"Nous aimerions rentrer, mais avec la guerre, c'est impossible", ces ukrainiens exilés contraints de rester en Pays de la Loire

Le 24 février 2424, le conflit entrera dans sa 3ᵉ année. Une guerre qui ne mobilise plus l'opinion publique autant qu'à ses débuts. En Pays de la Loire, les Ukrainiens qui ont fui les bombardements souhaiteraient retrouver leur terre natale, mais les combats qui là-bas continuent les contraignent à rester en France.

C'était le 24 février 2022, aux yeux du monde, Vladimir Poutine envahit l'Ukraine. La guerre est déclarée, les bombes pleuvent sur Kiev, la capitale. 

Deux ans plus tard, selon les estimations de différentes sources militaires, le conflit aurait fait environ 70 000 morts en Ukraine et 100 000 blessés. Côté russe, les sources notamment américaines évoquent le nombre de 120 000 tués. Mais aucun des deux belligérants ne communique officiellement sur le sujet.

La proportion de territoires occupés par la Russie serait passée de 25 à 17 %. Mais ce sont les Russes qui sont à l'offensive en ce moment sur plusieurs batailles. Les Ukrainiens, de leur côté, souffrent du manque de munitions occidentales. Après des mois de conflits, les soldats et la population sont épuisés.

"Des familles abimées"

Valerii fait partie des 33 réfugiés pris en charge à Nantes dans un centre d’accueil géré par France Horizon, une des associations choisie par l’État comme opérateur pour accueillir les Ukrainiens. Il est arrivé en France en juin 2022. Depuis, son épouse a dégoté un petit job, le matin, elle quitte le foyer et n'y revient que le soir. Elle passe ses journées à faire le ménage dans des entreprises.

Lui ne bouge pas beaucoup. Il reste cloitré dans le petit appartement, avec comme seule compagne une sale blessure ; deux balles encore logées dans son corps qui bientôt devraient être extraites. L'opération n'est pour l'instant pas programmée. 

J’ai tout perdu là-bas, l’entreprise que j’ai développée pendant 30 ans a été bombardée. Seule ma maison tient encore debout.

Valérii

Réfugié ukrainien.

Originaire d’un village proche de Kharkiv, une zone qui subit encore de plein fouet les bombardements russes, il garde espoir. Sa mère de 87 ans et toute la famille de sa sœur sont restées là-bas.

Moi et mon épouse, nous aimerions repartir en Ukraine, mais tant qu'il y a la guerre, c'est impossible.

Valérii

Refugié ukrainien

"C'est un accompagnement individuel. Dans leur pays, toutes ces personne travaillaient, avaient un logement, les enfants étaient scolarisés donc ce n’est pas de l'assistanat, le but est qu'ils retrouvent l'autonomie qu'ils avaient avant", souligne Conception Mousseau-Fernandez, directrice régionale France Horizons-Pays de la Loire.

"À l'époque, ce sont un millier de personnes qui sont arrivées en bus en Loire-Atlantique. Nous les avons accueillies sur une quinzaine de sites. Petit à petit, elles ont été orientées vers des logements autonomes. À ce jour, 160 personnes sont encore accueillies soit en parc de logement HLM de Nantes Habitat, soit dans des centres mis à disposition par l'État comme celui de Nantes ou de la Turballe sur le littoral", poursuit-elle.

Certaines familles sont arrivées très abimées par ce qu'elles avaient vu ou vécu. Très vite, elles ont été prises en charge psychologiquement, voire psychiatriquement.

Conception Mousseau-Fernandez

Directrice régionale Pays-de-la-Loire Association France Horizon

"Les familles se sont parfaitement intégrées. Nous avons procédé à un accompagnement social global qui inclut les droits et devoirs, la santé, le logement, les questions administratives. Les équipes ont été présentes au quotidien. C'est un accompagnement individuel vers l'autonomie", insiste Conception Mousseau-Fernadez.

Les principales difficultés pour tous ces exilés ?  Le barrage de la langue et la reconnaissance des diplômes. "Pour différents corps de métiers, il n'y a pas d'équivalence. Donc, certaines personnes acceptent des métiers sous tension même si c'est très éloigné de leur profession, ils ont besoin de ça", constate la présidente de France Horizon.

Et demain ? "Nous signons des conventions annuelles. Le gouvernement français s'est engagé à accueillir les déplacés ukrainiens. Je n'ai pas d'inquiétude pour les prochaines années. Je sais que ces personnes ne seront pas laissées sans rien. Nous sommes déjà financés pour 2024 et ce sera le cas pour 2025 et 2026."

Qu'ils veuillent rester en France ou repartir en Ukraine, nous les accompagnerons dans leur choix.

Conception Mousseau-Fernandez

Directrice régionale Pays-de-la-Loire Association France Horizon

"Accepter de ne pas revoir sa terre natale"

Sur le palier, juste en face de l'appartement de Valérii, un autre couple, eux aussi, ont songé à retrouver leur terre, mais la santé fragile de Liana les contraint à rester en France. "Mon épouse souffre de graves problèmes de santé qui l'oblige à suivre un traitement lourd. Nous sommes en train de faire une demande de séjour pour raison médicale", explique Karen.

Une décision difficile à prendre, alors l’assistante sociale de l’association France Horizon, les accompagne dans chacune de leur démarche.

Il y a de plus en plus d'Ukrainiens qui font des demandes d'asile. Ils ne retourneront pas dans leur pays parce qu'ils y sont en danger. Il leur faut accepter de ne jamais revoir leur terre natale.

Lily Picart

Assistante sociale France Horizon

"L'Ukraine va gagner la guerre"

Ne plus revoir l'Ukraine, au moins pour un temps. "L'Ukraine va gagner la guerre", glisse Karen, optimiste malgré les bombes qui continuent à défigurer son pays.

Les mots se veulent rassurants, emplis d'espoir, mais les regards restent inquiets. Ce 24 février, le conflit entre dans sa 3ᵉ année.

L'Organisation internationale pour les migrations des Nations unies a publié un rapport édifiant, jeudi 22 février. Selon ce rapport, plus de 14 millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis l’invasion russe. Parmi elles, près de 6,5 millions sont encore réfugiées à l'étranger. Des chiffres qui représentent près d'un tiers de la population ukrainienne.

Un récent sondage Ifop pour la Fondation Jean Jaurès démontre que pour la première fois, à peine la moitié des personnes interrogées soutiennent l’envoi de matériels militaires et l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. C’est 15 points de moins qu’au début du conflit.

Si la Russie continue de souffrir d’une mauvaise image auprès d’une large partie de la population française, la cote de popularité de l’Ukraine semble pâlir. En effet, 58% des personnes interrogées déclarent avoir une bonne opinion de l’Ukraine, quand la cote de ce pays atteignait 70% à la mi-juin 2023, au moment du début de la contre-offensive ukrainienne.

À ce jour, il resterait selon France Horizons 6 à 8 sites d'accueil de réfugiés ukrainiens en Pays de la Loire. Depuis le début du conflit, la préfecture a délivré 6 090 autorisations provisoires de séjour, de 3 à 10 par jours depuis début 2024.

Avec Cyril Dudon et Boris Vioche

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