"D'abord il faut écouter", la Commission sur l'Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants fait étape à Nantes

C'est le premier déplacement de la Commission Indépendante sur l'Inceste et les Violences faites aux Enfants. Ce mercredi 19 octobre à Nantes, les deux co-présidents rencontrent des victimes, leurs proches mais aussi des acteurs de terrain.

Les chiffres sont glaçants, chaque année, 160 000 enfants subissent des violences sexuelles, et notamment l'inceste. Le 21 septembre dernier, la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a lancé un appel à témoignages à l'attention des personnes ayant été victimes de violences sexuelles.

Un espace d'expression inédit

A court terme, cette commission pluridisciplinaire aura pour mission prioritaire "d'organiser dans les meilleurs délais, le recueil de témoignages de victimes, un espace d'expression inédit, mais également un accompagnement et une orientation adapté à leur situation", explique Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de l'enfance et des familles.

Pour le gouvernement, la prévention "constitue un enjeu de société majeur". 

Les données dont l'Etat dispose à ce jour sont alarmantes. En France, selon l'enquête nationale Virage de 2015, 14,5% des femmes et 4% des hommes ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie. Parmi ces victimes, plus de la moitié des femmes et deux tiers des hommes ont subi ces violneces avant 18 ans. Aucun milieu n'est épargné.

Un fléau qui détruit des vies. Physiquement, psychologiquement mais aussi socialement. Les conséquences de ces violences sont dramatiques. D'autant plus qu'elle se jouent majoritairement dans l'intimité du cercle familial et ne sont, le plus souvent, ni dites ni sanctionnées.

Si beaucoup se taisent, d'autres décident de parler pour se liberer. Un long cheminement vers la délivrance et peut-être le début d'une guérison.  C'est le cas de Guillaume, un Vendéen. Son témoignage recueilli par les équipes de France 2 :

 

Edouard Philippe est co-président de la CIIVISE. Il était invité chez nos confrères de France Bleu Loire Océan ce mercredi matin.

"Il était essentiel pour nous de ne pas rester à Paris, de nous déplacer pour aller à la rencontre de tous les citoyens pour faire connaître la commission. C'est un espace où se rassemblent les victimes et toute une société qui a pris conscience de l'urgence de protéger les enfants. Il n'y a pas d'injonction à parler mais il y a cette réunion aujourd'hui à Nantes pour le faire. Il y aussi un numéro d'appel, les gens peuvent aussi nous écrire"

4200 témoignages recueillis en 1 mois

L'appel à témoignages a été lancé il y a un mois .

Nous sommes autour de 4200 témoignages aujourd'hui. Donc un mouvement de très grande ampleur qui était sous-terrain et qui désormais émerge. C'est très important

Edouard Durand, co-président de la CIIVISE

 

"D'abord il faut écouter, écouter au sens de croire la personne qui revèle des violences. Cette parole est crue et prise en considération. Prise en considération au point que nous nous appuierons sur cette parole pour construire une politique publique. Ces victimes qui témoignent nous disent toujours je le fais pour moi et pour protéger tous les autres."

Juges des enfants, Edouard Durand sait la douleur qui déchire les victimes.

Dans les tribunaux j'ai croisé des personnes d'une grande force, qui croient en la société. J'ai vu aussi des éducateurs, des assistantes sociales qui sont en capacité de donner de la protection pour de vrai

Edourad Durand, co-président la CIIVISE

"Le protocole d'audition de l'enfant ici (au CHU de Nantes), dans un lieu où il est en sécurité, permet de consolider l'enquête et lesindices de l'enquête", estime Edouard Durand.
    

Dans cette unité d'accueil, l'enfant est d'abord reçu par une puéricultrice avant de rejoindre une salle d'audience filmée où des enquêteurs de la police ou la gendarmerievont receuillir sa parole. Il est ensuite examiné par un médecin et un psychologue
de l'unité, sans avoir à changer de lieu ni répéter son histoire. "Il est important que la victime soit accueillie dans un lieu de soins pour ne pas ajouter du traumatisme au traumatisme", explique pour sa part le Docteur Nathalie Vabres,
pédiatre, coordinatrice de l'UAED au CHU de Nantes. 
 

"Il y deux choses qui me paraissent essentielles pour comprendre l'ampleur de ce phénomène, c'est l'ampleur en terme de chiffres, un phénomène extrêmement massif et l'ampleur en terme de gravité du passage à l'acte et de l'atteinte à l'intégrité de la personne qui subit ces violences. Il y a un enjeu humain individuel et collectif extrêmement important . La protection des enfants doit être un principe inconditionnel".

Ce n'est pas seulement une question de moyens, c'est une question sur la façon dont la société et les professionnels qui la représentent s'engagent dans la protection des enfants

Edouard Durand, c-président de la CIIVISE

 

Une unité d'accueil au CHU de Nantes

"Le protocole d'audition de l'enfant ici (au CHU de Nantes), dans un lieu où il est en sécurité, permet de consolider l'enquête et les indices de l'enquête", estime Edouard Durand.
    

Dans cette unité d'accueil, l'enfant est d'abord reçu par une puéricultrice avant de rejoindre une salle d'audience filmée où des enquêteurs de la police ou la gendarmerievont receuillir sa parole. Il est ensuite examiné par un médecin et un psychologue
de l'unité, sans avoir à changer de lieu ni répéter son histoire. "Il est important que la victime soit accueillie dans un lieu de soins pour ne pas ajouter du traumatisme au traumatisme", explique pour sa part le Docteur Nathalie Vabres,
pédiatre, coordinatrice de l'UAED au CHU de Nantes. 

25000 plaintes chaque année

Chaque année, plus de 25 000 plaintes de mineurs sont déposées. S'y ajoutent celles des majeurs, pour des faits subis pendant leur enfance. Seule une minorité de ces violences sont identifiées par la justice, compte tenu de la difficulté de briser le silence et d'être entendu.

La commission a été installée en juillet 2020. Ses objetctifs sont multiples "mais il ne s'agit pas de se substituer à la justice" rappelle le gouvernement.

Les travaux de recherche devraient permettre d'évaluer l'ampleur du phénomène, son évolution dans le temps mais également les réponses actuellement apportées (repérage, prise en compte de la parole révélée, actes judiciaires, accompagnement des victimes et des agresseurs, démarches de prévention et sensibilisation).

Les membres de la commission devront aussi formuler des recommandations pour améliorer les réponses des différentes institutions nationales et territoriales. Pour cela la CIIVISE recueille des témoignages. elle est tenue d'en informer les autorités judiciaires.

Pour sensibiliser à cet appel à témoignages, la commission se déplace dans les grandes métropoles régionales à la rencontre de ces victimes, de leurs proches mais aussi des acteurs de terrain dans le cadre de réunions publiques, ouvertes à toutes et tous, en présence des co-présidents de la commission et d'acteurs de la protection de chaque territoire. Ce sera le cas ce mercredi soir à la Manufacture de Nantes.

Outre l'organisation d'une réunion publique, chaque déplacement de la commission est organisé en deux temps : d'une part, la visite d'un lieu repéré pour ses pratiques professionnelles protectrices, et d'autre part, la réunion des acteurs et actrices institutionnelles de la région (préfets, magistrats, procureur de la république, police, gendarmerie, associations de victimes, collectivités publiques).

Le gouvernement souhaite la remise d'un rapport d'ici deux ans. Des conclusions intermédiaires sont attendues au premier trimestre 2022

Deux autres déplacements de la CIIVISE sont prévus d'ici la fin de l'année 2021 : le 19 novembre à Bordeaux et le 14 décembre à Strasbourg.

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