Nantes : une brigade de travailleurs en situation de handicap valorisent les invendus alimentaires

L'association Handicap Travail Solidarité a lancé un concept inédit en France. A Nantes, des travailleurs handicapés transforment les invendus alimentaires d'un magasin en jus et biscuits. Les produits sont préparés et vendus sur place.

La brigade anti gaspi quitte en bus l'ESAT de la Cholière à Orvault. Gilles, Noémie, Aymeric et Ophélie, travailleurs en situation de handicap, rejoignent chaque mercredi les ateliers d'un hypermarché situé à Saint-Herblain, au nord de Nantes.

"Cela prouve que je peux sortir à l’extérieur de l’ESAT et que je peux apprendre à faire autre chose qu’être en atelier", explique Ophélie Raballand, travailleuse en situation de handicap

Encadrée par l'association HTS, Handicap Travail Solidarité, la mission de la brigade est écologique et solidaire : sauver des fruits et légumes trop abimés pour rester en rayon, mais bien trop beaux pour être jetés à la benne. Chaque semaine, cette grande surface donne entre 50 et 100 kilos de produits frais. 

Je suis contente d'être ici, j’apprends à couper des légumes. Cela me permet d’apprendre, pour plus tard, quand je vais prendre mon indépendance, mon appartement, un jour.

Ophélie Raballand

Des outils adaptés

Pour tous, il a fallu trouver des outils adaptés et penser différemment certains process de fabrication. Pour la confection des cookies, la pesée est ainsi simplifiée.

"On leur met une marge de tolérance, on n’est pas au gramme près", explique Aziliz Le Talludec, chargée de projet R&D à Handicap Travail Solidarité. "S’ils ont 79 ou 81 grammes, c’est bon pour leur pesée, pour qu’ils ne soient pas stressés."

La recette des futurs cookies est simple. Du pain de la veille broyé, du beurre, beaucoup de chocolat et une bonne dose d'esprit d'équipe.

"Le fait de se retrouver dans un environnement autre que l’ESAT, dans un milieu ordinaire, les relations humaines se tissent", confirme Noémie Caquineau, directrice du projet SoliFoodWaste.

La suite logique, ce sont des gâteaux tout chauds et des jus de fruits originaux pressés à la demande, vendus à l'espace snacking du magasin, qui se transforme pour quelques heures en un lieu de vente anti-gaspi et solidaire unique en France.

Les invendus alimentaires n'ont pas fait un seul kilomètre 

"On réduit le gaspillage alimentaire. On est sur une fabrication très locale, artisanale, de bonne qualité", explique Christophe Jolivet, directeur de l'hypermarché Auchan Saint-Herblain.

"On est sur de l’inclusion de personnes en situation de handicap. Quoi de mieux que travailler devant tout le monde et avec tout le monde. Cette démarche est très positive".

Trouver sa place dans le monde du travail. Evoluer, progresser, c'est tout l'enjeu de ce genre d'expérience, qui permet à ces salariés de sortir un peu des établissements médicaux sociaux. 

"On fait les choses de manière graduelle. Savoir qu’ils peuvent revenir en atelier, c’est aussi important pour eux, pour revoir les collègues. L’atelier est aussi un lieu de repli, pour revenir dans un environnement connu", confirme Gwenaël Madec, responsable production et commercialisation à l'ESAT de la Cholière.

Plus on a de monde à l’extérieur, plus cela a des effets d’entrainement auprès des autres.

L'ADAPEI de Loire-Atlantique accompagne vers l'emploi près de 3 000 personnes en situation de handicap. La loi de 1987 oblige les entreprises de plus de 20 salariés à embaucher au moins 6% de travailleurs handicapés. Mais le taux de chômage de cette population reste démesuré, à plus de 15%.

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