Écocentre sur l'île de Nantes. Un projet controversé, "c'est à quelques dizaines de mètres d'habitations, d'une crèche"

Le collectif Stop Écocentre organise une réunion publique mercredi 3 avril à la maison des syndicats. La rencontre vise à informer les riverains et usagers du quartier sur le projet controversé de recyclage des déblais issus des chantiers de l'île de Nantes.

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Il devait voir le jour à l'automne dernier. Le projet d'Écocentre de l'île de Nantes a été reporté au printemps 2024. Depuis un an, le collectif Stop Écocentre se bat pour faire annuler la future plateforme de recyclage de déblais.

Plus de 150 personnes se sont rapidement réunies dès l'annonce du projet pour lutter contre la mise en place de ce centre de recyclage des déblais (terres, gravas, bétons et sable) issus des chantiers de construction de l'île de Nantes.

Le collectif organise une réunion d'information publique, mercredi 3 avril à 19 heures au rez-de-chaussée de la maison des syndicats.

Un projet controversé

L'objectif porté par la Samoa et la métropole de Nantes vise à recycler les déblais issus des chantiers de l'île de Nantes afin de les réutiliser pour d'autres constructions.

A priori, l'ambition est de valoriser une économie circulaire. La plateforme devrait occuper une surface de 2,8 hectares entre 2024 et 2035 à l'ouest de l'île de Nantes.

"Nous, on est pour que les terres soient dépolluées et traitées. Mais pas au détriment des populations présentes" soutien Anton Perdoncin, membre du collectif Stop Écocentre .

On a été informés au dernier moment de ce chantier

Anton Perdoncin

Membre du collectif Stop Écocentre

Ce qui inquiète le collectif et les riverains, c'est la pollution de l'air et les particules fines que le centre devrait produire. Selon le collectif, le projet a vu le jour sans concertation des riverains et sans étude d'impact sur la qualité de l'air et la santé des habitants.

C'est à quelques dizaines de mètres d'habitations, d'une crèche et d'une école

Anton Perdoncin

Membre du collectif Stop Écocentre

Les inquiétudes sur la qualité de l'air sont d'autant plus préoccupantes que les poussières émanant du centre pourraient être chargées de composants toxiques. Selon le collectif, la poussière et les particules fines pourraient contenir du plomb, de l'arsenic et des hydrocarbures.

"Ce sont des composants volatils et très toxiques. Ça pose un problème de santé publique" souligne Anton Perdoncin. Du côté de la Samoa, Guillaume Petit, responsable étude, développement durable et construction, n'est pas d'accord.

La plateforme n'a pas vocation à accueillir des matériaux pollués

Guillaume Petit

Responsable étude, développement durable et construction à la Samoa

"Ce qui est dangereux sort immédiatement de l'île" affirme le responsable. Il souligne également que les salariés de la plateforme ne seront pas tenus de porter de protection particulière, justement en raison de l'absence a priori de risque pour la santé.

"Le projet d'aménagement, depuis vingt ans, nettoie l'île de Nantes. On était sur des terres historiquement impactées " assure la directrice générale de la Samoa, Virginie Vial.

La métropole de Nantes et la Samoa prônent un projet en circuit court permettant de "renaturer" des terres pour pouvoir les réutiliser sur d'autres chantiers de l'île de Nantes. "Non seulement on préserve les ressources de l'île, défend Virginie Vial, mais c'est aussi un bilan carbone qui est optimisé parce qu'il y a beaucoup moins de transports de terres."

Un déplacement de quelques mètres

Le projet devait voir initialement le jour à l'automne 2023, mais a été reporté à l'été 2024. En février, la mairie a annoncé par ailleurs le déplacement de l'Écocentre afin de s'écarter des habitations les plus proches. Le déplacement permet de décaler la plateforme de 25 mètres, éloignant ainsi le site à une distance de 100 mètres des premières habitations.

C'est 20 mètres plus loin, mais ça reste à proximité d'une crèche

Anton Perdoncin

Membre du collectif Stop Ecocentre

"Étant donné les vents, ça ne change absolument rien" rappelle Anton Perdoncin. Le collectif espère l'abandon pur et simple du centre de recyclage sur l'île de Nantes.

"On a pris le temps. Il n'était pas question de passer en force avec ce projet" avance Virginie Vial. Guillaume Petit soutient, lui, que le déplacement de la plateforme permettra d'éloigner les nuisances sonores des habitations. Mais pour le collectif, ces nuisances ne sont qu'une infime partie du problème.

On a le sentiment d'avoir fait beaucoup

Virginie Vial

Directricce générale de la Samoa

Si la Samoa semble convaincue d'avoir fait tout ce qu'elle pouvait pour répondre aux préoccupations des riverains, le collectif Stop Écocentre dénonce des décisions trop tardives et insatisfaisantes.

On n’avait pas anticipé une telle réaction et une telle inquiétude

Virginie Vial

Directrice générale de la Samoa

La Samoa assure qu'elle n'est pas tenue de réaliser des enquêtes d'impact en raison notamment d'une décision du préfet de Loire-Atlantique qui l'y autorise. Pour répondre aux préoccupations des riverains et du collectif, les responsables assurent avoir mis en place des études complémentaires dont les résultats devraient être divulgués fin avril.

Le collectif rappelle cependant que les résultats de ces études n'ont aucune valeur contraignante pour la Samoa.

Un recours administratif

Le collectif va faire un recours administratif dans les prochaines semaines. La procédure vise la décision du préfet de Loire-Atlantique d'autoriser l'installation de cet Écocentre sans études d'impact.

"Ce projet est prévu depuis très longtemps" souligne Anton Perdoncin. "Dès 2019, le Conseil métropolitain en parle" affirme-t-il. "Mais nous, les citoyens, on n'a été informés qu'au printemps 2023, quelques mois avant le début initial du projet".

Il y a un mépris de la consultation démocratique et un mépris de la santé des habitants pour des raisons économiques

Anton Perdoncin

Membre du collectif Stop Écocentre

Pour le collectif, l'argument d'économie circulaire avancé par la métropole de Nantes et la Samoa est surtout une manière de faire des économies.

"Les terres retraitées sur le site de l'île de Nantes ne sont pas considérées comme des déchets. En revanche ; si elles quittent l'île, elles le deviennent. Or, si ce sont des déchets, il y a une législation à respecter pour les traiter, comme réaliser des études d'impact sur les lieux de recyclages" explique Anton Perdoncin.

Face à ces critiques, Guillaume Petit est catégorique, "on est sur une solution financièrement équivalente".

 L’objectif initial qu'on s'était fixé, c'est que ça ne nous coûte pas plus cher

Virginie Vial

Directrice générale de la Samoa

Riverains contre écologie, le faux combat

Le projet d'Écocentre pourrait impacter des milliers de riverains, car les habitations aux alentours sont très denses. Le fait de s'opposer à un projet à ambition écologique, met les membres du collectif dans une position inconfortable.

Ils nous renvoient l'image d'être les méchants citoyens face à l'écologie, mais ce n'est pas comme ça que ça marche

Anton Perdoncin

Membre du collectif Stop Écocentre

"Cette communication, c'est très désagréable, vraiment" avoue Anton Perdoncin avant d'ajouter "c'est même plutôt gonflé, ce sont eux qui bétonnisent l'île de Nantes".

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