Éolien en mer : la filière industrielle française aura-t-elle disparu dans cinq ans ?

Les Pays de la Loire sont la seule région à avoir mis en service un parc éolien en mer, au large de Saint-Nazaire, fin 2022. Une cinquantaine d’autres parcs sont annoncés par Emmanuel Macron en France à l’horizon 2050. Une ambition inédite, mais qui ne rassure pas complètement les industriels. Ils s’inquiètent du manque de visibilité économique pour cette filière, qui nécessite des milliards d’investissements.

Y aura-t-il encore une filière industrielle de l’éolien en mer dans cinq ans en Europe ? La question peut sembler inutilement alarmiste, car jamais les ambitions n’ont été aussi clairement affichées. Emmanuel Macron a confirmé à plusieurs reprises le programme de 50 parcs éoliens en mer au large des côtes françaises d'ici à 2050. Mais face à cet engagement inédit, les industriels sont prudents.

"Aujourd’hui, l’inquiétude ressort un peu partout au niveau national", explique Aymeric Foucher, vice-président de Neopolia en charge de l’Éolien offshore [Néopolia est un réseau d’entreprises locales en Pays de la Loire, autour de l’aéronautique, de la Navale et des énergies marines renouvelables]. "Quand on voit le prix auquel les derniers appels d’offres ont été soumis, on peut vraiment craindre le dumping social !".

En cause, un prix de vente futur du Kilowatt (produit par les parcs) trop bas pour que les investissements soient rentabilisés. Car un parc éolien coûte au minimum deux milliards d’euros !

Un maître-mot : la visibilité 

"Le maître-mot pour nous, c’est la visibilité ! Car pour être compétitif, il faut exister dans la durée" souligne Pierre Peysson, directeur éolien en mer France de RWE (producteur d’électricité allemand) et membre de la commission offshore du SER, le Syndicat des énergies renouvelables. 

"La concurrence est saine, mais il faut absolument un juste prix du kilowatt pour que la filière vive dans la durée".

Pierre Peysson

Directeur éolien en mer France de RWE

"La course au prix bas peut conduire à la disparition de la filière d'ici à cinq ans", alerte Christophe Clergeau, député européen au sein de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates.

Emmanuel Macron promet que des normes environnementales seront imposées pour les futurs parcs, façon d’exclure les candidats asiatiques notamment. "Mais les Chinois sauront très vite s’adapter à ces enjeux environnementaux".

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Extrait - Dimanche en Politique - éolien en mer ©France Télévisions/B. Cogny

Les entreprises attendent donc une accélération des appels d’offres et un prix minimum du Kwh. C’est ce que nous expliquent ces deux sous-traitants de la région nazairienne.

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Éoliennes en mer - l'avenir des sous-traitants ©France Télévisions/C. Dupeyrat/C. Dudon/E. Clouet/V. Brut

Imposer un minimum de main d’œuvre nationale

Alors, au-delà des prix, au-delà des normes, beaucoup plaident pour une forme de priorité nationale ou européenne. "Dans les appels d’offres actuels, il n’y a pas vraiment de garantie d’emploi local. Il faudrait être beaucoup plus précis et imposer un minimum de main d’œuvre nationale, voire régionale. C’est possible dans la règlementation. Il faut maintenant la volonté politique de l’imposer" assène Aymeric Foucher.

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Extrait - Dimanche en Politique - éolien en mer ©France Télévisions/B. Cogny
Un élu l’a fait récemment : c’est Alain Leboeuf. Le président du conseil départemental de Vendée (LR) a joué le bras de fer avec Siemens, opérateur du futur parc éolien en mer Yeu Noirmoutier. Il a exigé que le Vendéen Defontaine Rollix soit choisi pour les couronnes d'orientation des éoliennes offshore. Alors qu’une entreprise chinoise, moins chère, avait été sélectionnée dans l’appel d’offres.

L’avenir, l’éolien flottant

Les élus peuvent donc avoir leur mot à dire pour défendre l’emploi local. Et pour développer les infrastructures indispensables à ce qui sera l’avenir de l’éolien en mer : le flottant.

Cette technologie nécessite en effet l’adaptation des ports, car les éoliennes flottantes, plus grandes que les posées et beaucoup plus lourdes, ne peuvent pas être assemblées en mer. Il faudra donc des quais dédiés, gigantesques, pour monter ces mastodontes de 700 tonnes ! C’est ce qui est prévu dans le projet "Eole", à Saint-Nazaire : 750 m de nouveaux quais, construits entre la forme Joubert et bassin C des chantiers de l’Atlantique (livraison 2028/2029).

Investir dans l’éolien flottant, c’est l’avenir, car il a plusieurs intérêts : là où pour les éoliennes posées, la profondeur maximale est de 50/60 mètres pour enfoncer les fondations, pour l’éolien flottant, les zones exploitables sont incomparablement plus nombreuses. Les parcs peuvent être implantés sur des profondeurs jusqu’à 1000 mètres (les éoliennes flottantes sont reliées à trois câbles arrimés au fond marin).

Les pales d’éoliennes flottantes peuvent donc produire de l'électricité plus loin des côtes, là où l'eau est beaucoup plus profonde et les vents plus forts et plus stables. Moins de nuisances visuelles donc, plus de rendement, à condition de rester à distance raisonnable du littoral pour que le coût d’acheminement de l’électricité vers le continent ne rende pas le projet non rentable.

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Extrait - Dimanche en Politique - éolien en mer ©France Télévisions/B. Cogny

Virginie Charbonneau reçoit en plateau :

  • Christophe Clergeau, député européen 
  • Pierre Peysson, directeur éolien en mer France RWE – Membre du SER (Syndicat des énergies renouvelables)
  • Aymeric Foucher, vice-président Neopolia - Eolien offshore

► Dimanche en Politique "Éolien en mer : des vents bientôt contraires ?" à voir ce dimanche 4 février à 11 h 10 et en replay sur france.tv

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