Coronavirus : l'expérience du Mayennais Romain Charles qui a vécu un an et demi en confinement pour le projet Mars 500

Romain Charles lors du projet Mars 500, confiné avec cinq autres personnes pendant un an et demi. / © ESA
Romain Charles lors du projet Mars 500, confiné avec cinq autres personnes pendant un an et demi. / © ESA

En voilà un à qui le confinement n'a pas fait peur, et pour cause, Romain Charles est ce Mayennais qui avait été sélectionné en 2010 pour faire partie du projet Mars 500. Une expérience de confinement qui a duré un an et demi afin de préparer un voyage sur Mars.

Par Olivier Quentin

Petit rappel : la mission Mars 500 avait été initiée par l'Institut des Problèmes Biomédicaux (qui appartient à l'académie des sciences de Russie) pour tester les capacités d'une équipe à supporter le confinement lors d'un long voyage spatial, objectif Mars.

L'Agence Spatiale Européenne ainsi que le centre d'entraînement des astronautes chinois s'étaient associés à cette expérience qui se fit en plusieurs fois. Tout d'abord, deux premiers séjours de deux semaines puis un test sur 105 jours et enfin la grande expérience sur 520 jours.

C'est pour cette dernière étape que le Mayennais Romain Charles avait été sélectionné. Passionné par l'aventure spatiale, Romain avait répondu à un appel à candidature lancé par l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Il travaillait alors dans le secteur automobile.
 

Cinq sélectionnés parmi onze

Son niveau bac+5, sa très bonne connaissance de l'Anglais et sa bonne santé lui permettaient de candidater. La suite : des entretiens et un entraînement qui devait permettre de tester la façon dont les postulants interagissaient entre eux. L'optimisme et la créativité de Romain ont séduit.

Ils étaient 11 candidats, il n'en resta que cinq dont Romain Charles.

Le jeune homme qui avait alors 30 ans fut donc "embarqué" avec trois Russes, un chinois et un Italo-Colombien.

C'était le 3 juin 2010, Romain ne serait de retour que le 4 novembre 2011. 
Romain lors du projet Mars 500. "Toujours avoir quelque-chose à faire pour éviter l'ennui et les idées noires." / © ESA
Romain lors du projet Mars 500. "Toujours avoir quelque-chose à faire pour éviter l'ennui et les idées noires." / © ESA
Voilà pourquoi, en ce mois de mars 2020, l'expérience qu'à connu Romain Charles 10 ans plus tôt revêt un nouvel intérêt. Et l'homme en sourit : "J'ai été beaucoup sollicité, dit-il amusé, pour parler de mon expérience."

Dans leur faux vaisseau spatial basé à Moscou lors du projet Mars 500, les six aventuriers avaient un module de vie de la taille d'un bus. Alors le confinement, il connaît. 

Confiné aujourd'hui dans son appartement de Cologne, en Allemagne, Romain ne se plaint pas.

"J'ai l'impression d'être très chanceux, dit-il, de très bien vivre par rapport aux conditions de Mars 500, c'est très confortable. Je suis avec ma femme, l'appartement à des fenêtres (ce que n'avait pas le module), on a internet..."

Déjà, à l'époque, Roman avait appliqué un conseil que lui avait donné un ami sous-marinier : "toujours avoir quelque-chose à faire, se souvient-il, pour arriver à la fin de la journée avec la sensation de n'avoir pas eu le temps de tout faire et avoir des projets pour le lendemain."

Car, en confinement, l'ennui selon lui, peut être propice aux idées noires.
 

"Je garde le rythme de ma journée de travail"

L'autre conseil de son ami sous-marinier : garder un cycle régulier jour/nuit pour rester en phase avec les autres. "Je me levais tous les jours à la même heure, précise Romain, et aujourd'hui, je garde le rythme de ma journée de travail."

Romain qui est aujourd'hui salarié de l'Agence Spatiale Européenne, est en télétravail dans son appartement. Il peut sortir, car en Allemagne, il n'y a pas besoin d'attestation de déplacement dérogatoire, on compte sur le civisme de chacun. Alors Romain, comme les autres, reste au maximum confiné chez lui.

Ce que Mars 500 lui a appris, c'est qu'on a besoin de routine pour pouvoir avancer chaque jour dans ses tâches "Mais cette monotonie, reconnait-il, peut se transformer en ennui, il faut la casser pour regagner de l'énergie."

C'est ainsi que l'équipage à l'intérieur du bus-module, appréciait de fêter les anniversaires, se faire des cadeaux, fêter Halloween. Ce jour-là, ils s'étaient tous déguisés et avaient gardé leur déguisement pour travailler.
"Il y a eu des moments de tension" Romain Charles. / © ESA
"Il y a eu des moments de tension" Romain Charles. / © ESA
"Il y a eu des moments de tension, se souvient-il, mais ça n'a jamais été jusqu'au conflit. On en parlait, on se le disait et on acceptait les remarques des autres".

Mais c'est plus difficile dans une famille reconnaît Romain. Dans une équipe internationale, on sait que les autres sont différents. Dans une famille, on imagine que les autres doivent penser comme soi.

"Il faut se rappeler que cette situation est temporaire, on sait que ça va finir. J'ai appris de Mars 500 qu'il faut vivre dans le présent, se concentrer sur sa journée et au maximum les deux ou trois jours à venir, pas au delà."
 

"Il faut se souvenir de pourquoi on fait ça"

Grâce à cette expérience, Romain a pu réaliser son rêve : travailler pour l'Agence Spatiale Européenne. Il est ingénieur support des spationautes européens. Sa mission est de faciliter leur vie quotidienne lorsqu'ils sont en phase de préparation des missions. Romain gère, entre autres, les relations avec les familles. 

"Il faut se souvenir de pourquoi on fait ça, pourquoi on reste confiné. Pour protéger nos familles, nos amis, nos voisins."

Depuis 2011 et son retour de Mars 500, Romain est resté en contact avec les autres membres de cet équipage expérimental. "On est devenus de vieux amis" dit-il.







 

Sur le même sujet

Les + Lus