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Notre-Dame-des-Landes : ce que l'on sait des 5 personnes interpellées sur la ZAD

Les personnes arrêtées faisaient partie des porteurs de projets agricoles et artisanaux sur l'ancienne ZAD de Notre-Dame-des-Landes. / © Christophe François - France 3 Pays de la Loire
Les personnes arrêtées faisaient partie des porteurs de projets agricoles et artisanaux sur l'ancienne ZAD de Notre-Dame-des-Landes. / © Christophe François - France 3 Pays de la Loire

Le 22 janvier dernier, 5 personnes étaient interpellées pour des faits de violences avec séquestration, en octobre dernier. Des arrestations qui surviennent alors que plusieurs d'entre-elles devaient signer des baux agricoles sur l'ancienne ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Le point sur le dossier.

Par Eleonore Duplay

Les faits remontent au mois d'octobre 2018 : un individu, molesté sur l'ancienne ZAD de Notre-Dame-des-Landes, puis transporté en camionnette avant d'être abandonné, quelque part en périphérie de Rennes. Des infractions qualifiées par Sylvie Canovas-Lagarde, la procureure de la République de Saint-Nazaire​​​​, de "violences aggravées" avec "enlèvement et séquestration" et "association de malfaiteurs".

Trois mois plus tard, 5 personnes sont interpellées, 4 sur la zone de Notre-Dame-des-Landes, une cinquième, dans le sud de la France, où elle avait, semble-t-il, déménagé depuis les faits.

Tous font partie de ceux qui portent des projets, agricoles, artisanaux, ou culturels sur l'espace libéré par l'abandon du projet d'aéroport, quand la victime ferait plutôt partie d'une frange dite "radicale", qui s'oppose à toute forme de négociations avec l'Etat.

C'est cette mouvance qui semble s'exprimer dans un communiqué publié dès le 23 janvier sur le site Indymedia, pour se désolidariser des inculpés, et dénoncer, à travers cette affaire, une forme de milice interne qui règlerait les conflits sur la ZAD : "On ne dit pas à nos soutiens qu’ici, les comptes se règlent aussi à coups de barres de fer."


Qui agressait qui ?


Dans l'autre camp, les occupants porteurs de projets livrent un autre récit : celui d'une agression commise par le plaignant, un homme décrit comme ayant à plusieurs reprises menacé des habitants avec des armes blanches, et qui le 05 octobre, aurait attaqué à coups de hache Greg, l'un des habitants de la ferme de Bellevue : "Ses blessures étaient graves et il a dû être immédiatement conduit à l’hôpital et opéré. S’il n’avait pas eu le bon réflexe de se protéger de sa main, le coup aurait pu le tuer. Devant la gravité de ces faits et pour parer au plus pressé, c’est-à-dire empêcher que d’autres coups ne soient donnés ou que la situation n’empire encore, il a été désarmé et éloigné de la zad."

Le 22 janvier, Greg faisait partie des 5 personnes interpellées, sa détention a été prolongée au terme de la garde à vue. "Il n'est poursuivi que pour des violences avec arme, en l'occurrence, un bâton utilisé pour se défendre, et se trouvait en soins, à la clinique de la main, au moment de la suite des événéments, qui ont été qualifiés de séquestration par le procureur", explique son avocat, maître Benoît Poquet, qui présentera mardi son appel du maintien en détention de Greg.

Avocat de deux autres inculpés, Pierre Huriet confie son trouble sur ce dossier  : " La victime, qui se promenait ce jour-là avec une hache et un bouclier, présente essentiellement des bleus et des contusions, avec 10 jours d'ITT, soit ce qu'on observe dans des faits de bagarre classique. Quant à la séquestration, il s'agit des quelques minutes passées dans un camion, pour l'éloigner de la ZAD. On peut reprocher à mes clients de ne pas avoir fait appel aux forces de l'ordre, mais nous ne sommes pas du tout dans le cadre d'une milice. "  

Surtout, Pierre Huriet pointe le calendrier de ces arrestations, au moment où la situation des inculpés était la plus fragile : la veille du renouvellement par l'Etat des conventions d'occupations précaires, à quelques mois de la signature de baux agricoles par le conseil départemental. De fait, mardi 29 janvier, les occupants avaient rendez-vous en préfecture au sujet de ces fameuses conventions, qui ont été reconduites, alors même que deux des signataires se trouvaient incarcérés. " On est dans la continuité des négociations, il n'a même pas été question des arrestations", raconte Dominique Le Breton, de la Confédération Paysanne, présent lors de cette réunion. 


60 hectares perdus pour le mouvement ?


Une continuité purement administrative pour les inculpés : censé s'occuper d'un troupeau de bovins, Greg a signé pour un projet sur 45 hectares, quand Ben, autre inculpé maintenu en détention, dispose d'une COP pour 15 hectares de permaculture et d'agroforesterie.

"Dans les faits, s'ils restent en prison, ils ne pourront pas tenir leurs engagements, et cela risque de remettre en cause leurs projets", explique l'une des personnes du groupe presse de la ZAD, qui souligne que les 15 COP signées le sont toutes à titre individuel. Autrement dit, même si d'autres personnes ont pris le relais pour gérer le troupeau et cultiver les terres, les hectares risquent d'être perdus pour le mouvement, si les titulaires des baux ne peuvent plus travailler sur la ZAD.

Quant aux trois autres inculpés, ils ne sont pas concernés par les baux agricoles. L'un d'entre-eux, F., arrêté dans le sud de la France, semble avoir pris ses distances avec le mouvement. Les deux derniers, Guillaume et Sarah, ont été libérés à l'issue de leur garde à vue, mais sont sous le coup d'une interdiction de se rendre sur la ZAD, où l'une développait un projet de plantes médicinales, quand Guillaume s'était lancé dans le travail du cuir. "S'ils ont pu être logés à Nantes grâce à la solidarité, leurs projets, leurs proches, leurs vies se trouvent ici, à Notre-Dame-des-Landes, et l'instruction peut prendre des mois, voire des années", se désole au téléphone la personne du groupe presse.


Chantiers collectifs dimanche 03 février


Dans son communiqué, ce dernier dénonce l'instrumentalisation de conflits internes à des fins politiques, dans le cadre d'un vieil antagonisme entre l'Etat et le mouvement de lutte contre l'aéroport.

En attendant le dénouement au tribunal, une conférence de presse et des chantiers collectifs seront organisés ce dimanche 3 février, pour poursuivre les activités agricoles et artisanales des personnes inculpées. "Nous voulons ainsi affirmer notre soutien, dans la continuité, à l'ensemble des projets qui se tiennent sur la ZAD" précise Christian Grisolet, co-président de l'association Poursuivre Ensemble.


 

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