TEMOIGNAGES. Coronavirus : télétravailler et garder les enfants

Garder le rythme d'une journée ordinaire de travail. Le défi du confinement. / © France Télévisions Olivier Quentin
Garder le rythme d'une journée ordinaire de travail. Le défi du confinement. / © France Télévisions Olivier Quentin

Pas d'école, les vacances ? Non ! On fait l'école à la maison. Mais pas facile de mobiliser les enfants quand on est soi-même sollicité par son emploi qu'on continue d'exercer à distance. Témoignages de familles nantaises avec au passage quelques conseils.

Par Olivier Quentin

Driiiiing ! 

Il est 10h, une cloche retentit, c'est l'heure de la classe du matin. 

A la maison, Pascal a enregistré une sonnerie d'école pour signifier à Capucine sa fille de 7 ans que les cours vont commencer. 
 
Ils se mettent alors sur la table de la pièce principale et travaillent avec les consignes envoyées par l'institutrice, lecture, mots à apprendre.
 

Un jeu pour apprendre les mathématiques

Pour les mathématiques, Pascal a inventé un jeu : ils se mettent face à face, à distance, et il donne un addition à faire. 7 + 12 ? Si la réponse est mauvaise, personne ne bouge. Si c'est bon, Pascal avance d'un pas vers Capucine. Fin de l'exercice quand ils se rejoignent.

La petite famille a essayé de garder un rythme proche d'une journée normale. Lui, peut faire une partie de ses missions en télétravail, il est chargé du service audiovisuel dans un établissement scolaire de la région nantaise et elle, est employée à Nantes Métropole et peut également continuer de travailler. Pour cela, elle s'est installée dans une chambre.
 

"Je m'habille pour travailler"

"J'ai accès à l'essentiel des sites de mon travail explique-t-elle. Mais le débit n'est pas extraordinaire, c'est plus long."

Pas question de travailler en pyjama. "Je m'habille pour travailler" tient-elle à préciser. D'ordinaire, elle va à son bureau en vélo, alors, elle continue de faire quelques tours de pédalier dans le quartier pour garder la forme, le matin, avant de se mettre au travail. Munie de son attestation obligatoire bien sûr.

"C'est important de pouvoir démarrer la journée comme ça !" dit-elle.
Pascal et Capucine s'installent sur la table de la pièce principale pour faire l'école à la maison. / © DR
Pascal et Capucine s'installent sur la table de la pièce principale pour faire l'école à la maison. / © DR
De son côté, Pascal est un peu frustré de n'avoir pas eu le temps d'amener tous les outils dont il aurait eu besoin. "J'aurais pu amener des ordinateurs, une station de montage pour des choses que j'aurais aimé faire, dit-il. Mais ça me permet aussi d'avoir un temps de réflexion, de me poser un peu plus." Il en profite aussi pour faire quelques tâches qu'il reportait comme trier la photothèque de l'établissement.

En ce moment, Pascal travaille sur une plaquette de fin d'année qui résumera les grands événements de l'année scolaire pour les enseignants et les élèves. "J'aurais travaillé de la même façon au lycée, en envoyant des mails aux professeurs." constate-t-il.

Capucine a pour consigne d'être habillée à 10h. Elle aussi applique la règle : on ne va pas au travail en pyjama ! Une heure de travail scolaire le matin et une heure l'après-midi.

En fonction de la disponibilité des adultes, c'est papa ou maman qui prépare les repas.
 

Un planning de confinement

Autre foyer : ce couple du quartier Doulon à Nantes a deux enfants, Sacha, 5 ans, et Lily, 8 ans.

Annabelle a affiché un "planning du jour confinement" dans la pièce du bas de leur maison.

"Le matin, raconte Annabelle, le petit déjeuner est à 7h30-8h, un peu comme d'habitude, pour qu'on ne soit pas décalé sur nos connexions."

Car les deux sont en télétravail. Elle pour sa formation, Annabelle se reconvertit dans le paysagisme, et lui est chef de projet informatique pour la grande distribution.
Pour organiser la journée, Annabelle s'est inspirée d'une idée d'une autre parente d'élève avec un "planning de confinement" / © DR
Pour organiser la journée, Annabelle s'est inspirée d'une idée d'une autre parente d'élève avec un "planning de confinement" / © DR
L'école à la maison commence à 9h15 avec les consignes transmises par l'instituteur. Annabelle voit bien que le plus petit a du mal à rester concentré longtemps. "Et Lily dit-elle, ne réagit pas de la même façon avec moi qu'avec son prof, elle est moins patiente. Et à la maison, habituellement, les devoirs ne durent pas plus d'une heure. Alors, on s'est dit qu'on ne mettrait pas la pression, on fait des pauses."

L'activité purement scolaire n'est organisée que le matin, l'après-midi est consacré au jardinage, aux jeux de société ou de construction. Le couple essaye de limiter les écrans. "Ou alors des fims qui font partie du patrimoine culturel précise Estève, comme Le Magicien d'Oz ou un JacquesTati, un peu comme si c'était une sortie scolaire."
Pour le travail scolaire, papa fait plus les maths et maman le Français et la découverte du monde. / © DR
Pour le travail scolaire, papa fait plus les maths et maman le Français et la découverte du monde. / © DR
A presque 6 ans, Sacha ne comprend pas trop l'ampleur de la crise liée au coronavirus. Il voit bien qu'il ne va plus à l'école, il est content. Sa sœur de deux ans son aînée, trouve qu'on en parle trop. Parfois, elle envisage le week-end et fait des projets. 

Ses parents lui rappellent alors que le confinement va se poursuivre le week-end aussi...
 

Stéphanie, mère séparée en appartement

Dans son appartement, au troisème étage de son immeuble, Stéphanie* n'est pas en télétravail mais en "activité restreinte à distance". Une dénomination pour dire qu'elle est restée à la maison pour s'occuper de Louise, sa fille de 8 ans. Cette fonctionnaire territoriale rencontre du public dans son travail, elle ne peut donc effectuer toutes ses missions en télétravail.

Elle garde le contact avec ses rendez-vous par téléphone, fait des compte-rendus de réunions, prépare pour la suite...

"Je me lève à 7h30 au lieu de 7h habituellement explique Stéphanie. Louise, un quart d'heure plus tard, petite déjeuner, on s'habille. C'est plus cool mais on essaye de garder le rythme habituel."
 

"J'aurais aimé avoir un balcon"

Stéphanie ne suit pas à la lettre les consignes de l'intituteur, elle les trouve trop lourdes à appliquer mais elle s'en inspire. "J'ai acheté aussi un cahier d'exercice, type cahier de vacances, programme CE2 avec les corrigés et les explications."

Ecole à la maison le matin pendant 2h30 et l'après-midi pendant 1h30. Ce qui la contraint évidemment à entrecouper son propre travail. Pas facile.

"On a un petit parc en bas de l'immeuble, on y va quand il n'y a personne ou peu de monde. J'aurais aimé avoir un balcon. Le soir, je mets de la musique pour m'aérer."

Pas d'écran le matin pour Louise, une demi-heure d'un jeu sur la tablette l'après-midi et 3/4 d'heure de télé en fin d'après-midi.

Le papa qui habite à côté prendra Louise sur la même périodicité qu'auparavant en adaptant en fonction du travail de l'un et de l'autre.

Stéphanie a aussi un garçon de 18 ans qui va les rejoindre vendredi. Hugo prépare son bac avec les indications de certains profs. 
 

Les voisins aussi sont tous là

"Par la baie vitrée raconte Stéphanie, je vois le haut des sapins, c'est important de voir de la verdure".

Le confinement en appartement est d'autant plus difficile qu'il faut faire aussi avec les voisins qui sont tous là, et qui font du bruit, écoutent eux aussi de la musique et pas toujours en sourdine.

En ce début de confinement, chacun a mis en place son organisation qu'il tentera de tenir, une semaine, puis deux puis plus encore. 

"Je prends les choses au jour le jour témoigne Stéphanie, en espérant que ça ne va pas trop durer."


*prénoms d'emprunt pour Stéphanie et sa famille qui ont souhaité garder l'anonymat

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