Nantes : pour éviter toute catastrophe, les pompiers se préparent à intervenir dans les lieux à fort enjeu patrimonial

Le vendredi 8 octobre, un feu s'est déclenché dans le bas d'un escalier desservant les étages privés du Passage Pommeraye à Nantes. Le feu a été heureusement rapidement maîtrisé. Ce lieu "à enjeu patrimonial" est complexe à traiter pour les pompiers mais il n'est pas le seul.

La présence d'esprit et l'action d'un agent de sécurité ont permis ce vendredi 8 octobre de contenir l'incendie qui débutait dans une cage d'escalier menant aux étages privatifs du Passage Pommeraye à Nantes. 

L'arrivée et l'intervention rapides des pompiers ont ensuite sauvé cet immeuble du milieu du XIXème, lieu emblématique du patrimoine nantais. 

"Ça peut vite être catastrophique"

Ce passage commercial sur trois niveaux est difficile d'accès. "En cas de départ de feu, ça peut vite être catastrophique" reconnaît le commandant Bossis du Service Départemental d'Incendie et de Secours de Loire-Atlantique.

Il est le chef du service opérations Nantes, groupement sud. A ce titre, il garde un œil sur les lieux sensibles du département. Il y en a 700. On les appelle "les établissements répertoriés". Cela va du site classé Seveso à la maison de retraite. Mais un travail est en cours pour faire maigrir un peu cette liste trop fournie et n'y conserver que les établissements les plus dangereux, les plus sensibles.

Dans cette longue liste, il y a aussi les établissements à risque parce qu'enjeu patrimonial. Comme le château de Nantes, le Musée des Arts, la cathédrale, la cité fortifiée de Guérande, le centre historique de Clisson...

"On sait très bien, qu'en cas d'incendie, ce n'est pas là qu'il y aura des morts, explique le commandant Bossis, mais l'enjeu patrimonial est là."

"Les premières secondes sont importantes"

La meilleure façon de les protéger est encore d'éviter que des feux ne s'y déclarent. C'est de la responsabilité du chef de l'établissement. Par exemple, ne pas mettre de stockage à proximité des sources de chaleur.

"S'il y a un départ de feu, on va faire en sorte d'avoir la meilleure réponse opérationnelle, souligne Hugo Bossis. Les premières secondes sont importantes. Le chef d'établissement est chargé de faire en sorte que les premières actions soient adaptées. Il doit prévoir les conduites à tenir, responsabiliser les utilisateurs des locaux."

Et ensuite, les secours ont aussi un plan d'action spécifique pour chaque lieu.

"On fait beaucoup d'exercices, de visites, nous dit le commandant Bossis, On a des plans particuliers."

Concernant le passage Pommeraye, peut-être le plus sensible parmi ceux-là, le SDIS a une procédure bien précise. "C'est un vieil établissement rappelle l'officier du SDIS 44, avec beaucoup de bois secs, des structures qui répondent aux normes de 1850, des personnes qui y dorment. Pour nous, c'est un lieu à risque et on y attache une attention particulière."

Voir le reportage sur l'intervention de l'agent de sécurité au Passage Pommeraye

Ce vendredi, le premier appel qu'ont reçu les pompiers venait d'une habitante du passage qui réside en haut, vers la rue Santeuil et qui avait senti une odeur de fumée. C'est la direction qu'ont pris d'abord les pompiers, mais en fait, le départ de feu était vers le bas du passage Pommeraye. Ces quelques minutes perdues auraient pu coûter cher.

"Si on doit arriver par la rue Santeuil ou la rue de la Fosse, ce ne sera pas le même circuit" fait remarquer le commandant Bossis. Le quartier n'est pas facile d'accès, les rues sont étroites. Il y a des cours intérieures. Par certaines rues, on pourra faire passer un véhicule volumineux, par d'autres non. Les premières décisions sont donc importantes.

Un document spécial pour chaque établissement répertorié

Pour les aider, les pompiers disposent de procédures adaptées à chaque lieu sensible. "Quand l'appel provient du téléphone fixe de l'établissement, explique Hugo Bossis, automatiquement, il y a un lien vers le document. Les spécificités du lieu, les moyens qu'il faut mettre en œuvre. Si l'appel provient d'un portable, il est localisable et le lien se fait vers le document. Dans le centre de secours qui sera concerné, on a des plans-papier dans les locaux de départ à prendre dans les véhicules."

Le document permettra alors aux sapeurs-pompiers de connaître les premières actions à réaliser sur place, "des actions-réflexe".

L'efficacité passe aussi par une formation continue des sapeurs-pompiers. Lorsqu'ils sont de garde dans les centre de secours, ils s'entraînent.

C'est enfin une affaire de matériel. Ainsi, la caserne Gouzé, en centre-ville, dispose d'une échelle d'un format plus petit pour pouvoir circuler dans les rues plus étroites. Depuis quelques temps, le SDIS 44 dispose également de coussins de sauvetage. des coussins pneumatiques de trois mètres de hauteur. Des personnes qui se trouveraient hors d'atteinte des échelles pourraient sauter de la hauteur de plusieurs étages sur ces coussins. Ils n'ont pour le moment jamais été utilisés.

Ces établissements répertoriés font l'objet de visites régulières des pompiers qui, parfois même, s'y entraînent. La procédure qui les concerne doit être régulièrement mise à jour.

Lors de l'incendie qui a ravagé la basilique Saint-Donatien en juin 2015, il a fallu mettre des œuvres d'art à l'abri. Ce n'est pas toujours facile. "Il y a contradiction note Hugo Bossis, entre sécuriser une œuvre contre le vol et la sécuriser en cas de feu. Il faut qu'un sapeur-pompier puisse la prendre et la mettre en sécurité !" Sceller une œuvre dans un mur la protégera des voleurs mais la condamnera en cas d'incendie.

L'établissement doit identifier les œuvres à sauver en priorité "Sinon on risque de sauver un tableau qui n'a pas de valeur particulière et laisser à côté une œuvre d'une valeur inestimable." Le SDIS travaille dans ce sens avec une antenne du Ministère de la Culture.

"Mais même si on met tous les moyens en œuvre, fait remarquer le commandant Bossis, on ne pourra pas forcément sauver tout. On mettra dans la balance la sécurité de nos personnels aussi." 

Une cellule de recherche des causes d'incendie

Depuis quelques temps, le SDIS 44 a mis en place une cellule de recherche des causes et des circonstances d'incendie. Une équipe d'une petite vingtaine d'officiers essaye d'identifier l'origine des feux "non pas pour désigner un coupable, précise le commandant Bossis, mais pour améliorer nos techniques et les moyens de prévention."

Les conclusions de cette cellule peuvent ensuite être diffusées dans le grand public pour aider à éviter les incendies.

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