"Un défi artistique fabuleux", entretien avec Thomas Jolly, nommé directeur artistique des cérémonies des Jeux Olympiques de Paris 2024

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Écrit par Olivier Quentin .

"J'ai la conviction que nous pouvons offrir au monde des images uniques en 2024" déclare le directeur du centre dramatique national Le Quai. Il nous confie sa fierté de diriger ces cérémonies qui seront suivies dans le monde entier.

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"C'est un choix audacieux et cohérent avec nos ambitions" déclare Tony Estanguet, le Président des JO 2024.

Thomas Jolly vient d'être nommé officiellement directeur artistique des quatre cérémonies d'ouverture et de fermeture des Jeux Olympiques et Paralympiques qui se dérouleront l'été 2024 à Paris.

Thomas Jolly, ancré à l'ouest

Ce Normand de 40 ans, né à Rouen, est le directeur du centre dramatique national d'Angers Le Quai depuis 2020. Passionné de théâtre depuis l'âge de 11 ans, sa formation de comédien le fait passer entre autre par l'école supérieure d'art dramatique du Théâtre National de Bretagne à Rennes. Il a fondé sa première compagnie professionnelle La Piccola Familia à 25 ans et se fait connaître par sa première création "Arlequin poli par l'amour" de Marivaux. A 33 ans, il reçoit le Molière de la meilleure mise en scène pour Henry VI de Shakespeare, une pièce de ... 18 heures !

C'est ce sens de la démesure qu'il va prochainement mettre en œuvre dans une nouvelle version de Starmania qui sera donnée à la Seine Musicale à Paris en novembre prochain avant de partir en tournée.

"Une énergie du populaire"

"Ses spectacles rassemblent tous les publics, c'est une énergie du populaire" dit-on dans son entourage. Des qualités qui ont séduit les organisateurs des JO de Paris lorsqu'il a fallu désigner le metteur en scène des quatre cérémonies, sur la Seine pour l'ouverture des JO, sur la place de la Concorde pour celle des Jeux Paralympiques et au Stade de France pour les deux cérémonies de clôture.

"Son parcours éclectique, ses réseaux internationaux, son audace artistique et sa capacité à créer de grandes fresques par des récits puissants sont de précieux atouts pour la direction artistique des cérémonies des Jeux Olympiques et Paralympiques" déclare la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak.

"Grâce à lui, à sa créativité et à son talent largement reconnus, écrit Anne Hidalgo, la maire de Paris, ces temps emblématiques de Jeux seront l'occasion pour Paris de rayonner dans le monde entier."

On décrit effectivement Thomas Jolly comme étant en recherche d'une approche artistique monumentale. Les cérémonies des JO d'été devraient lui donner l'occasion d'exprimer son talent.

"Un défi artistique fabuleux"

"C'est une immense joie, déclare Thomas Jolly, un immense honneur et je pèse mes mots parce que pour le metteur en scène et acteur de théâtre public que je suis et directeur du seul centre dramatique des Pays de la Loire, Le Quai, à Angers, quand il s'agit de s'adresser au plus grand nombre, ce qui est ma mission au quotidien, tout à coup, il faut s'adresser au monde entier ! Et raconter quelque chose de notre pays au monde entier. C'est un défi artistique fabuleux. Ça n'arrive qu'une fois par siècle, les derniers JO d'été, c'était 1924. C'est mon tour !" 

Je dois aussi rendre hommage à cette belle maison qu'est Le Quai. C'est cette démarche-là qui a attiré les regards sur moi.

Thomas Jolly

Carte blanche

Thomas Jolly nous dit n'avoir pas candidaté pour cette prestigieuse mission. Il nous confie avoir été approché à la fin du printemps dernier par Tony Estanguet, le Président de Paris 2024 et Thierry Reboul, le directeur des cérémonies. Ont suivi plusieurs étapes de discussion qui l'ont amené à rencontrer la maire de Paris, la Ministre de la Culture et même le Président Emmanuel Macron. "J'ai été choisi à l'unanimité, ce qui m'honore d'autant plus" avoue le metteur en scène.

Le désormais Directeur Artistique des cérémonies des JO d'été Paris 2024 dit avoir carte blanche mais devra faire tout de même avec quelques contraintes et notamment les scènes qui lui ont été désignées : la Seine, la place de la Concorde et le Stade de France.

"Il faut inventer le récit"

"La première chose que j'ai proposée, dit-il, c'est de se concentrer sur l'échafaudage du récit car, avant de savoir ce qu'on va faire, il faut savoir ce qu'on va dire. Il faut inventer le récit. Paris accueille le monde entier et la France s'adresse au monde entier donc il faut savoir ce qu'on a envie de dire. La piste que j'ai envie de proposer, c'est que la France est un récit qui s'est construit au fil de l'histoire, un récit mouvant. Ce récit dit que la France reçoit depuis toujours les influences du monde entier, les cultures du monde entier et qu'elle influence elle-même les cultures du monde entier. Je ne suis pas pour une démonstration de puissance mais plutôt pour une histoire des idées. Comment la France a insufflé au monde ou reçu du monde les idées du vivre ensemble. J'avais intitulé mon projet "Les Jeux, un nous", c'est un peu ça que j'ai envie d'envoyer comme message au monde."

Il m'appartient de rentrer dans les contraintes que les JO 2024 me donneront.

Thomas Jolly

Pour ce spectacle mondial, Thomas Jolly devra s'entourer. "J'ai très envie, dit-il, de transmettre ce rêve à ce que la France compte d'incroyables talents dans tous les domaines, la musique, le cirque, le théâtre, la chorégraphie, le cinéma, la mode aussi. Et de pouvoir faire aussi de ces cérémonies une grande célébration de la création, de l'innovation artistique française. J'espère une rencontre entre le patrimoine, la création, l'innovation et l'histoire."

On peut penser que le cerveau du metteur en scène est déjà en ébullition même s'il est encore mobilisé par le remake de Starmania qui lui tient à cœur.

"Je ne dors pas beaucoup" avoue-t-il en riant.

A ceux qui s'élèvent déjà contre la démesure de ces jeux et des cérémonies, il répond qu'il s'agit d'argent privé, "sauf, dit-il pour les infrastructures qui seront créées pour les Jeux Olympiques et qui seront pérennes et tout le monde pourra ensuite les utiliser."

"On peut faire du grandiose en étant écologiquement responsable" tient-il à préciser.

En attendant, l'intérim sur la scène dramatique d'Angers se prépare. Et après les JO ? Thomas Jolly dit vouloir continuer de faire du théâtre, de l'opéra et, espère-t-il, un jour, du cinéma.

Les JO en chiffres 

1er événement sportif du monde avec 10 500 athlètes olympiques et 4 350 paralympiques.

13 millions de spectateurs et 4 milliards de téléspectateurs dans le monde.

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