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Prothèse bionique : une première médicale française à Nantes

Priscille Deborah et le chirurgien Edward de Keating Hart qui réalisera avec une équipe cette première médicale à Nantes / © Olivier Quentin
Priscille Deborah et le chirurgien Edward de Keating Hart qui réalisera avec une équipe cette première médicale à Nantes / © Olivier Quentin

Une opération chirurgicale va être tentée à Nantes pour doter une patiente d'une prothèse de nouvelle génération. L'opération déjà pratiquée notamment aux USA est une première en France. Elle va être réalisée à la clinique Jules Verne à Nantes.

Par Olivier Quentin

Priscille un jour de 2006 a été gravement mutilée par une rame de métro. On ne reviendra pas sur ce drame. Priscille est aujourd'hui rayonnante de force et de volonté et elle est passée depuis longtemps à autre chose.

Parce que la suite est bien plus intéressante.
 

Amputée d'un bras et des deux jambes


Amputée d'un bras et des deux jambes, Priscille vit aujourd'hui avec des prothèses aux jambes et au bras droit. C'est sur son bras droit que la première chirurgicale va être tentée.

Il y a trois ans, Priscille a rencontré grâce à Sylvio Bagnarosa, l'orthoprothésiste qui la suit,  le docteur Edward de Keating Hart, chirurgien de la main à la clinique Jules Verne de Nantes. Le courant est passé. L'aventure pouvait être tentée.
Priscille Deborah avec sa prothèse actuelle du bras droit avant l'opération / © Olivier Quentin
Priscille Deborah avec sa prothèse actuelle du bras droit avant l'opération / © Olivier Quentin

Priscille Deborah allait devenir la première patiente à bénéficier en France de cette nouvelle technique qu'est la TMR, la Targeted Muscle Reinnervation. 

L'équipe chirurgicale va aller chercher dans la partie de son bras droit préservée des nerfs qui ne servaient plus. Ceux qui commandaient avant l'amputation l'avant-bras et la main. Biceps et triceps vont être divisés et ces subdivisions "raccordés" à ces nerfs.
 

Une chirurgie de tous les jours...


Un geste chirurgical finalement assez classique. "C'est une chirurgie des nerfs qu'on utilise tous les jours" explique le docteur de Keating Hart qui opérera avec le docteur Jérôme Pierrart du Centre de la Main de Paris. Mais la suite est une vraie nouveauté.
 

L'exercice laborieux et fatigant provoque souvent l'abandon des prothèses par la personne handicapée


Aujourd'hui, les prothèses de bras comme celle qu'utilise Priscille sont dites myoélectriques. Deux capteurs sont placés sur le muscle rescapé et les contractions du muscle maîtrisées par la personne équipée sont transformées en signaux électriques par la prothèse qui réalise alors des mouvements : ouvrir la main, fermer la main, tourner la main. Six mouvements maximum.

Ces mouvements ne sont pas simultanés et nécessitent une bonne maîtrise des contractions musculaires, exercice laborieux et fatigant qui provoque souvent l'abandon des prothèses par la personne handicapée.

La technique de la TMR va permettre en divisant les muscles (commandés par plus de nerfs) d'augmenter les possibilités. Parce qu'il n'y aura non pas deux mais cinq capteurs et donc plus de fluidité et de simultanéité dans les mouvements.
Les chirurgiens vont aller chercher des nerfs qui n'étaient plus utilisés / © Clinique Jules Verne Nantes
Les chirurgiens vont aller chercher des nerfs qui n'étaient plus utilisés / © Clinique Jules Verne Nantes

Cette technique déjà pratiquée depuis 2009 aux USA l'est aussi en Allemagne et en Autriche où le Docteur de Keating Hart est allé se former. La France est un peu frileuse semble-t-il dans le domaine de la recherche pour les prothèses médicales.

Priscille Deborah, 45 ans, artiste-peintre, sportive, mère de deux enfants veut avoir accès à cette technique pour bénéficier d'une utilisation plus fine de sa prothèse. C'est ce qui l'a amenée à tenter cette première française.

Je me suis lancée dans la sculpture, explique Priscille, tout d'un coup imaginer qu'avec deux bras on peut faire des sculptures plus importantes et après je le prends aussi comme une aventure dans le sens où ça va être deux ans de travail intensif."

Parce qu'après les quatre à cinq heures de chirurgie, il faudra attendre la cicatrisation, et au printemps prochain seulement commencer à travailler avec la nouvelle prothèse.

Elle travaillera pour cela avec l'équipe de rééducation de la Tourmaline, un autre établissement de santé de l'agglomération nantaise qui participe à cette aventure.

"L'apparition de ces nouvelles prothèses bioniques qui sont plus intuitives, plus faciles d'utilisation est une amélioration de la qualité de vie pour les patients quel que soit leur âge" précise le docteur Dominique Eveno, médecin-chef de ce service.

"L'idée c'est de simplifier les mouvements pour que ce soit plus rapide et moins fatigant. L'objectif c'est de donner encore plus d'autonomie à Priscille" ajoute Sylvio Bagnarosa.

Priscille Deborah avec Claire Bonamici-Jamet ergothérapeute et le docteur Eveno au centre de réadaptation de la Tourmaline / © Olivier Quentin
Priscille Deborah avec Claire Bonamici-Jamet ergothérapeute et le docteur Eveno au centre de réadaptation de la Tourmaline / © Olivier Quentin

Il faudra attendre encore avant de savoir si ça fonctionne. 
 

80 000 €


Habitant à Alby, dans le Tarn, Priscille reviendra à Nantes une semaine par mois pendant deux ans pour apprendre à faire travailler ses muscles divisés et "branchés" sur la prothèse. Une nouvelle prothèse qui va coûter 80 000 €.

Priscille travaille à trouver des fonds privés pour ce financement.




 

Pour une meilleure prise en charge

Au delà de l'amélioration de ses propres conditions de vie, Priscille Deborah souhaite interpeller les autorités sur l'insuffisante prise en charge des prothèses par la sécurité sociale. Une démarche que soutiennent la clinique Jules Verne et toute l'équipe engagée dans cette première française.

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