ENTRETIEN. Christian Karembeu : "Antoine Kombouaré, il a fait un miracle avec le FC Nantes"

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Écrit par Gwendal Kerbastard avec Anthony Brulez

Christian Karembeu, légende du FC Nantes, s'est entretenu avec France 3 Pays de la Loire avant le match entre les Canaris et l'Olympiakos, dont il est directeur sportif depuis 10 ans.

Christian Karembeu est une légende du FC Nantes, le kanak a été formé au club avant de jouer avec l'équipe professionnelle entre 1990 et 1995, avec qui il remportera la Ligue 1 pour sa dernière saison en jaune et vert.

Il a également été sélectionné 53 fois en équipe de France et a fait partie du groupe mythique qui a remporté la coupe du monde de football, en 1998.

Il prend sa retraite en 2005 et devient plus tard directeur sportif de l'Olympiakos, avec qui il a remporté plusieurs championnats en tant que joueur.

Avant la rencontre entre le FC Nantes et l'Olympiakos, pour la 6e journée d'Europa League, l'ancien Canari évoque, au micro de France 3 Pays de la Loire, sa nouvelle vie en Grèce, son projet pour l'Olympiakos ainsi que sa vision du FC Nantes sous Antoine Kombouaré.

Qu'est-ce qui vous a décidé à revenir ici après vos trois années passées en tant que joueur ?

Le président Evángelos Marinákis a demandé aux supporters d'élire les joueurs qui ont marqué le club. Mon nom est arrivé dans les premiers. Il m'a invité pour présenter le titre, mais finalement, c'était un entretien d'embauche sans que je le sache. Après il m'a demandé de revenir au club.

Votre rôle a évolué au fil des années. Vous êtes arrivés en tant que conseiller du président comment ça s'est passé ?

Mon objectif de conseiller, c'est d'essayer de restructurer un peu le club dans son ensemble. De regarder ce qu'on peut amener ou innover. Monsieur Marinákis a été très réceptif, chaque idée qu'on donnait était appliquée de suite. Petit à petit, on veut amener ce club à un standard européen pour attirer des joueurs de qualité mais aussi révéler au monde entier ce qu'est le championnat grec.

Qu'est-ce qui rend ce club si populaire ?

Les supporters sont attirés par le nom mais aussi par la Coupe d'Europe, c'est quelque chose qui se vend, c'est comme ça qu'on essaye d'attirer les joueurs. On a aussi un équilibre financier qui nous permet de pouvoir attirer des stars du ballon rond.

En plus, l'Olympiakos est un pilier dans ce championnat. Mais même si nous sommes un pilier en Grèce, on se doit d'apprendre beaucoup sur les autres en Europe pour grandir petit à petit.

Votre rôle a évolué ici au niveau sportif. Vous avez votre mot à dire sur les recrutements par exemple ?

Cela reste une décision collective. C'est vrai qu'on a un profil de joueurs qui peut jouer dans ce stade. Il y a une pression quotidienne, les fans le font ressentir tous les jours. Chaque profil est bien étudié peu importe la qualité des joueurs, il faut surtout que le joueur ait une force de caractère, parce que pour s'installer ici et s'imposer ici ce sont deux choses différentes.

Mathieu Valbuena ou Marcelo sont venus jouer en Grèce, c'est ce profil là que vous recherchez ? Des joueurs en fin de carrière ?

On donne une nouvelle naissance à ces joueurs. Ils ont encore la passion, ce sont des joueurs de caractère. On voit qu'ils sont là par passion du jeu et ils partagent ça aux coéquipiers aussi au club. On voit leur impact dans un groupe et ça c'est très très important.

James Rodriguez, qui est arrivé récemment, a aussi cette aura qui bonifie le jeu, qui bonifie ses partenaires et ça se ressent sur le terrain. Bien évidemment les automatismes, ça se travaille et ça c'est au coach et son staff technique de pouvoir amener le groupe à être ensemble et de former une équipe.

Vous êtes issu de la formation insulaire en Nouvelle-Calédonie. Le grand joueur est né à la formation nantaise. Qu'en est-il de la formation ici à l'Olympiakos ?

Quand j'étais encore joueur ici, j'ai donné l'idée à l'ancien président du club de copier le FC Nantes. Et Dieu sait que quand j'ai parlé avec ce président là, il a été proactif et on a restructuré le centre de formation. Certains ingénieurs ont visité le centre de la Jonelière, à Nantes, pour essayer d'en faire un similaire ici.

Malheureusement, on n'a pas assez de terrains, mais on a quand même fait une belle structure pour avoir les mêmes conditions de travail que tous les grands clubs en Europe. Je crois que même certains ont été surpris de voir qu'on avait aussi des installations sportives de cette qualité.

Vous arrivez à attirer les meilleurs jeunes du pays ?

Évidemment, on parle de l'Olympiakos qui a gagné 47 fois le championnat grec. Plus de la moitié de la Grèce supporte l'Olympiakos, ça veut tout dire. La plupart des enfants veulent venir jouer ici.

Cela dit il faut un travail au quotidien pour les détecter mais en même temps les amener au centre sportifs les éduquer et leur donner une belle formation pour qu'ils puissent demain fouler cette pelouse.

En septembre, vous parliez d'une équipe en reconstruction. Quel bilan vous allez pouvoir tirer de cette expérience européenne ?

Je reste optimiste. Les performances se sont améliorées mais bien évidemment je ne suis pas satisfait que l'épopée européenne se termine si vite. Mais c'est une belle leçon aussi, il y a eu des moments clés dans le calendrier et on apprend de nos erreurs.

Vous avez un gros derby face au Panathinaïkós dimanche, un match beaucoup plus important que celui contre Nantes. Vous allez laisser filer le match de jeudi ?

On va pas laisser filer. C'est l'opportunité pour les jeunes de pouvoir aussi être en vue. La Coupe d'Europe, c'est aussi la promotion d'un club. Si on a justement une pépinière autant lancer des jeunes.

Mais laisser filer le match non, je crois pas. Il y aura ici une ferveur des supporters que vous allez entendre dès jeudi. Personne ne va laisser le match ou lancer des fleurs.

Antoine Kombouaré parle de vous comme de son petit frère, c'est vraiment cette communion que vous avez entre vous ?

Évidemment, je le vois comme le grand frère qui m'a accueilli à la Jonelière, qui m'a accueilli dans sa maison. C'est un modèle pour toute l'Océanie pas simplement la Nouvelle-Calédonie. C'est lui qui a réussi en tant que joueur mais aussi en tant que manager. Ça c'est essentiel et primordial pour nous.

Quand j'étais au FC Nantes, je l'appelais pour des conseils. Et je veux rendre hommage aussi à Coco Suaudeau, qui a vu les petits Canaris grandir. Cette génération a réussi à faire un parcours exceptionnel et donc je voulais rendre hommage à cette équipe là.

Ce qu'arrive à faire Antoine Kombouaré depuis son arrivée au FC Nantes, qu'est-ce que vous en pensez ?

Il n'y a pas de mots, c'est juste un miracle. Il est arrivé, c'était presque la Ligue 2, l'objectif était le maintien et là il amène l'équipe en l'Europe. Ça n'était pas arrivé depuis 2001. Quelque part après Suaudeau et Denoueix, c'est Antoine. Chapeau.

Vous avez connu ces grandes heures nantaises, les deux dernières décennies ont été difficiles ?

Oui c'était difficile. On a eu un déficit financier qui a amené les pros à partir. Nous, les jeunes, on s'intégrait directement à la première équipe et on a réussi à faire quelque chose ensemble grâce à monsieur Suaudeau et à Raynald Denoueix, qui a pris le relais. Maintenant, c'est au tour d'Antoine.

Le désert qu'a connu le club permet aussi la réflexion, la recherche. Aujourd'hui, sous la présidence de Kita, je crois que le FC Nantes revit et tant mieux.

Ce n'est pas quelque chose d'éphémère pour vous ?

J'ai vu la finale contre Nice. Il y a eu 60 000, voire plus, supporters nantais qui sont arrivés, Ça ne s'est pas vu depuis longtemps. J'aurais aimé être là, j'aurais aimé faire cette finale. C'est pour ça je dis que c'est un miracle, Antoine a amené cet état d'esprit et les vagues jaunes sont revenues.

Est-ce que votre avenir il est ici à Olympiakos ?

Je ne sais pas. (Rires) L'avenir nous le dira. Moi je suis très bien ici, j'ai eu l'honneur d'avoir ce ce rôle. J'apprécie ce que me donne monsieur Marinákis. Pour moi demain, c'est toujours une interrogation. Mais en tout cas, je suis très bien ici.

La France ne vous manque pas ? Vous avez connu beaucoup de pays. Finalement, vous êtes partout chez vous ?

On est en Europe, j'ai toujours dit que je suis citoyen du monde. Donc je continue le foot qui est une plateforme mondiale.

Pas de retour à Nantes en tant que directeur sportif ?

Je suis très bien ici parce que on m'a offert ce job. Il y a toujours un projet qui n'est pas terminé. C'est un projet ambitieux, je veux emmener ce club là en finale de Coupe d'Europe. Je l'ai toujours répété, même si je sais que certains se moquent de moi. Mais l'idée est de créer un club européen.

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