Nantes : tentatives de meurtres et menaces de mort, le blogueur azéri Mahammad Mirzali vit cloîtré chez lui

Après avoir échappé à deux tentatives de meurtre et de menaces de mort, blogueur critique vis-à-vis du régime politique en Azerbaïdjan, Mahammad Mirzali vit dans la peur. Malgré tout, il ne veut pas se taire et continue de s'exprimer sur internet. 

Menacé de mort, Mahammad Mirzali ne sort presque plus de chez lui.
Menacé de mort, Mahammad Mirzali ne sort presque plus de chez lui. © Lucie Rivière - France Télévisions

Il ne sort plus de chez lui, sauf pour se rendre chez le médecin ou au commissariat. Mahammad Mirzali, 27 ans, est un journaliste indépendant. Il vient d'Azerbaïdjan et dénonce depuis 2012 le régime autoritaire de son pays. À sa tête, Ilham Aliyev, au pouvoir depuis 2003 dans ce pays à cheval entre l'Europe et l'Asie.

Avec sa chaîne Youtube Made in Azerbaïdjan suivie par 265 000 abonnés et son blog, il dénonce la corruption et l'autoritarisme qui gangrènent le pays. En 2016, menacé, il fuit son pays, obtient l'asile en France. Il s'installe à Nantes un an plus tard, et continue ses activités de journaliste indépendant. 

A plus de 4000 kilomètres de Bakou, la ville où il habitait avant son exil, il vit encore dans la peur. Le 14 mars, quatre hommes l'ont poignardé d'une dizaine de coups de couteaux sur le quai de la Fosse, dans le centre-ville de Nantes en plein jour. Les agresseurs lui ont lancé "On va te couper la langue". Blessé grièvement, il a subi une opération chirurgicale de six heures. Mahammad Mirzali a survécu, mais garde des séquelles physiques et psychologiques : des douleurs et des difficultés à dormir. 

Ce n'était pas la première fois que Mahammad Mirzali a été pris pour cible. Le 6 octobre 2020, il a essuyé des tirs d'armes à feu alors qu'il était au volant de sa voiture, blessé légèrement à l'épaule par une des balles. 

Le blogueur reçoit de nombreuses menaces de mort, le sommant de cesser de critiquer le régime azéri. La dernière en date, reçu via Facebook : "On peut te tuer sans aucun problème. Tu as vu qu’on n’a peur de personne. [...] Si tu continues à insulter nos sœurs, on te fera tuer d’une balle dans la tête par un sniper”. Il est aussi victime de chantage à la sex-tape : des vidéos intimes de ses proches sont partagées publiquement sur les réseaux sociaux.

Pas question pour lui de se taire. Il continue à poster de nouvelles vidéos et des articles.  "Je ne sais pas... Si demain je me fais attaquer une 3e fois, si après demain... Jusqu'à mourir je vais parler", promet-il. 

Après les attaques qu'il a subies, Mahammad Mirzali a porté plainte, mais l'enquête est encore en cours. Il est soutenu par l'ONG Reporters sans Frontières, qui demande aux autorités une protection policière pour garantir la sécurité du journaliste. "Les autorités françaises ne semblent pas prendre la mesure de la gravité de cette attaque contre la liberté d'expression. On connaît les méthodes du régime de Bakou qui harcèle, kidnappe, fait taire toute voix critique même au-delà de ses frontières", alerte Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale.

L'organisation internationale classe l'Azerbaïdjan à la 168e place au classement mondial de la liberté de la presse en 2020 (sur 180 pays), faisant état de nombreuses répressions envers les voix critiques du régime. 

 

 

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