Maine-et-Loire : pour cacher son déficit, un hôpital falsifiait ses données

La Cour des comptes a rendu son rapport mercredi 7 février. Elle y pointe les endettements de plus en plus lourds des hôpitaux. Et particulièrement celui de Longué-Jumelles, dans le Maine-et-Loire, qui aurait faussé des informations médicales pour camoufler un gros trou dans sa trésorerie.

Par Baptiste Gouret

Chaque année à la même période, la Cour des comptes publie son rapport, pointant certaines dérives dans la gestion de l'argent public. Mercredi 7 février, le rapport 2018 a été dévoilé. La Cour des comptes n'a pas manqué d'épingler les hôpitaux publics, dont un tiers étaient "en situation d'endettement excessif" en 2015. Mais l'un d'entre eux est particulièrement visé. La Cour des comptes consacre en effet tout un chapitre au centre hospitalier de Longué-Jumelles, dans le Maine-et-Loire. Avec comme titre : "Un établissement en survie artificielle".

"Aucune donnée fiable"


La raison de cette colère : l'établissement, qui accueille essentiellement des personnes âgées de plus de 80 ans, aurait pendant plusieurs années masqué son énorme déficit en présentant des données faussées aux instances de contrôle. "Le nombre de lits ouverts annoncés par l'hôpital est différent du nombre de lits financés", pointe la Cour des comptes. L'hôpital aurait également prolonger la durée de séjour des patients en service de soins, alors qu'ils relevaient d'une prise en charge en Ehpad ou service longue durée. 

Depuis 2011, la durée de séjour a en effet bondi de 40 % au sein de l'hôpital bien que le "niveau de dépendance des patients soit stable et que leur nombre baisse". Même chose pour le personnel : selon la Cour des comptes, "aucune donnée n'est fiable entre le nombre d'agents affichés et le montant des charges de personnel". En bref, l'hôpital a falsifié toutes ses données pour éviter de voir ses comptes figés par les pouvoirs publics.

Une reconstruction à 26 millions d'euros


Également au coeur du différend entre l'hôpital et la Cour des comptes, le projet de reconstruction de l'établissement, en 2012. Malgré les demandes de prêt rejetées par les banques et le département, le centre hospitalier de Longué-Jumelles n'hésite pas à démarrer la construction dès 2013. La direction décide de publier les appels d'offres avant même de recevoir la décision de l'Agence régionale de la santé (ARS), pourtant nécessaire au lancement du projet. Le coût total : 26 millions d'euros. Mais en 2015, la trésorerie de l'hôpital se retrouve à sec. Les travaux lancés en 2014 sont stoppés. Pour ne pas voir l'hôpital disparaître, l'ARS finit par verser la différence au compte-goutte.

Conséquence, la dette de l'hôpital explose : sa durée de désendettement est estimée à 117 ans ! Contre 20 ans en 2012. Les tarifs de la journée d'hospitalisation devrait donc augmenter, au détriment des patients... Pire encore, la Cour des comptes considère que ce nouvel établissement n'est pas utilisé convenablement et affiche une "qualité de la prise en charge des patients non-garantie".  Au risque pour l'hôpital d'être victime d'une "fermeture pure et simple". Seules alternatives, selon la Cour des comptes : transformer l'hôpital en Ehpad ou le fusionner avec le centre hospitalier de Saumur, à 20 km. Mercredi 7 février, la direction de l'hôpital de Longué-Jumelles n'a pas souhaité communiqué. Elle publiera une réaction dans les jours prochains.

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