Noël 2023. Les 12 bandes dessinées à glisser sous le sapin le plus proche

Ça commence sérieusement à sentir le sapin ! Alors, on révise la chansonnette, on prépare sa lettre et on jette un œil à cette sélection, douze BD récentes qu'on a adorées. De l'aventure, du fantastique, de l'autobiographie, du western, il y en a pour tous les goûts. À vous de choisir...

Les belles histoires du dimanche
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1. Beau comme du Rimbaud

Tout le monde connaît, au moins de nom, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. Beaucoup moins Germain Nouveau qui mourut en 1920 bien après les deux premiers sus-cités et fût lui aussi poète et qui plus est poète maudit. Pourtant, Germain Nouveau aurait sa part, une part de mystère, dans Les Illuminations, une pièce maîtresse de la poésie française d'Arthur Rimbaud, certains prétendant même qu'il en aurait écrit tout ou partie.

Une chose est certaine, entre 1872 et 1877, les trois poètes que l'on distingue sur la magnifique couverture de cet album sous le titre des Illuminés se sont croisés, admirés, aimés, Verlaine et Nouveau partageant tour à tour les faveurs de Rimbaud, le tout sur fond de génie et d'absinthe. Ils ont aussi été les dépositaires puis les passeurs du manuscrit des Illuminations qui finira par être publié partiellement en 1886 et dans son intégralité en 1895. 

C'est cette histoire incroyable, d'amour, d'amitié, d'écriture, de création, de passion, que raconte l'album de Laurent-Frédéric Bollée (La Bombe...) et Jean Dytar (#J'Accuse...), un moment de vie pour les trois hommes, un moment d'éternité pour la littérature française et au final un album beau comme du Rimbaud, admirablement mis en images avec un trait épais et expressif et un procédé narratif qui permet au lecteur (sans devenir chèvre !) de suivre en parallèle la vie de nos trois protagonistes.  Éblouissant !

Les Illuminés, de Dytar et Bollée. Delcourt. 29,95€

2. Hommage à Jules Verne

Quatorze années se sont écoulées depuis le dernier volet de la série culte des Cités obscures lancée en 1982 par le tandem Schuiten et Peeters, autant dire une éternité ! L'éternité, justement, était au centre de ce récit qui se déroulait à Taxandria et mettait en scène un enfant, le tout dernier, dans un monde en ruine, dévasté, ravagé, où le temps s'était définitivement figé.

Souvenirs de l'éternel présent, tel était son titre, était une bande dessinée contrairement à ce nouvel opus intitulé Le retour du Capitaine Nemo, que les auteurs ont voulu à l'image des livres illustrés des œuvres de Jules Verne aux éditions Hetzel. Un texte sur la page de gauche, un grand dessin pleine page à droite, un dessin fait de milliers de traits, des hachures fines en noir et blanc et en couleurs et une volonté affichée de procurer une véritable émotion sensorielle. Un héros mythique, un imaginaire débridé à la Jules Verne, un livre magnifique et au final une série hors norme !

Le retour du capitaine Nemo, de Schuiten et Peeters. Casterman. 26€

3. Chevalier errant

Ils nous avaient subjugués avec leur adaptation de L'enfer de Dante aux éditions Daniel Maghen, les Frères Brizzi sont de retour avec l'adaptation d'un autre grand classique de la littérature mondiale, et en l'occurrence cette fois espagnole, l'intemporel Don Quichotte de la Manche de Cervantès, écrit au 17ᵉ siècle.

Et quelle adaptation ! Un graphisme à couper le souffle, un trait façon croquis, vif, nerveux, des planches libérées du carcan de la case, ponctuées d'illustrations pleine page, parfois en couleurs, bref de quoi plonger pleinement dans ce roman de chevalerie, et de rire, c'est le but, des aventures truculentes de Don Quichotte, de ses combats contre les géants, les monstres, les fantômes et plus souvent les moulins à vent. Exceptionnel !

Don Quichotte de la Manche, de Paul et Gaëtan Brizzi. Daniel Maghen. 29€

4. Ruée vers l'or 

Ambiance fin du monde à Barro-City où il pleut depuis maintenant des semaines. Une pluie diluvienne qui transforme les rues en torrent de boue sans pour autant faire baisser la fièvre qui s'est emparée de la petite ville depuis qu'un stock d'or a été déposé dans un des coffres de la banque. Un sacré stock d'or ramené du Mexique par le Bouncer et destiné à être remis aux autorités. Mais en attendant, le trésor va attiser les convoitises des pires crapules que comptent les États-Unis d'Amérique. Et le Bouncer dans tout ça, malgré sa réputation de fin tireur, aura bien du mal à éviter le bain de sang…

Quand deux immenses auteurs du neuvième art tels que François Boucq, Grand Prix de la ville d'Angoulême en 1998 (Bouche du diable, Face de Lune...) et Alejandro Jodorowsky, réalisateur et scénariste de BD (L'Incal, John Difool, La Caste des Méta-Barons...) croisent leurs plumes et pinceaux, on peut s'attendre au meilleur. Et Bouncer, lancée il y a un peu plus de 20 ans maintenant, est l'une des grandes séries du genre, un western crépusculaire, violent, sans concession, impitoyable, qui laisse entrevoir toute la noirceur de l'âme humaine.  Cultissime !

Hécatombe, Bouncer tome 12, de Boucq et Jodorowsky. Glénat. 24,95€

5. Ciel! Mes bijoux!

Classique parmi les classiques, l'album Les Bijoux de la Castafiore nous revient dans une nouvelle version ou plus exactement dans une ancienne version, la version du journal Tintin dans les pages duquel les planches trouvèrent refuge du 4 juillet au 4 septembre 1962. L'idée ? Retrouver les couleurs d'origine, celles réalisées par Hergé et ses coloristes, retrouver également le dessin et la calligraphie des textes avant les retouches faites pour la parution de l'album en 1963.

Résultat ? Des couleurs un peu plus chaudes, des petites phrases au dessus de chaque planche, quelques changements graphiques qui vous permettront de jouer au jeu des 7 erreurs et un dossier très intéressant sur cette aventure, pour la première fois sédentaire, sur le travail de documentation d'Hergé, sur le travail de restauration à partir des bleus de l'époque... et bien évidemment une histoire à re-dévorer. Intemporel !

Les bijoux de la Castafiore, d'Hergé. Casterman. 16,95€

6. Affreusement bestial

Vous pensiez connaître l’animal sur le bout des griffes ? Avec Zidrou et Frank Pé en nouveaux maîtres, vous pourriez bien être surpris. Prévu en deux volumes, La Bête nous dévoile un Marsupilami beaucoup plus sauvage et réaliste dans le contexte des années 50 encore marquées par la deuxième guerre mondiale…

L’histoire commence un peu comme celle de King Kong, une bête sauvage ramenée vers la civilisation dans la cale d’un cargo. Sauf que la destination n’est pas New York, mais Anvers en Belgique, et que la bestiole n’est pas un gorille. Elle ne ressemble à vrai dire à rien de connu. Singe jaune à pois noirs ? Léopard mal fichu ? Ours affublé d’une queue de huit mètres de long ? Pas le temps de trouver une réponse que l’animal s’enfuit.

C’est un jeune gamin de Bruxelles qui finit par le recueillir. François de son prénom, Franz pour les mauvaises langues qui lui font payer les amours illicites de sa mère pendant la guerre, a une passion pour les animaux, surtout les éclopés comme lui, au point de transformer l’appartement de sa mère en une véritable Arche de Noé. Mais François n'est pas le seul à s'intéresser à l'animal…

Oubliez les peluches que vous enlaciez tendrement pour vous endormir enfant, ce Marsupilami-là est finalement assez éloigné de la création d’André Franquin même s’il a gardé son pelage tacheté, sa queue démesurée et ses Houba! de circonstance. Le Marsupilami de Zidrou et Frank Pé est foncièrement plus brut de décoffrage et ses aventures plus réalistes. Le premier volet nous avait bluffé, le second est à couper le souffle !

La Bête tome 2, de Frank Pé et Zidrou. Dupuis. 35€

7. Un Miyasaki sur papier

On ne pouvait décemment pas passer à côté de cet album dans notre sélection de Noël même s'il ne s'agit pas d'une œuvre récente. Le Voyage de Shuna, tel est son nom, date en effet des années 80 du siècle précédent, mais elle vient tout juste et pour la première fois de paraître en France sous pavillon Sarbacane nous permettant de découvrir enfin une œuvre de jeunesse et néanmoins majeure de Miyazaki, maître parmi les maîtres, mangaka, animateur, réalisateur, scénariste et producteur, responsable devant l'éternité de quelques chefs-d'œuvre intergalactiques de l'animation tels que Mon Voisin Totoro, Porco Rosso, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro ou encore Le Garçon et le héron récemment sorti en salles.

Conte initiatique et épique de près de 150 pages, Le Voyage de Shuna n'a pas la forme d'un manga classique, plutôt celle d'un emonogatari, un livre illustré avec de nombreux dessins en pleine page ou sur double-page. On y retrouve Shuna, le prince d'un royaume pauvre et oublié de tous, parti à la recherche de l'Eldorado, une contrée lointaine où les céréales feraient, selon un voyageur solitaire venu mourir dans son village, onduler les plaines en vagues fertiles. Le trait et les couleurs à l'aquarelle sont d'une grande sensibilité, d'une grande poésie, et les thèmes abordés tels que l'enfance, la guerre, la nature, annoncent le Miyasaki des prochaines années. Valeur sûre ! 

Le Voyage de Shuna, d'Hatao Miyazaki. Sarbacane. 25€

8. Une vie américaine

Après avoir acquis une partie des droits de ses œuvres en langue française et réédité dans la foulée quatre albums parmi lesquels les fameux Ghost World et Patience, les éditions Delcourt publient pour Noël un inédit de Daniel Clowes baptisé Monica, album vertigineux qui signe le grand retour de l'auteur américain simultanément des deux côtés de l'Atlantique.

Cinq années auront été nécessaires pour boucler ce petit chef-d'œuvre graphique et scénaristique, cinq années pour dérouler la vie de son héroïne éponyme dans un chapelet de chapitres interconnectés et inspirés par ses propres souvenirs personnels.

Tout commence dans la jungle vietnamienne avant la naissance de Monica pour se terminer dans une ville de villégiature en Californie. Et entre les deux ? Une vie passée à la recherche d'un père inconnu et d'une mère qui l'a abandonnée, une romance en même temps qu'une satire sociale, le tout raconté à la manière de Daniel Clowes, avec un trait élégant rehaussé de couleurs pop et une touche d'étrangeté, de surnaturel, qui peut parfois dérouter le lecteur non averti et enthousiasmer le fan de base.

Monica, de Daniel Clowes. Delcourt. 21,90€

9. Nouveau western

On connaissait Christian Rossi pour ses talents de dessinateur. Le Cycle des deux horizons sur un scénario de Makyo, JIm Cutlass avec Jean Giraud, W.E.S.T.  avec Xavier Dorison et Fabien Nury ou encore La Ballade du soldat Odawaa avec Cédric Apikian sont autant de récits qui lui ont permis de mettre en avant sa générosité graphique, son sens de l'observation et d'assouvir sa passion pour la BD de genre, notamment le western.

Mais cette fois, Christian Rossi se fait auteur complet, s'emparant à la fois de la plume et des pinceaux, pour nous offrir au final une formidable chevauchée à travers plaines et montagnes, quelque part à la frontière des États-Unis et du Mexique. À travers cette fiction qui convoque tout de même Geronimo et Lozen, deux figures historiques apaches, Christian Rossi a souhaité mettre en avant la complexité, la richesse, la puissance des peuples primitifs et contribuer à leur réhabilitation. C'est aussi un hymne à la nature avec ces merveilleux décors de l'Ouest américain.

Golden West, de Christian Rossi. Casterman. 34,90€

10. Autobiographie intime

Avant de vous lancer dans la lecture de cet album, assurez-vous d'être un moment au calme, car non seulement l'ouvrage fait plus de 400 pages, mais il est très difficile de s'en détacher. À la plume comme aux pinceaux, Fabrice Neaud, un auteur qui a mine de rien marqué l'histoire de la bande dessinée en co-fondant la maison d'édition Ego comme X et surtout en signant Journal, une autobiographie volumineuse parue en 4 volumes entre 1996 et 2002 que beaucoup considèrent comme une œuvre majeure dans la bande dessinée francophone.

Il y décrit avec précision, sans la moindre censure et avec la ferme volonté d’aller plus loin que ce qui s’était fait jusque-là en bande dessinée, sa quête personnelle de l’amour, les coups d’un soir, les coups qu’il aurait souhaité plus durables, sa passion pour le dessin, son regard sur la création, son quotidien de précaire, sa vie d’homo, les railleries, les hypocrisies, l’homophobie, les violences parfois… livrant toute son âme brute, tous ses doutes, ses peurs, ses rêves au regard du monde, ou du moins au regard du monde du neuvième art.

Le Dernier sergent paru en cette fin d'année 2023 est en quelque sorte une suite même si la lecture des précédents albums n'est pas nécessaire à sa bonne compréhension. Fabrice Neaud y relate sa vie entre 1998 et 2002, ses amours, ses emmerdes, sa famille, la mort de sa sœur et de son père, le sida, son travail d'auteur, Antoine, le fameux dernier sergent dont il tombe amoureux... offrant une nouvelle fois une radiographie de notre monde.

Les Guerres immobiles, Le Dernier sergent tome 1, de Fabrice Neaud. Delcourt. 34,95€

11. L'Amérique masquée

Bienvenue dans le monde le plus tordu et le plus impitoyable qui soit : celui des comic books. La phrase n'est pas de votre serviteur mais d'un protagoniste de L'Illusion magnifique, histoire écrite par l'auteur italien Alessandro Tota. Nous sommes à la fin des années 30 à New York. Tandis que l'Europe se dirige tout droit vers la guerre, l'Amérique veut encore se croire à l'abri avec ses super-héros masqués, Superman et Batman en tête, tout juste nés de la plume et des pinceaux de quelques auteurs de génie. Le comic book est à la mode, une aubaine pour Roberta Miller fraîchement débarquée de son Kansas natal.

Après avoir connu un temps la misère et fréquenté les milieux communistes, Roberta Miller s'associe à Frank Battarelli, un peintre raté et de mauvaise réputation, pour concevoir les aventures de Dogman. C'est le succès ! Mais la jeune femme découvre la dure loi du capitalisme, la condition des artistes, exploités, dépossédés de leurs droits, jetés comme des malpropres. Elle découvre aussi l'amour et son homosexualité.

Prévu en deux volumes, L'Illusion magnifique raconte l'âge d'or des comic books et à travers lui une histoire des années 30, marquée par le triomphe du capitalisme et l'essor du communisme, une histoire rigoureusement documentée et merveilleusement mise en images dans un style plutôt classique, mais très séduisant, avec un petit côté suranné qui rappelle les vieux comics. L'illusion magnifique du rêve américain !

L'Illusion magnifique, Livre 1 - New York 1938, de Alessandro Tota. Gallimard BD. 29,90€

12. De toutes les couleurs

Bienvenue dans la mégalopole de Bourne. Un monde qui ressemble en apparence au nôtre, mais un monde dans lequel les couleurs de peau déterminent les classes sociales. Les jaunes sont les plus riches, les bleus les plus pauvres et au milieu, les rouges forment la classe moyenne. Chacun son quartier, chacun ses amis, chacun son école, chacun sa vie. Et sa religion ! Les Soustractifs pensent que le mélange pourrait entraîner un désastre universel, les Additifs eux croient à l'arrivée d'un sauveur et à l'unification de toutes les couleurs.

Mais dans ce monde rongé par le racisme et la ségrégation, une troupe bariolée s'est formée. Des bleus, des rouges, des jaunes avec l'envie commune de partager leur jeunesse, de grandir ensemble et de faire bouger les lignes... jusqu'à la mort de l'un d'entre eux.

Vingt ans plus tard, chacun a fait sa vie avec parfois des trajectoires inattendues, mais la police, qui relance une enquête autour de "la tragédie du bord de mer", un incendie dans lequel périrent de nombreuses personnes, contraint chacun à replonger dans ce passé.

Sur plus de 470 pages, ce récit de l'Italienne Lucia Biagi situé quelque part entre le polar social et la SF dystopique, s'empare des grandes thématiques qui agitent notre société contemporaine telles que la discrimination.

Cyan, de Lucia Biagi. ça et là. 26€

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