 4 marins qui doivent encore théoriquement disputer une transat en course et en solitaire pour pouvoir présenter leur dossier d'inscription au Vendée Globe.

Finalement pour le skipper nantais il s'agit de la continuité de son métier qui consiste à "savoir gérer les imprévus à terre comme en mer. C'est un peu le b.a. -ba".

Et justement, comment le navigateur fait-il face personnellement pour gérer ce confinement ? "Je suis à Nantes chez moi en famille. Il faut accepter la situation, ne pas se dire qu'on est enfermé et qu'on rate quelques chose. Mais plutôt essayer d'en tirer un bénéfice pour soi".

Armel Tripon fait beaucoup de yoga et méditation, ça l'aide à garder un sens à la préparation de la course. "Finalement c'est un peu comme lorsqu'en mer une tempête arrive ou si je suis dans une zone météo que je n'ai pas choisie, ou lorsque j'ai un problème matériel sur mon bateau. Il s'agit de se demander comment je fais face à ce problème et comment j'essaie d'en tirer mon parti".

Sur son compte Twitter officiel l'organisation du prochain Vendée Globe propose, elle, d'attendre la fin du confinement en prenant virtuellement la mer et d'affronter certains des navigateurs du Vendée Globe grâce à un jeu vidéo en ligne bien connu des navigateurs sur canapé.





 

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