Angers : la société Coriolis dans le collimateur de l'inspection du travail pour non respect des règles sanitaires

Alertée par les représentants du personnel, l'inspection du travail a effectué un contrôle le 9 avril dernier dans l'entreprise Coriolis, un centre d'appel implanté à Angers. Le rapport qui a été fait par l'inspecteur est carabiné. Entre non respect des règles sanitaires et pratiques douteuses.

Coriolis Angers emploie 400 personnes sur le site rue du Château d'Orgemont.
Coriolis Angers emploie 400 personnes sur le site rue du Château d'Orgemont. © France Télévisions Eric Aubron

La direction de la société Coriolis nous a fait savoir par le biais d'un porte-parole qu'elle réservait ses réponses à l'inspection du travail et qu'elle ne communiquerait pas sur ce dossier. Reste à savoir si l'inspection du travail jugera satisfaisantes les réponses fournies. Car le dossier est lourd.

45% d'absentéisme. Le chiffre a été donné par la direction de l'entreprise à l'inspectrice venue s'inquiéter des conditions de travail chez Coriolis Angers le vendredi 9 avril dernier. Le chiffre démesuré s'explique peut-être en partie, nous disent des représentants du personnel, par un droit de retrait exercé par les employés suite à un foyer d'infection Covid identifié sur le site de la rue du Château d'Orgemont.

A ce jour, huit salariés ont été testés positifs et une vingtaine de cas contacts ont été identifiés.

 

Plusieurs règles sanitaires non respectées

Selon le constat fait sur place par l'inspection du travail, le respect des règles sanitaires laisse à désirer. Des salariés trop nombreux dans un espace trop restreint, une jauge de 8m² par salarié non respectée dans la salle de restauration, pas de consignes claires d'aération des locaux, des postes de travail de téléconseillers non attitrées, donc occupés successivement par différents salariés, du matériel, casque audio, casiers individuels, partagé par plusieurs salariés, un recours trop frileux au télétravail...

"Il y a beaucoup de recrutement ces derniers temps, explique une employée qui fait de la formation en interne sur un plateau dédié. Quand on doit faire des double-écoutes aux nouveaux, on ne peut pas respecter les 1 mètre de distance."

"La direction ne respecte pas le protocole national en matière sanitaire et de désinfection et n'a aucune considération du code du travail pour le chômage partiel et le télétravail" dénonce un élu du CSE (Comité Social et Economique) de cette entreprise qui emploie 400 personnes sur ce site.

Non respect des consignes sanitaires, de la réglementation sur le télétravail, délits d'entrave, les reproches sont nombreux.
Non respect des consignes sanitaires, de la réglementation sur le télétravail, délits d'entrave, les reproches sont nombreux. © France Télévisions Eric Aubron

Car, en plus des consignes sanitaires non respectées, il est reproché à cet employeur de ne pas appliquer les directives nationales concernant le télétravail. Certains salariés se sont vus refuser la possibilité d'une activité partielle ou d'une prise de congé alors qu'ils ont, à leur domicile, depuis la fermeture des établissements scolaires, un ou plusieurs enfants de moins de 16 ans. 

 

Une situation "inacceptable"

La direction de l'entreprise n'accorderait ce droit qu'aux parents d'enfants de moins de 6 ans, ce qui est illégal. Neuf cas ont été signalés d'employés contraints à télétravailler à domicile avec leur(s) enfants à garder.

Le rapport de l'inspection du travail évoque une situation "inacceptable" et de "mise en danger de jeunes enfants laissés sans surveillance" et somme la direction de Coriolis de régler ce problème.

Dans ce contexte de cluster et de non respect des règles sanitaires et sociales, une dizaine de salariés ont fait usage de leur droit de retrait estimant que la situation présentait un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé. En désaccord avec ce point de vue, la direction de Coriolis a décidé unilatéralement de retirer de leur salaire une part proportionnelle à ce temps de retrait.

"Mon droit de retrait pour eux, n'était pas justifié, témoigne une salariée. J'ai reçu un mail me disant que si je ne revenais pas rapidement pour justifier mon absence j'aurais des sanctions qui tomberaient."

Encore une décision illégale a fait savoir l'inspection du travail.

Un autre salarié, chef d'équipe, dit ne pas partager le point de vue des syndicats dans ce conflit. "Je me sens plus en danger quand je fais mes courses que quand je viens ici" dit-il. Distribution de masques, de gel hydroalcoolique, nettoyage, selon lui tout est conforme à la réglementation. Même si, ajoute-t-il, "personne n'est irréprochable".

 

"On n'a aucun document"

Wilfried Jaire est délégué syndical Sud. Il demande plus de communication sur la situation sanitaire. Avec ses collègues de la CGT, il réclame à sa direction des documents certifiant que les locaux sont régulièrement désinfectés. "On n'a aucun document, on ne peut pas continuer comme ça" dit-il.

Concernant les cas de Covid "la direction n'a jamais voulu communiquer, affirme Wilfried. On a dû contacter l'inspection du travail, passer par l'Agence Régionale de Santé et attendre le contrôle." 

Il souhaite aussi que la direction soit plus réactive sur le télétravail, donne aux employés les moyens de le pratiquer.

Le service de santé au travail a également été sollicité pour intervenir dans l'entreprise. "Il y a des entreprises qui appliquent le protocole sanitaire à la lettre et d'autres où il y aurait beaucoup à faire, constate Isabelle Lallemand, hygiéniste au SMIA. Dans cette entreprise, il y a des choses qui ont été mises en place, il en reste à faire. Il faut revoir l'organisation des repas, on en a discuté, j'ai donné des conseils et j'ai pu constater ce matin que certains ont été appliqués."

 

D'autres infractions constatées

Mais ce contrôle de l'inspection du travail ne s'est pas contenté d'égrener les situations en infraction avec la réglementation due à la crise sanitaire. Il pointe du doigt également d'autres dysfonctionnements. 

Coriolis est de ces entreprises qui connaissent un turn over important du personnel. Selon les chiffres communiqués par les syndicats, plus de 1000 contrats de travail ont été signés depuis l'implantation de la société fin 2018 à Angers. 

 

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