Grenelle des violences conjugales : son père avait tué sa mère, à Angers Françoise Le Goff veut un droit à l'oubli

Françoise Le Goff a vu sa mère mourir sous ses yeux, tué par son père, le 11 décembre 1982 / © Thomas SAMSON / AFP
Françoise Le Goff a vu sa mère mourir sous ses yeux, tué par son père, le 11 décembre 1982 / © Thomas SAMSON / AFP

Son père a tué sa mère sous ses yeux en 1982. Françoise Le Goff a participé ce mardi à une marche contre les féminicides, à l'occasion du lancement du "Grenelle des violences conjugales". Elle veut un droit à l'oubli pour que les enfants n'aient pas à subvenir aux besoins d'un parent maltraitant.

Par Fabienne Béranger

Quelques dizaines de personnes, en majorité des femmes habillées de noir, ont défilé ce mardi 3 septembre du cimetière de Grenelle aux abords de Matignon, à l'appel du collectif "Féminicide par compagnon ou ex".

En tête de la manifestation, Françoise Le Goff, qui regrette "un effet d'annonce", "on a déjà les solutions, alors pourquoi faire un Grenelle ?".
En 1982, Françoise Le Goff a assisté, en compagnie de sa soeur, au meurtre de sa mère par son père. Elle avait 10 ans.


"Notre père a eu 14 ans de prison. Nous, les enfants, nous avons pris perpétuité"

"Le 11 décembre 1982, notre père a assassiné notre mère sous nos yeux : 2 coups de fusil 22 Long Rifle dont le canon avait été scié. Séparés, malmenés notre chemin fut et reste difficile", écrit-elle sur le site sur lequel elle a publié une pétition demandant "à ce que systématiquement le parent responsable de la mort de l’autre parent soit déchu de ses droits parentaux".

"Notre père a eu 14 ans de prison. Nous, les enfants, nous avons pris perpétuité" - Françoise Le Goff

Le 21 novembre 2018, elle reçoit un courrier du conseil départemental du Maine-et Loire, lui demandant de participer aux frais d'Ehpad pour ce père meurtrier.
"Au moment où j'ai ouvert la lettre, j'ai su que je ne paierai rien. Il était hors de question que je verse un seul centime pour ce géniteur qui nous avait enlevé note mère", nous avait expliqué Françoise Le Goff en janvier dernier, "c'est juste inconcevable, c'est juste pas possible".

"Soit, c'est la loi, et il y a l'article 207 (cf encadré en bas de page, NDLR) que l'on pouvait saisir"mais "on s'immisce dans la vie des gens qui ont déjà un passé, une histoire horrible" et, avec un simple courrier "on vous rejette tout ce passé à la figure en vous disant : payez !"
 

Une proposition de loi

Françoise Le Goff se bat pour que l'article 207 puisse être invoqué à "n’importe quel moment de la vie, au moment où la personne s’estime prête".

Elle propose également un fichier national pour inscrire les parents indignes, ce qui éviterait que les enfants concernés reçoivent une lettre comme celle qu'elle a reçue du conseil départemental du Maine-et-Loire.

Pour les mineurs, la déchéance des droits parentaux n’est pas liée à l’obligation alimentaire et d’hébergement. Ce qui signifie qu’actuellement, même s’il y a déchéance des droits parentaux, un enfant aura toujours cette obligation alimentaire envers ses parents. 

Françoise Le Goff propose donc que cette déchéance des droits parentaux soient liées à l’obligation alimentaire et d’hébergement.

 

Obligation alimentaire, que dit la loi ?

L'article 205 du code civil indique que "les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin".

Cette obligation alimentaire à double sens s'applique des parents aux enfants, des enfants aux parents, ainsi qu'entre époux. La personne bénéficiaire de cette obligation alimentaire doit être dans le besoin.

Cependant, l'article 207 du code civil peut exonérer les enfants de cette obligation, dans le cas, notamment, de maltraitance des enfants par leurs parents ou si celui qui demande de l'aide a gravement manqué à ses obligations envers la personne à qui la loi réclame de l'aide.

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