Les vols intérieurs courts entre l'aéroport Nantes-Atlantique et Charles de Gaulle demeurent, face au décret

Bien que la liaison aérienne entre Orly et Nantes ait été interdite par décret en mai dernier, conformément à la loi Climat et résilience, la ligne reliant Paris Charles de Gaulle à Nantes demeure opérationnelle.

Il est désormais impossible de relier Nantes à Paris Orly en avion. La récente loi portée par le ministre délégué aux transports Clément Beaune, qui concerne l’interdiction des vols intérieurs courts, est entrée en vigueur le 23 mai dernier, à travers la publication d’un décret.

Cette loi, qui veut supprimer les trajets aériens pour lesquels un trajet alternatif de moins de 2 h 30 en train existe, doit faire baisser les émissions en CO2 de la France, et à terme, lutter contre le réchauffement climatique.

Trois liaisons françaises supprimées

En ce sens, trois liaisons françaises, toutes au départ de l’aéroport Paris Orly, ont été interdites : Orly-Lyon, Orly-Bordeaux, et enfin, Orly-Nantes. La ligne Paris Charles-de-Gaulle (CDG) – Nantes, elle, reste bien autorisée.

Pourtant, la distance qui sépare les aéroports d’Orly et Charles de Gaulle de la gare de Nantes est sensiblement la même. 372 km ou 3 h 13 en moyenne par voie ferroviaire pour Orly, contre 404 km, ou 3 h en moyenne avec le train pour CDG.

Un trajet Paris-Nantes en avion émet 100 fois plus de CO2 qu'en train 

Pour rappel, d’après le calculateur de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un trajet Nantes-Paris émet 100 fois plus de CO2 lorsqu’il est effectué en avion plutôt qu’en train.

Concrètement, un voyageur en avion, à condition que l’avion soit complet, émet environ 92 kg de CO2, traînées dues à la combustion de kérosène comprises, contre 0,69 kg en train - la SNCF indique sur son site qu’un trajet Paris Montparnasse-Nantes émet 1,2kg de CO2, n.d.l.r -.  

Toujours selon l’Ademe, 92 kg de CO2, c’est autant d’émission carbone que si l’on parcourt 39 000 km en train, que si l’on fabrique 4 jeans, 3 smartphones, ou que l’on mange 13 steaks de bœuf.

"Une mascarade"

C’est la méthode de calcul du gouvernement qui explique que CDG n’a pas été retenue : il considère que le trajet entre la gare Montparnasse et CDG, situé en périphérie, est trop long, et épargne donc la ligne. La liaison aérienne avec CDG est donc toujours active, et constitue même le trajet le plus emprunté par les voyageurs nantais, avant Marseille et Nice, avec 36 vols par semaine, selon les informations du site Flightradar.

"C’est un gag", déplore Paolo Serreira, président du COCETA, le collectif des citoyens exposés au trafic aérien. Pour ce collectif, qui milite contre le développement des aéroports urbains et dénonce les nuisances sonores et environnementales du trafic aérien, cette loi n’est rien de plus qu’une "mascarade". Le président en est certain, "elle n’a aucun intérêt, ni aucun impact sur le trafic, il faut qu’on arrête de mentir sur le fait que le transport aérien ne se développe pas, c’est du greenwashing."

Une loi sans effet 

En l’occurrence, il est vrai que la loi, même si elle interdit la ligne Orly-Nantes, n’a aucun impact sur le trafic aérien dans notre région. En effet, cette ligne fantôme n’était plus desservie depuis 2020 sur décision de la compagnie Air France, qui l’avait retirée de son catalogue. L’aéroport de Nantes-Atlantique, joint par téléphone, confirme : "La loi n’a pas eu d’incidence à Nantes".

Pour les deux autres lignes interdites, Orly-Bordeaux et Orly-Lyon, il en va de même, puisque le gouvernement avait demandé leur suppression la même année.

Un projet de loi plus ambitieux, inspiré de la convention citoyenne pour le climat

À l’origine, ce projet de loi était pourtant plus ambitieux. Inspiré d’une proposition de la convention citoyenne pour le climat (CCC), formulée en 2020, elle devait concerner trois autres lignes. Dans son rapport, la CCC appelait d’ailleurs à interdire les vols substituables par un trajet de moins de quatre heures en train.

Le gouvernement a retenu la limite de 2 h 30, mais jugé que les liaisons CDG – Rennes, CDG – Lyon, et Lyon – Marseille méritaient d’être épargnées par la loi, via dérogation. Les horaires de la SNCF ne permettent pas de rejoindre ces villes suffisamment tôt le matin ou tard le soir. Dans le texte de loi, il est ainsi indiqué que le trajet ferroviaire doit permettre plus de huit heures de présence sur place dans la journée.

55 000 tonnes de CO2 économisées, c'est moins d'1 % des émissions du trafic aérien en France

Sans dérogation, si ces trois lignes étaient interdites, la loi permettrait de supprimer 5 000 vols sur les 200 000 trajets intérieurs annuels. Alors que le gouvernement a interdit des liaisons qui n’étaient plus desservies depuis près de trois ans, la Direction générale de l’aviation civile estime que la loi "aboutit à une diminution totale des émissions de CO2 dues au transport aérien de 55 000 tonnes"

Une économie qui représente 2,6 % des émissions totales de CO2 liées aux vols intérieurs, qui s’élevaient à 2,1 millions de tonnes en 2019, selon le ministère chargé des Transports. C’est 0,23 % des émissions totales du secteur aérien en France, et moins de 0,01 % du total des émissions françaises globales. 

Le décret s’applique pour une durée de trois ans. Dans deux ans, le ministère chargé de l’aviation civile mènera une évaluation de son application. En fonction de ses résultats, l’interdiction des vols intérieurs pourrait être maintenue ou abrogée, à Nantes et sur le reste du territoire français.

Article initialement publié le 18/09/2023

Retrouvez-nous sur nos réseaux sociaux et sur france.tv