Le Showdown, un sport méconnu, prisé des non-voyants, mais ouvert à tous

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Le Showdown mis au point par un athlète canadien devenu déficient visuel profond est un savant mélange entre le hockey sur table, et le pingpong. Un sport que peuvent pratiquer les non-voyants en toute autonomie... et où les valides sont les bienvenus. Reportage au sein du club nantais qui s'entraine 3 fois par semaine à la salle sportive Bonne garde dans le quartier Saint-Jacques. ©Sandrine Gadet/ Antoine Ropert/ Sophie Boismain

Vous n'en entendrez pas parler pendant les Jeux Paralympiques et pour cause, cette discipline est encore confidentielle. Elle a pourtant bien des vertus pour ses pratiquants, déficients visuels en grande majorité. Elle leur permet de s'entrainer en toute autonomie, de développer leur vélocité et leur confiance en soi.

Virginie ne rate jamais un entraînement. Accompagnée de son chien guide, elle vient de Vannes, deux fois par semaine. D'après ce qu'elle en sait, Nantes et Brest sont les seules villes dans l'ouest, à disposer d'une table de Showdown.

"J'ai fait beaucoup de sports, mais celui-là est vraiment adapté à notre handicap visuel. Ça m'apporte beaucoup de confiance en moi, ça diminue mon stress et puis il y a l'ambiance du groupe, c'est très convivial, très sympa" explique la vannetaise.

Comme la plupart de ses partenaires de jeu, Virginie est déficiente visuelle profonde. Pour autant, elle devra comme les autres mettre un masque opaque sur ses yeux pour pouvoir jouer.

C'est l'une des particularités du showdown. Tout le monde est à égalité. Que l'on soit malvoyant, voyant ou aveugle, pas d'entorse à la règle. Personne ne doit être lésé. Car ici tout se joue à l'oreille.

Le Showdown, mode d'emploi

Avec sa vingtaine de membres, le club n'a pas de salle dédiée. Et il ne possède qu'une seule table. Comme il faut jouer dans le silence pour permettre aux pratiquants de se concentrer sur le bruit de leur balle, les séances ne peuvent pas se dérouler n'importe où.

Les conditions ne sont pas idéales, elles imposent que les joueurs tournent pour avoir la possibilité de disputer une partie. Mais Nicolas, le président, ne se plaint pas…il y a encore quelques années, c'est dans le garage d'une adhérente qu'ils se retrouvaient !

Ce soir-là, Christophe et Raphaël vont ouvrir le bal. Mais avant cela, il va falloir installer la table de jeu dans une salle habituellement dévolue au tennis de table.

"On emboite les deux parties de la table, en tout, elle mesure 3,69 m, ce sont les normes, décrypte Nicolas Royer, président du club Showdown Nantes. Ensuite, on appose un écran de plexiglas qui va séparer les deux camps. La balle devra rouler et glisser sous cet écran pour marquer des buts dans le camp adverse".

Chaque joueur se munit d'un gant, d'une raquette et bien sûr de son masque de ski. La partie commence lorsqu'une balle sonore est mise en jeu.

Elle va se dérouler en 11 points. Comme au tennis de table.

Après, le Showdown souvent appelé le "pingpong des aveugles", tient plus du Hockey sur table qu'autre chose.

Impossible de faire des rebonds et pas question de multiplier des effets de manche lors des services. Quant à la balle, "elle peut glisser comme un palet à une vitesse déroutante, jusqu'à 160 km/heure", précise Philippe. On comprend mieux dès lors pourquoi les joueurs enfilent un gant rembourré pour jouer !

Un jeu technique qui exige une concentration maximale

"Il y a plusieurs techniques, indique Christophe Héron, le but, c'est quand même de déstabiliser son adversaire, par exemple, on peut faire en sorte que la balle ne fasse quasiment pas de bruit. On fait aussi des louches, c'est lorsque la balle épouse le bord jusqu'à l'autre but ".

On peut aussi passer en force en donnant du bras ou du poignet. Le jeu est évolutif et praticable par les débutants comme par les plus confirmés. Nicolas, qui a fondé le club nantais, apprécie dans le showdown l'adrénaline qu'il procure. Lui, aimerait que ce sport soit reconnu à sa juste valeur pour les qualités qu'il requiert et les vertus qu'il apporte. 

Souvent, on nous propose des sports de valides aménagés, alors que là, on est réellement autonomes

Nicolas Royer

Président du Nantes Showdown

"Pour une fois, c'est un sport qui est totalement adapté à notre handicap, on peut s'en emparer et cela nous permet vraiment de nous exprimer. Souvent, on nous propose des sports de valides aménagés, alors que là, on est réellement autonomes".

Philippe Canut, ancien voyant, ne dit pas autre chose, lui, il s'éclate à chaque partie. "Moi ça me vide complètement la tête. Je me mets dans une bulle, je me concentre et je visualise mentalement la table pour anticiper du mieux possible l'endroit où arrive la balle. C'est génial".

Créé dans les années soixante par un athlète canadien devenu déficient visuel, le Showdown connaît un regain d'intérêt depuis les années 2020, époque à laquelle se montent de nombreux clubs.

"Pour l'instant, on compte environ 150 licenciés en France, explique Nicolas Royer. Certains croient que c'est seulement un loisir, mais non, c'est un vrai sport. On aimerait bien que la pratique se développe pour intégrer, pourquoi pas, les jeux paralympiques".

Pour cela, il faut que le Showdown gagne en popularité auprès des non-voyants, mais aussi des valides qui peuvent également le pratiquer.

►Si vous êtes curieux d'assister à des parties de Showdown, rendez-vous les 18-19 et 20 mai à la salle Bonne Garde dans le quartier Saint-Jacques. Le club nantais accueille en effet le championnat Hommes de National 3.

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