Après l’annonce de suppressions de postes sur le site nantais du fabricant de matériel de chauffage, les salariés ont débrayés cette après-midi. La direction assure vouloir limiter la casse.
Les couloirs sont vides et les presses étaient à l'arrêt en ce milieu de journée, à l'usine nantaise de Saunier Duval.
Mardi 16 juillet, la direction du site a détaillé son plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui prévoit la suppression de 250 postes en raison de la baisse du marché de la pompe à chaleur en Europe.
"Un coup de massue pour tous les salariés", fustige Bruno Hatton, secrétaire adjoint du syndicat des métaux Nantes Force Ouvrière (FO).
Les salariés ont la boule au ventre
Marie-Paule DupondDéléguée syndicale CFDT
Sur le temps du midi et jusqu'à 15h ce mercredi, les salariés ont quitté leur poste. Un débrayage pour manifester leur colère et leur inquiétude. "Ils ont la boule au ventre", soutien Marie-Paule Dupond, déléguée syndicale CFDT.
Dans sa blouse de travail, postée devant la grille d'entrée de l'usine, elle vient de s'exprimer devant les différentes équipes de production. La syndicaliste raconte que certains employés hésitent à annuler leurs vacances : "Ils ne savent pas quel est leur avenir dans l'entreprise, donc ils veulent mettre de l'argent de côté"
Réduction du temps de travail, chômage partiel et prêt de salariés
Yuna Josse, directrice de l’usine nantaise, justifie cette décision par les ventes de pompes à chaleur qui s'écroulent. « On fait face à une baisse de l’ordre de 50%. Jusqu'à à peu près au mois de mai, on avait beaucoup de marchés européens qui étaient en déclin et ceux qui restaient vivants se sont retournés également. Donc là, on n'a plus d'autre choix que de lancer un PSE », assure-t-elle.
Pour pallier cette chute de la demande, l’entreprise avait déjà pris des mesures afin de réduire sa force de production : diminution du temps de travail des salariés, mise en place du chômage partiel et prêt de 80 à 90 employés à d’autres industriels locaux comme Airbus.
Mi-mai, Vaillant Group, société allemande dont dépend Saunier Duval, prévoyait la suppression de plus de 700 postes à travers l'Europe, dont 50 à Nantes. C’est finalement cinq fois plus. "Ce n'est pas le seul site concerné par cette augmentation", certifie le groupe sans donner davantage de précision.
Des consommateurs freinés par l'inflation
En septembre 2023, Emmanuel Macron pariait pourtant sur les pompes à chaleurs dans son plan de rénovation énergétique. Le président avait annoncé vouloir tripler leur production en France d’ici 2027 en comptant sur une croissance du secteur. Yuna Josse affirme avoir suivi le cap : « On est passé d'un capacitaire de 20 000 pompes à chaleur par an à un capacitaire de 120 000 avec des investissements majeurs ».
Aujourd’hui, la direction de l’usine nantaise regrette que la demande n’ait pas suivi. Elle considère que les consommateurs ont été freinés par "l'augmentation du prix de l'électricité et l'inflation". En moyenne, le coût d'une pompe à chaleur s'élève à 14 700€.
Yuna Josse en appelle ainsi à la responsabilité des gouvernements européens pour relancer le marché. Elle demande notamment l'élargissement des aides et des subventions aux foyers issus des classes moyennes.
Trois mois de négociation
"Le plan de sauvegarde va commencer début septembre, puis suivront trois mois de négociations avec les organisations syndicales pour ensuite soumettre notre projet à la validation de l'inspection du travail au mois de décembre", informe Yuna Josse.
La directrice assure vouloir limiter la casse en misant sur les départs volontaires. Ils devraient avoir lieu de janvier à mi-mars tandis que les contraints arriveront en avril 2025 ."On favorisera aussi toutes les mesures d'âge avec des départs en retraite anticipée", ajoute-t-elle.
Pour minimiser le nombre de suppression de postes, la CFDT propose de relocaliser certaines activités qui ont été exportées dans d'autres pays européens tels que la Slovaquie. Une proposition à laquelle adhère également FO davantage en faveur d'un abandon total du PSE.
Le 5 septembre, la direction fera part aux salariés du détail des services touchés par ces suppressions de poste.
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