Nantes : des photos pour sensibiliser au sort des mineurs isolés

Ce sont des photos de familles "recomposées" suite aux désordres du monde. Des clichés en noir et blanc où se côtoient des mineurs isolés, et les hébergeurs solidaires qui les ont accueillis. "STOP KIDding", une expo qui invite à ouvrir les yeux sur le sort des jeunes exilés.
Bénévoles, solidaires, souvent révoltés par la situation faite aux mineurs isolés, des citoyens ont décidé d'agir !
Bénévoles, solidaires, souvent révoltés par la situation faite aux mineurs isolés, des citoyens ont décidé d'agir ! © Géraldine Aresteanu
Elles sont touchantes par leur simplicité. Par leur douceur.
Elles nous montrent des intérieurs chaleureux, et hospitaliers. Des sourires, des fous rires et des regards empathiques.
Et en même temps, ces photos sont d’une grande violence.
Car sur chacune d’elles, les jeunes garçons hébergés se cachent les yeux, dissimulent une partie de leur visage.

Comme s’ils n’existaient pas.

Et pourtant. Rien qu’à Nantes on estime à une centaine le nombre de mineurs isolés. Parvenus sur le territoire à l'issue d'odyssées souvent indicibles, sans famille, sans ressources, sans autre solution que de dormir dans la rue, dans des squats insalubres, en attendant que leur minorité soit reconnue.

En anglais, l’expression  "stop kidding" revêt plusieurs sens…parmi lesquels, "arrêter de se mentir ","arrêter de se voiler la face".
Face à cette réalité, partout en France, des familles, des célibataires, des vieux, ont décidé de leur ouvrir leur porte. De leur offrir un toit et parfois des perspectives.
Ce sont ces histoires de vie, de rencontres que raconte STOP KIDding.

L’expo met en lumière l’hébergement solidaire, et la volonté de nombreux citoyens de ne plus ignorer le quotidien, et les vicissitudes de ceux qui ne sont encore que des gamins. Des ados bringuebalés d'un pays à l'autre, d'une ville à l'autre, contraint à l’exil par le chaos du monde.

"Après un premier travail avec des mineurs isolés à Orléans, j’ai rencontré Manuela, qui fait partie des gens formidables qui ont décidé d’ouvrir leur porte et leur cœur à ces enfants. J’ai voulu témoigner de cette réalité-là, l’humanité de l’accueil, des liens qui se tissent pour un jour, pour quelques mois, parfois pour toujours.

Comme on ne peut pas montrer le visage de ces jeunes, souvent en attente de la reconnaissance complexe de leur statut de mineur isolé, je leur ai demandé de couvrir leur visage avec leurs mains, les mains étant pour moi une autre forme de portrait, 

Cette exposition vise à sensibiliser au sort de ces enfants qui pourraient être les nôtres si nous n’avions pas la chance de vivre ici " 

écrit Géraldine Aresteanu, la photographe

 

25 photos et 7 lieux d'expo qui n'en sont pas !

Monter une expo comme celle-ci n'a pas été simple. Difficile en effet de trouver des financements pour montrer ce que la plupart des pays, et notamment la France, ne veulent pas voir.

Malgré son bon accueil l'été 2019 à Arles, malgré les textes et les soutiens de Christiane Taubira et de Jean-Christophe Rufin, les trois femmes à l'origine du projet, Géraldine la photographe, Anne-Gaël, qui a mis les images en mots et Manuela l'hébergeuse solidaire, ont dû, faute de sponsors, financer elles-mêmes les premiers tirages avant que deux mécènes ne les soutiennent.

"Nos relais pour exposer, nous les trouvons surtout chez les bénévoles des associations d'aide aux mineurs isolés. Comme à Nantes où sept associations ou collectifs, nous ont ouvert leurs lieux ", explique Anne-Gaël Ladrière, en charge de la communication.

Au cœur de Nantes, L'Autre Cantine, la Maison du peuple, le Wattignies social club, le Solilab ou encore Open Lande se sont mobilisés, malgré les restrictions sanitaires,  pour accueillir non seulement ces photos mais aussi des intervenants. Hébergeurs, ou acteurs de la solidarité au quotidien, ils seront présents pour informer, rassurer parfois, défendre les droits de ces jeunes à vivre décemment.
 
 
Les photos de Géraldine Aresteanu sont exposées dans différents lieux associatifs de la ville
Les photos de Géraldine Aresteanu sont exposées dans différents lieux associatifs de la ville © Géraldine Aresteanu
 

Nous, ce qu'on cherche à faire, c'est vraiment de sensibiliser les gens à cette problématique. De montrer que c'est possible de recevoir, chez soi, un jeune pour quelques jours, quelques mois. Cela peut susciter des vocations d'hébergeurs mais pas seulement. Si l'on ne s'en sent pas la capacité, on peut aussi aider à la distribution de repas, on peut parrainer un jeune ou donner un peu d'argent pour soutenir les initiatives locales".

Anne-Gaël Ladrière, co-initiatrice du projet STOP KIDding
 

À Noter :
Jeudi, 29 octobre, Laure Patillot, créatrice de la Prépa solidaire interviendra à Open Lande à 17 heures.
Réservation obligatoire ici.

Et pour plus de renseignements:
https://www.facebook.com/STOPKIDding.expo/



 Extrait du dossier de presse de STOP KIDding
On nomme « Mineurs Non Accompagnés » (MNA) les jeunes adolescents exilés, arrivés sans être accompagnés d’une personne détentrice de l’autorité parentale.
Leur accueil et prise en charge sont de la compétence des Conseils Départementaux, lesquels doivent protéger tout mineur en danger.
Cette protection prévue dans la loi française n’est autre qu’une mise en oeuvre des droits prévus dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la France.
Lorsqu’ils arrivent à Nantes, pour pouvoir bénéficier de cette protection, ils sont reçus par le service chargé par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique d’effectuer la mise à l’abri, l’évaluation de la minorité et la prise en charge des MNA.
Alors que la loi exige qu’ils soient mis à l’abri dès leur arrivée en attendant leur évaluation, nombre d’entre eux ne le sont pas. Privés d’accès au 115 réservé aux majeurs, ils se retrouvent à la rue pendant cette période qui peut durer jusqu’à une quinzaine de jours.
Lorsqu’ils sont reçus, fatigués et désorientés, pour l’entretien d’évaluation, une grande partie des jeunes voient leur minorité contestée sur la base de critères subjectifs et aléatoires tels que l’apparence physique ou l’attitude qui ne correspondraient pas à ceux d’une personne mineure.
Une fois que leur est notifié le refus de prise en charge au titre de mineur non accompagné, la remise à la rue est immédiate, même s’ils décident de saisir le juge des enfants pour contester cette décision.
La moitié de ceux qui le font sont reconnus mineurs et repris en charge par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique.
Mais ce recours dure 8 à 9 mois en moyenne, pendant lesquels ils se trouvent en situation de précarité extrême et en zone grise : n’étant pas reconnus mineurs et ne pouvant pas non plus prétendre aux droits prévus pour les majeurs.
En 2020, près d’une centaine de mineurs en recours étaient dans cette situation dans la Métropole Nantaise.
Face à la saturation des dispositifs d’hébergement, certains sont mis à l’abri grâce aux initiatives citoyennes dansdes familles solidaires ou à l’engagement de mairies mettant à disposition des bâtiments vides.
Ces dispositifs d’hébergement étant saturés, une grande partie de ces jeunes reste à la rue ou dans des lieux devie précaires où leur état de santé physique et mental se dégrade et où ils sont en danger, exposés à la violence, à des risques d’abus et d’exploitation.
Des solutions existent pourtant pour sortir ces jeunes de la rue et de la grande précarité : depuis plus d’un an, la ville de Nantes puis celle de Rezé ont mis à disposition des logements vacants pour les y loger, en partenariat avec les associations et les collectifs qui les soutiennent.
Si chaque commune de l’agglomération ouvrait une ou deux maisons d’accueil, nous serions en mesure de régler quasi totalement l’hébergement de ces jeunes et nous honorer de les accueillir dignement.
Anne-Gaël, Manuela,Géraldine
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