Mort de Steve à Nantes : au deuxième jour du procès du commissaire Chassaing, les policiers s'expliquent sur leur intervention

Le commissaire Grégoire Chassaing est jugé à Rennes depuis lundi 10 juin pour homicide involontaire dans la mort de Steve Maia Caniço, lors de la fête de la musique à Nantes en juin 2019. La deuxième journée du procès verra les témoins de cette soirée se succéder à la barre, dont les policiers ayant participé à l'intervention.

Lors du premier jour de procès à Rennes, lundi 10 juin, les proches de Steve Maïa Caniço ont témoigné à la barre de leurs échanges avec leur ami avant sa chute mortelle dans la Loire, à Nantes.

Dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, les forces de police interviennent pour faire cesser la musique, une intervention jugée inadaptée et disproportionnée par l'accusation : 33 grenades lacrymogènes sont lancées, sans sommation, en 20 minutes.

Dans la confusion, plusieurs participants à la fête tombent dans la Loire, dont Steve Maia Caniço. L'enquête a déterminé que sa chute avait eu lieu à un endroit du quai sans barrière, précisément à 4 h 33 minutes et 14 secondes, soit deux minutes après les premiers tirs par les forces de l'ordre.

Un "gros nuage de gaz"

Au deuxième jour du procès, des images de vidéosurveillance et des vidéos amateurs, prises quelques minutes avant et après la disparition de Steve Maia Caniço, ont été projetées lors de l'audience. Si les images sont floues, les cris alertant de la proximité de la Loire sont parfaitement audibles.

Eddy, DJ, témoigne des échanges avec le commissaire Chassaing. "Il est passé nous voir de manière cordiale dans la soirée pour nous dire qu’il fallait couper le son à 4h. La soirée se déroulait sans problème. Le son s’est baissé puis est reparti et j’ai vu Monsieur Chassaing se retourner vers ses collègues et après il y a eu de la lacrymo partout"

"Il n'y a pas eu de projectiles lancés (contre la police) avant les premières détonations, ajoute Eddy. À ce moment-là, Chassaing m’a dit 'c'est votre faute'. J'ai vu qu’il avait l’impression qu’on le prenait pour un con, qu’il était énervé. Je ne me souviens pas de lui avoir souri de manière provocatrice".

Eddy raconte ensuite la confusion chez les teufeurs : "la foule était vraiment poussée vers la Loire à cause du gros nuage de gaz qui était irrespirable".

Une deuxième DJ, Nicolas R, celui qui a rallumé la musique, est ensuite appelé à témoigner. "On n'était pas au courant que la musique devait se couper à 4h. On l’a fait. Mais le public nous a demandé de remettre la musique, on a été influencé. On a remis la musique sans réfléchir, pour voir ce qui allait se passer, explique-t-il.  

Le procureur l’interrompt : "à ce moment-là, on n'est peut-être pas un malfrat, mais on passe du côté obscure de la force, c’est de la provocation ? Vous n’avez jamais obtempéré en fait". "Ce n'est pas de la provocation, il n'y a pas eu de discussion possible", répond Nicolas R.

Présente lors de l'intervention, une policière, tout juste arrivée de la région parisienne, est ensuite entendue : "Je n'avais jamais connu cette violence-là. Ils venaient au contact, lançaient des projectiles. On a répliqué, mais sans instructions du commissaire Chassaing, et on a progressé une fois le terrain dégagé, c’est notre façon de fonctionner, on essaie de gagner du terrain."

_ "Aviez-vous conscience que le vent allait pousser les lacrymos vers la Loire ?", interroge la magistrate.

_  "Non, je ne suis pas nantaise, je ne pouvais pas en avoir conscience."

_ "Avez-vous entendu les fêtards prévenir qu’il y avait la Loire derrière ?"

_ "Non".

"Une pluie de projectiles"

Ce mardi après-midi, l'audition des policiers, présents lors de l'intervention, se poursuit. Tous assurent avoir été visés par des tirs de projectiles. "On a fait le tour des sound-system pour les faire fermer. Au niveau du bunker, ça se passait mal, le ton est monté, on a commencé à recevoir une pluie de projectiles. On a reçu l’ordre de s’équiper pour se protéger, explique l'un d'entre eux à la barre.

"On a été pris à partie rapidement de tous les côtés, dans un nuage de grenades lancées pour qu’on puisse se replier. Des gens nous ont alors crié que des gens étaient tombés à l’eau et qu’il ne fallait pas intervenir vu le contexte."

David Michel, responsable de la BAC de nuit, arrive sur place suite à une demande de renfort. "L’agression qu’on a subie est inimaginable, heureusement qu’on était casqué. L’usage des grenades lacrymogènes était vraiment nécessaire pour repousser les agresseurs. C’était inenvisageable que l’hostilité monte à un tel niveau", explique-t-il.

_ "Ça vous fait quoi que ce soit le commissaire Chassaing qui est sur le banc des accusés pour répondre notamment de vos tirs à vous de grenade lacrymos ?, l'interroge l'avocat de la défense. 

_ "Je trouve ça injuste pour lui", répond le policier, visiblement mal à l'aise. 

_ "Cette question vous gêne ?"

_ "Oui, Cette question est gênante, posez-moi des questions précises et je vous répondrai."

_ "Vous n’avez pas reçu l’ordre de Grégoire Chassaing de tirer ces lacrymos ?"

_ "Non, je ne sais même pas où il est à ce moment-là."

Les policiers se succèdent à la barre et tous décrivent des circonstances identiques. "Les renforts ont mis trop de temps à arriver, réagit Erwann G, policier. Alors est-ce qu’on aurait pu se replier ? Oui, surement, mais on a été tellement surpris par ce qu’on a reçu sur la tête qu'on a basculé en rétablissement de l’ordre et en légitime défense, sans attendre."

"Dans ce contexte de violence urbaine, la Loire n'entre même pas en ligne de compte, ajoute le policier.  Le problème, c'est que cet événement n’avait rien à faire là. On peut y organiser un congrès des impressionnistes, mais pas une fête de ce genre."

_ "Comment est Grégoire Chassaing à ce moment-là, l'interroge l'avocat de la défense. Il a envie d’en découdre ? Il est dans l’hyperpuissance ?

_ "Non, pas du tout", répond le policier.

_ "C’est du maintien de l’ordre ou de la légitime défense ?"

_ "C’est uniquement de la légitime défense. Et dans ce cas, je ne demande pas l’autorisation à monsieur Chassaing, je suis assez grand pour me mettre en situation de protection".

Une question reste au cœur des débats : où se trouvait Steve Maia Caniço lors de sa chute ? était-il en train de danser à proximité du lieu de la charge policière ou était-il endormi au bord du quai ?

La défense du commissaire Chassaing a relevé quelques incohérences dans les témoignages des amis de Steve, 5 ans après les faits.

► Lire aussi : Procès du commissaire Chassaing. Les témoins, amis de Steve Maia Caniço, détaillent la chronologie des événements

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