Port-Saint-Père, en Loire-Atlantique : le delphinarium espère pouvoir poursuivre ses activités malgré la nouvelle loi

Publié le
Écrit par Olivier Quentin avec Myriam N'Guenor
Le delphinarium de Planète Sauvage possède 9 dauphins.
Le delphinarium de Planète Sauvage possède 9 dauphins. © France Télévisions

Votée à une quasi unanimité du Sénat le 18 novembre dernier, la loi contre la maltraitance animale devrait conduire à la fermeture des deux delphinariums français mais à Planète Sauvage, on n'a pas dit son dernier mot.

332 voix pour, une voix contre et dix abstentions. La loi de lutte contre la maltraitance animale a été adoptée par le Sénat le 18 novembre dernier. Elle prévoit notamment la fermeture des delphinariums. Il en reste deux en France, le Marineland d'Antibes et le delphinarium de Planète Sauvage, à Port-Saint-Père, près de Nantes.

Les spectacles de dauphins, selon la loi adoptée définitivement, ne devraient plus exister d’ici cinq ans. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’à Planète Sauvage, les bassins vont se vider de leur eau et de leurs habitants. 

"On continuera à faire des présentations à caractère pédagogique"

"Les dauphins peuvent rester dans des structures à caractère scientifique", se rassure Martin Boye, le directeur scientifique de Planète Sauvage. Le delphinarium qui avait déjà fait évoluer ses éléments de langage sur son site et parle de "présentation pédagogique" et non pas d’animation ou de spectacle pour ses cétacés, va s’appuyer sur cette nuance pour pouvoir conserver cet équipement et ses dauphins.

"Il y a besoin d’information sur ces animaux qui rencontrent des problèmes dans la nature" explique Martin Boye. "Donc, comme beaucoup d’organismes de protection l’ont souligné, prend-il le soin d’ajouter, on est important dans ce domaine-là. On continuera, nous, à faire des présentations à caractère pédagogique. Le but, c’est de faire découvrir à nos visiteurs la faune sauvage et en particulier les dauphins, les menaces qui pèsent sur eux, les gestes que chacun peut faire pour les aider au quotidien."

Une démarche scientifique

Les dauphins ne seront donc plus dressés ni obligés de se donner en spectacle. Enfin, ce n’est pas si clair.

"On rassemble beaucoup de monde, explique subtilement Martin Boye, et on va illustrer notre propos sur le mode de vie des dauphins, par exemple la chasse, par des comportements que ces animaux ont appris, à qui on propose de les faire devant les visiteurs. Ça va être, par exemple, nager sur le dos très très vite comme ils le font dans certains pays du monde pour attraper les calamars."

Martin Boye justifie la démarche scientifique de l’équipe du delphinarium de Planète Sauvage en précisant qu’elle publie ses recherches. Mais cela suffira-t-il ? L’équipe attend de connaître les décrets d’application de la loi pour savoir si ce "label" scientifique lui sera accordé.

Que faire des dauphins ?

Autre argument avancé dans le parc de Port-Saint-Père : que fera-t-on des dauphins si le delphinium ferme ?

"Ce sont des animaux qui sont nés en parc zoologique, rappelle Martin Boye. Il serait très difficile de les mettre en milieu naturel. Ils iraient où ? dans quelle structure où on retrouverait des suivis vétérinaires de la qualité professionnelle qu’il y a dans les parcs zoologiques, des équipes qui savent s’en occuper ? En gros, OK, on les enlève de chez nous, mais il ne faudrait surtout pas qu’on les emmène dans des structures où leur bien-être ne serait pas assuré comme il l'est chez nous."

Certains défenseurs des animaux évoquent des sanctuaires marins où ces dauphins pourraient être accueillis. Ce qui fait ostensiblement sourire Matin Boye qui n’y croit pas.

"C’est de l’affichage, estime-t-il. On en entend parler depuis plus de 25 ans, ça ne voit jamais le jour. Les tentatives qui ont existé se montrent catastrophiques pour les animaux, avec les décès des animaux."

Des décès, il y en a eu aussi à Port-Saint-Père, notamment en 2015, un jeune dauphin tué par un dauphin adulte.

"Il faut rester entre gens sachant. Cette idée romantique de sanctuaires ne correspond pas vraiment aux besoins (des dauphins)" conclut le directeur scientifique de Planète Sauvage qui rejette toute accusation de maltraitance.

Une loi en trompe l’œil

Pour Christine Grandjean, fondatrice et présidente de l’association "C’est assez" qui se bat pour la fermeture des delphinariums, le vote de cette loi n’est pas forcément une victoire car elle laisse encore un délai de cinq ans aux deux derniers delphinariums français et elle craint que de nouveaux dauphins naissent en captivité. Mais surtout, la loi présente une faille : la possibilité pour les delphinariums de poursuivre leurs activités sous couvert de recherches scientifiques avec l’aval du Ministère de l’environnement.

"C’est une loi en trompe l’œil, estime Christine Granjean. On a l’impression qu’on a gagné mais si les parcs se débrouillent bien, dans cinq ans, ils pourront prétendre faire des recherches qui protègent les animaux sauvages et ils pourront garder leurs animaux."

L’association a bien l’intention de jouer son rôle auprès du ministère pour que les décrets d’application encadrent bien la loi. A noter que "C’est Assez" ne se disait pas opposée à ce que Planète Sauvage conserve ses dauphins, tant qu’il n’y avait pas de solution en mer pour les accueillir "à condition qu’il n’y ait pas de reproduction ni de spectacle qui aille contre leur nature."       

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