Socio-esthéticienne est un métier souvent peu connu, au service des personnes atteintes de maladies graves, aiguës ou chroniques dont le cancer. Une quarantaine de socio-esthéticiennes exercent dans les Pays de la Loire, à l'image de Léa, 34 ans.

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Léa Pitaud est socio-esthéticienne depuis 7 ans. Un métier qu'elle a choisi par conviction en se spécialisant à la suite de ses études d'esthétique.

Dans les Pays de la Loire, elles sont une quarantaine comme elle à exercer dans diverses structures médicales et sociales de la région.

Faire oublier la maladie

Léa intervient une à deux fois par mois à l'association Ma Parenthèse. Un lieu d'accueil et d'accompagnement des femmes atteintes de cancer situé à Basse-Goulaine, en Loire-Atlantique, à 15 minutes de Nantes.

Son métier, c'est un petit peu faire oublier la maladie. Léa propose des ateliers de soins ou de massage de différentes parties du corps pour des hommes comme pour des femmes atteints de maladies graves aiguës ou chroniques. Au début de chaque atelier, chacun se présente. Et les premières questions fusent : au fait c'est quoi la socio-esthétique? 

"La socio-esthétique, c'est pas un joli mot, mais en fait, il désigne le côté social, parce qu'on adapte aussi les soins aux personnes qu'on reçoit, en fonction des différentes problématiques.Cela peut être des atteintes à l'intégrité physique, psychique ou sociale", explique la jeune femme.

Réconfort et détente

Au programme ce jour-là, un atelier soin du visage, ou comment apprendre à faire des "auto-massages".  Quatre femmes sont présentes. Toutes en parcours ou début de parcours de traitement de leur maladie. Toutes touchées par un cancer.

Léa sort sa mallette de beauté avec des produits les plus neutres possibles en odeur comme en composants. "L'idée, c'est qu'on passe deux heures ensemble, que ce soit un moment de réconfort, de détente".

Elle répond à toutes les question et prodigue des conseils utiles. "Avant, on disait pas de gommage, en chimio. Maintenant, ça a changé. On fait des gommages parce qu'on se rend compte que ça aide à régénérer la peau. Il y a plein de trucs qu'on peut faire. En 2 minutes, qui ravivent les couleurs, même le blush. C'est un petit détail, mais un petit blush sur les joues, ça aide. C'est, pas long à faire, ce sont des petites astuces assez simples qui vous permettent de bien vous regarder."

Chrystelle, en parcours de chimiothérapie, réagit : "Le cancer fait s'occuper de soi énormément."  S'ensuivent des rires, de bon coeur : 'C'est peut être le seul truc de positif dans tout ce bazar", s'exclame Léa en réchauffant l'atmosphère de sa voix douce.

Ça fait du bien d'avoir cette parenthèse de douceur, de compréhension, de bienveillance. Et vraiment, on sent de la sincérité.

Annabelle

Participante à l'atelier de socio-esthétique

Pour moi ici c'est un havre de paix. Je ne viens pas chercher que le soin. Je viens aussi chercher la rencontre. Et ici le moins qu'on puisse dire c'est qu'on est servi!

Sylvie

Participante à l'atelier de socio-esthétique

Soin en établissements ou à domicile

"Je travaille dans beaucoup d'associations, d'établissements hospitaliers ou sociaux autour de Nantes et d' Ancenis mais je fais aussi beaucoup de domicile parce qu'on est quand même dans un territoire autour d'Ancenis notamment qui est un peu moins fourni en établissement. Et le domicile, ça permet quand même d'aller couvrir pas mal de patients. Des personnes qui ont beaucoup de mal à se déplacer du fait qu'elles sont loin de Nantes, des structures et qu'il faut faire beaucoup de route. Or pour ces personnes malades souvent ce n'est pas possible. Donc mon activité domicile est un bon moyen pour eux d'avoir accès à ces soins-là dans leur parcours", explique Léa.

Léa se déplace avec son propre véhicule. Et selon les patients que lui envoie l'HAD d'Ancenis, l'hospitalisation à domicile. 

Partenariat avec l'HAD 

Peu de personnes le savent ou en ont connaissance, mais elles peuvent, sur prescription de leur médecin ou du spécialiste qui les suivent, bénéficier de soins à domicile mis en place en relais d'un hôpital, à domicile avec l'HAD. Le coût est transparent pour le malade, 100% pris en charge par la CPAM.

L' HAD est un établissement de santé privé d’intérêt collectif. Celui d'Ancenis est une association loi 1901 soumise aux mêmes obligations que les établissements avec hébergement : "continuité des soins 24/24 sans discrimination, sécurité et qualité des soins certifiées par la Haute Autorité de Santé, contrat de bon usage du médicament, engagement dans la lutte contre la douleur, ainsi que dans la prévention des infections associées aux soins", peut-on lire sur le site.

A l'HAD, travaillent ensemble et en pleine concertation plusieurs corps de métiers et plusieurs professionnels salariés et libéraux : médecins, infirmiers coordinateurs de parcours de soins, kinésithérapeutes, sophrologues, psychologues, socio-esthéticiennes...

"Avant ou après chacune de mes interventions, je fais un point avec toute l'équipe médicale de l'HAD pour les patients que je suis à domicile et vers lesquels l'HAD m'envoie. C'est un point essentiel afin d'améliorer leur prise en charge. On débrieffe sur leur état de santé et leur moral aussi. S'il faut adapter ou proposer d'autres choses pour les soulager dans leur douleur", explique la socio-esthéticienne.

30 % de la patientelle de l'HAD d'Ancenis est en soins palliatifs.

Un métier de rencontres

"Bonjour, Léa. Ça va? Oui, et vous?". Un petit mot, une intonation, une intention. Du lien social.

Léa a rendez-vous avec Patricia opérée d'un cancer du sein et suivie depuis un ans. Une mauvaise cicatrisation de sa plaie l'a amenée à être éligible aux soins à domicile.

Ce jour-là, Patricia a besoin et envie de refaire son vernis et de profiter d'un massage du cuir chevelu. "Je connais des gens qui ont fait de la chimio et ils ont eu les ongles tout noirs à la suite parce qu'ils n'entretenaient pas leurs ongles. Et ça reste presque à vie. Donc j'ai envie de vivre encore quelques années et profiter de mes ongles", explique cette assistante maternelle. "Je ne me suis jamais maquillée, mais j'ai toujours entretenu ma peau. C'est très important et encore plus maintenant. Je passe presque un quart d'heure le matin, un quart d'heure le soir à me bichonner, encore plus".

Doper le moral

Les bénéfices sont quasi immédiats. Le moral est bon: "Demain, je vais aller à la chimio, et  peut-être que les infirmières vont dire 'Oh, la couleur que vous avez mise, elle est superbe! » Et ça vous aide, même si vous êtes branchée, vous êtes contente parce qu'on vous a félicité."

Pour Léa, son métier force aussi les patients à prendre le temps, à ralentir. "Pendant deux heures, on va juste s'occuper de soi, prendre du temps. Ce que je fais ne guérit pas les gens, mais ça accompagne la vie. Moi, je trouve que ça améliore un peu la qualité des patients, d'avoir juste un temps de pause dans leur maladie et leur traitement. Je me dit que c'est utile ce qu'on fait, que ça a du sens si ça leur fait du bien", achève la jeune femme.

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Alors qu'Octobre rose 2023 est lancé avec pour objectif comme chaque année sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche, les gens d'ici s'intéresse ce soir à un métier peu connu, le métier de socio-esthéticienne, un métier au service des personnes atteintes de maladies graves, aiguës ou chroniques dont le cancer. Il en existe une quarantaine dans les Pays de la Loire qui travaillent en étroite collaboration avec des établissements médicaux et sociaux. ou des associations. Elles prodiguent des soins pour soulager des maux. Intervenants par ordre d'apparition: -Léa Pitaud, socio-esthéticienne -Chrystelle, Adhérente de l'association Ma Parenthèse -Séverine, Adhérente de l'association Ma Parenthèse -Annabelle, Adhérente de l'association Ma Parenthèse -Sylvie, Adhérente de l'association Ma Parenthèse -Patricia, Bénéficiaire de la HAD - hospitalisation à domicile -Luc, Mari de Patricia ©France 3 Pays de la Loire/ Juliette Poirier, Thibault Grouhel, Laurent Bellanger (son), Sophie Boismain (montage)

Voir le reportage de Juliette Poirier, Thibault Grouhel, Laurent Bellanger et Sophie Boismain.