INTERVIEW. La Vie de ma mort : une nouvelle BD de l'Angevin Fortu pour les bons vivants et les autres

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Écrit par Eric Guillaud

Un bon brossage des dents, un coup de peigne et voilà nos amis les zombies fin prêts pour de nouvelles aventures croquées par l'auteur saumurois Fortu. De quoi retrouver le sourire, même dans un monde de brutes épaisses.

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Nous l'avons découvert en 2016 avec l'album Saudade, recueil d'histoires courtes inspirées de sa vie, retrouvé en 2020 alors qu'il croquait le confinement sur Instagram, il est de retour avec un petit format paru aux éditions Delcourt délicieusement baptisé La Vie de ma mort. L'auteur y décrit le quotidien d'une famille de morts-vivants, un père, une mère et deux ados, prête à tout pour s'intégrer dans la société des vivants, même si les vieux réflexes reprennent vite le dessus. Des histoires courtes d'une ou deux pages à mourir de rire. Un bon bol de sang frais et Fortu nous dit tout ici et maintenant...

Fortu, peux-tu tout d’abord nous confirmer que tu es un véritable auteur de BD et non un mort-vivant ?  

Fortu. Je comprends bien ton inquiétude et je vais te le prouver : je n’aime toujours pas la viande saignante, contrairement aux morts-vivants :)  

Où et quand as-tu rencontré tes premiers morts-vivants ?

Fortu. Je pense que ma première rencontre avec des morts-vivants s'est produite dans les années 80 à la télévision, avec le film "Jason et les argonautes", les sublimes effets spéciaux de Ray Harryhausen ont marqué mon imaginaire et nourri ma passion pour les histoires d’aventures et de science-fiction. 

La série The Walking Dead à laquelle tu fais quelques clins d’œil dans cet album est selon toi une œuvre majeure pour les amateurs de zombies ?

Fortu. Pour les amateurs peut-être pas, mais pour le grand public oui. Avant le phénomène Walking Dead, le zombie n’avait pas encore sa place parmi « l’élite » de nos créatures imaginaires et terrifiantes. Les vampires, Loups garous, étaient à juste titre, les personnages les plus populaires, ils offrent une diversité de comportement plus riche que nos pauvres morts-vivants. Avant la BD, il y a eu les films de Georges A. Romero qui ont permis de poser les bases de la mythologie des morts-vivants. Walking Dead a rendu célèbre aux yeux du monde entier nos zombies. Il n’y a qu'à voir tous les films, BD, séries qui se multiplient sur cette thématique, le zombie est devenu un héros pop !  

On retrouve dans La Vie de ma mort la même composition familiale que lorsque tu croquais le confinement, à savoir un père, une mère, une fille et un garçon. De quoi en faire une famille tout à fait ordinaire, avec des bouts de chair en moins ?

Fortu. Je ne vais pas chercher loin mon inspiration, je me base sur ma propre petite famille, c’est plus facile de parler de problèmes d’adolescents lorsque j’en ai une à la maison. Pour une famille de zombie qui cherche à s’intégrer, c’est logique pour moi de rencontrer les mêmes difficultés qu’une famille normale. 

Ordinaire au point qu’elle fait son possible pour être acceptée et intégrée dans notre société. Pas facile quand même pour des gens qui mangent de la chair humaine…  

Fortu. Non effectivement, c’est pourquoi j’essaye toujours de me dire: qu’est-ce qui pourrait être le plus plausible possible, comment pourrions-nous accepter cette différence ? Si des zombies existaient, que pourrions-nous mettre de côté dans nos modes de vie ? C’est pour ça que le papa travaille dans un cimetière, il ne tue personne, il se sert simplement. C’est un peu un geste écoresponsable :)

L'humour permet on le sait d'aborder des thèmes sociétaux sérieux, parfois graves. Ici, tu abordes bien évidemment l'intégration, la discrimination, les préjugés. Ce sont des thèmes qui te tiennent particulièrement à cœur ?

Fortu. Je ne peux pas nier que ces thématiques me touchent tout comme je ne peux pas l’expliquer: peut-être que cela vient de mon éducation avec un papa d’origine Portugaise et une maman Française ? Ce qui est sûr, c’est que ce n’était pas une volonté affichée dès le départ, c’est en moi, déjà sur mon album « Saudade » certaines histoires abordaient l'intégration. Sur La Vie de ma Mort, elles sont venues naturellement.  

C'est plus facile selon toi de les aborder par l'humour ?

Fortu. Je pense qu'effectivement c’est plus simple de passer des messages avec l’humour, je ne juge pas et ne fait aucune morale, je ne culpabilise personne de cette façon. Mais peut-être que la plaisanterie permettra d’ouvrir une petite brèche dans certains esprits et si elle peut faire évoluer quelques mentalités ce serait déjà pas mal.

On a l'impression que ces zombies sont pour toi une source intarissable de gags. Où trouves-tu l'inspiration ?

Fortu. Comme je te le disais plus haut, mon inspiration vient de ma famille, de mon quotidien, de mes amis de mes relations. Je n’ai juste qu’à m’imaginer zombie pour réfléchir à ce qui pourrait être contraignant dans cette société de vivants.

Côté graphisme, ton cœur a toujours balancé entre le dessin réaliste et le dessin humoristique. Tu as opté ici pour un dessin plutôt réaliste, totalement épuré, qui rappelle un peu Saudade. Quelles ont pu être tes influences ?

Fortu. C’est compliqué de te donner des références, comme je travaille seul j’adapte mon dessin à ce que je veux raconter. Saudade, c’était un livre plus dur et mon style humoristique ne collait pas, mes petites histoires de familles marchent bien avec le style humoristique et sont rapides à faire. Pour La vie de ma mort, même si c’est de l’humour, je pense que le style réaliste était la meilleure solution et la plus adaptée: avec un autre dessin, j’aurais perdu en efficacité.  

Une BD sur les morts-vivants et après ?

Fortu. Bonne question, pour le moment je n’ai rien de prévu, quelques planches sur la « La Vie de couple » devraient paraitre dans Fluide Glacial, rien que ça je suis super content. J’aimerais bien faire la suite de mes zombies mais là encore c’est trop tôt. Sinon on peut suivre mon actualité sur mon Instagram.

Merci Fortu

Propos recueillis le 10 mars 2022

La Vie de ma mort, de Fortu. Éditions Delcourt. 10,50€

Si vous habitez près de Saint-Nazaire, sachez que le Fort de Villès-Martin accueillera une exposition du 19 mars au 3 avril, notamment consacrée à Fortu et à son travail. Plus d'infos ici.

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