Procès de Saïd Chabane : 18 mois de prison avec sursis requis à l'encontre du propriétaire du SCO d'Angers, poursuivi pour blanchiment en bande organisée

Longuement auditionné au tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) le 28 mars, le propriétaire du SCO d'Angers Saïd Chabane s'est défendu d'avoir blanchi de l'argent et d'être complice dans l'exercice illégale de la fonction d'agent de joueur. Le parquet a requis 18 mois avec sursis contre l'ex-président du club angevin.

18 mois de prison avec sursis ont été requis, ce 29 mars, à l'encontre de Saïd Chabane, au tribunal correctionnal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). L'ex-président du SCO d'Angers comparaît depuis le 25 mars pour complicité d'exercice illégal de la profession d'agent de joueurs.

Le procureur balbynien requiert de même jusqu'à un an de prison ferme pour les quatre autres prévenus. "J'ai l'impression que dans leur empressement à réussir par un vecteur éminemment respectable, surtout dans ce département, le sport, un vecteur d'émancipation sociale, ils ont cédé au mirage que nous avons tous en tête: le mirage de l'argent facile," a indiqué le représentant du ministère public dans son réquisitoire.

La veille, au cours d'une audition de deux heures par la cour, Saïd Chabane a contesté avoir illégalement exercé la profession d'agent et défendu le recours de son club à des recruteurs pour enrichir ses équipes en 2020.

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L'actuel propiétaire du SCO d'Angers est revenu sur le contexte de l'époque : pour "préparer l'avenir", le club angevin décide d'investir dans une équipe réserve avec les meilleurs éléments des U17 et U19, encouragé par la promesse de saisons fastes pour le foot français grâce au milliard d'euros pour les droits télé. Deux critères de recrutement sont alors mis en avant : les potentielles recrues doivent être libres de contrat et avec un potentiel de carrière.

Mais la faillite du groupe audiovisuel Mediapro fin 2020 douche les ambitions du SCO. "On se retrouve avec des budgets construits sur des recettes qu'on n'a pas", relate Saïd Chabane à la cour balbynienne.
Le chef d'entreprise reprend alors le contrôle de la dimension sportive du club. "Au lieu de valider seulement la phase finale, j'avais un regard étape par étape", détaille-t-il ce 28 mars.

C'est donc avec l'objectif de construire une équipe réserve solide que Saïd Chabane dit avoir fait appel à des recruteurs ou "scouts", chargés de repérer des jeunes pépites du ballon rond. Il a notamment été interrogé par le tribunal sur sa relation avec Jalal B., ancien judoka gravitant depuis des années dans le monde du football.

Jalal B., l'électron libre"

Ce personnage propose son carnet d'adresses au SCO d'Angers. "Ca tombait bien avec la création de la réserve", concède Saïd Chabane. Seulement voilà : la rémunération de Jalal B. pour ses services au sein du club a été évaluée à un peu plus d'un million d'euros.

Un temps, Jalal B. a été salarié du club comme recruteur. "Electron libre", d'après ses propres termes, il a démissionné. "Ça ne m'intéresse pas d'être agent, j'aime ce que je fais", a assuré l'homme de 40 ans devant la cour. Poursuivi pour exercice illégal de la profession d'agent, blanchiment aggravé et abus de biens sociaux, il a été requis contre lui deux ans de prison dont un avec sursis, ainsi que l'interdiction définitive d'exercer la profession d'agent sportif et de gérer une entreprise pendant 3 ans.

"Aujourd'hui, mon domaine à moi c'est « scout », le recrutement, détecter", explique Jalal B. Son rôle, répète-t-il, se limite à "passer les informations" dont il dispose et aider à la préparation physique et mentale des joueurs. "On récupère le jeune, on le fait travailler pour faire une vraie plus-value dessus et faire avancer le club", poursuit le quadragénaire. 

Pour le propriétaire du SCO, la collaboration avec Jalal B. a été très bénéfique pour le club. Sur les cinq à six joueurs amenés, "il me reste 20 millions d'euros de plus-value nette", jauge Saïd Chabane.

Cinq prévenus

Cinq personnes et trois sociétés sont poursuivies dans ce dossier. Outre Saïd Chabane et Jalal B., deux autres hommes, qui évoluent également dans le milieu du football ont été renvoyés pour exercice illégal de la profession d'agent. Deux ans de prison dont un avec sursis, l'interdiction d'exercer la profession d'agent et de gérer une entreprise pendant trois ans ont été requis à l'encontre du premier, Abdelkader K., 5 000 euros d'amende et l'interdiction définitive d'exercer la profession d'agent pour le second.

Le dernier prévenu, Lasana K., agent sportif licencié auprès de la Fédération française de football, est lui poursuivi pour complicité. Le procureur requiert contre lui deux ans de prison dont un avec sursis, l'interdiction d'exercer la profession d'agent et de gérer une entreprise pendant trois ans.

Tout l'enjeu, pour la cour, est de déterminer les contours des missions des uns et des autres. Celles-ci peuvent relever de celles de l'agent sportif, encadrées par la loi, ou de celles plus floues des recruteurs, qu'ils soient salariés ou arpentent en freelance les abords des terrains de foot. La pratique d'agent de joueur est soumise à l'obtention d'une licence délivrée par la Fédération française de football (FFF).

"Est-ce que l'agent reprend le travail fait par un autre et met sa signature [sur le contrat] parce qu'il a la licence ?", demande la présidente à Saïd Chabane. Cela correspond à une "partie de la réalité", lui répond l'ex-président du SCO d'Angers, actuellement dauphin de Ligue 2 derrière l'AJ Auxerre.

D'après la loi, la profession d'agent sportif consiste en la mise en relation entre des clubs de football, des sportifs et d'autres agents.  Ils perçoivent jusqu'à 10% des contrats signés par les joueurs. 
"Pour ce qui est de l'agent, la règle est définie", relève Saïd Chabane. "Pour le « scout », rien n'est défini".