Confinement: la fronde s'amplifie en Pays de la Loire contre l'obligation de fermeture des commerces non-alimentaires

Interdits en centre-ville mais toléré dans les périphéries, les commerces non-alimentaires se rebellent. Après l'amendement de Bruno Retailleau, voté par le Sénat, de plus en plus de communes de la région ont pris des arrêtés pour rétablir "l’égalité de traitement" entre les commerces. 

Un des commerces du centre-ville des Herbiers ouvert ce samedi 31 octobre
Un des commerces du centre-ville des Herbiers ouvert ce samedi 31 octobre © Noémie Marot Saferis France 3
Ce n'est plus une rébellion des campagnes mais aussi un cri qui monte dans les grandes agglomérations.

En témoigne ce coup de gueule du maire de La Roche sur Yon en Vendée.

Dans une lettre adressée au Premier Ministre il lui demande "instamment, sans attendre la clause de revoyure dans 15 jours, de faire confiance à la responsabilité de chacun et de laisser nos commerces de proximité ouverts".

Luc Bouard dénonce "Nous ne voyons rien de cohérent dans ces décisions (...) L'avenir de ces commerçantes et commerçants est anéanti"
 
La colère gronde chez les commerçants de produits non-alimentaires, contraints de fermer leurs portes dés le premier jour du reconfinement. Ils peuvent désormais compter sur le soutien de quelques maires déterminés à rétablir une concurrence loyale entres les acteurs du commerce.

La maire des Herbiers (Vendée), Véronique Besse (divers droite) vient ainsi de signer un arrêté municipal autorisant les commerces non-alimentaires des Herbiers à ouvrir leurs portes. Une décision justifiée par "une rupture d’égalité de traitement entre les supermarchés et hypermarchés et les petits commerces non-alimentaires", précise l’arrêté.

"Considérant que cette pratique crée une pratique déloyale contraire aux décisions annoncées par Monsieur le Président de la République et contraire au principe d’une concurrence libre et non faussée, les commerces non alimentaires sont autorisé à rester ouverts à compter du 30 octobre 2020, jusqu’à ce que l’égalité de traitement soit rétablie", précise le communiqué, transmis au Préfet de Vendée.

Celui-çi vient de préciser ce samedi 31 octobre que "cet arrêté étant illégal (..)les commerces des Herbiers doivent rester fermés". Il a prévu de saisir aujourd'hui le tribunal administratif pour faire annuler cet arrêté.
  La maire des Herbiers, invitée du journal de France3 Pays de la Loire du samedi 31 octobre persiste et signe malgré l'intervention dans l'aprés midi des gendarmes mandatés par le préfet de Vendée.

"C'est le tribunal administratif qui tranchera" précise Véronique Besse (divers droite). 

Aux Herbiers, selon la maire, pas de verbalisation des commerçants mais "nos commerçants ont été contraints de fermer leurs rideaux".

Confrontée au rappel à la loi formulée par le préfet du Maine-et-Loire dans un mail adressé à l'ensemble des maires du département, pour qui un maire ne saurait se soustraire à la loi, (extrait: "un maire ne saurait se soustraire aux lois et règlements de la République de même que s’exposer et exposer les commerçants à des amendes et à des poursuites pénales, ce qui ajouterait au désarroi")Véronique Besse tranche: "Le binôme maire/préfet tant vanté par le gouvernement n'existe pas"

D'autres communes vendéennes plus modestes comme Maillezais aux portes du marais poitevin enclenchent aussi le mouvement.

Un arrêté municipal a été promulgué pour autoriser le maintien de l'ouverture des commerces non alimentaires de la commune.
à  Maillezais en Vendée le maire autorise l'ouverture des commerces non alimentaires de centre-ville
à Maillezais en Vendée le maire autorise l'ouverture des commerces non alimentaires de centre-ville © France 3

Le mouvement est parti de Vendée mais le reste de la région se mobilise également.

Ainsi à Saint-Viaud, commune de Loire-Atlantique située prés de Paimboeuf, en plein coeur du pays de Retz, le maire réagit à la polémique en publiant un arrêté permettant l'ouverture des quatre commerces non-alimentaires situés dans le centre de sa commune.
 

La maire de Fresnay-sur-Sarthe, Fabienne Labrette-Menager (LR), a elle aussi pris un arrêté municipal en ce sens, justifié par les mêmes arguments que ceux de l’édile des Herbiers.

Toujours en Sarthe les commerçants et les artisans du Pays Fléchois appelent à une manifestation dimanche 1er novembre à partir de 10h au marché à la Halle-au-Blé à La Flèche, en Sarthe.

Nul doute que ces décisions font écho aux propos de Bruno Retailleau, sénateur de Vendée. "Ne massacrez pas les commerces de proximité", a-t-il défendu devant le Premier Ministre Jean Castex, jeudi 29 octobre, lors d’une séance au Sénat. 

L’amendement, déposé par Bruno Retailleau, a été adopté à l’unanimité par le Sénat. Celui-ci "permet aux préfets de rouvrir localement les commerces de proximité, si les conditions sanitaires sont remplies", précise-t-il dans un tweet.
 
"En déposant cet amendement, j'ai voulu rétablir l'équité entre les commerces. Il n'est pas normal que le gouvernement autorise les grandes surfaces à ouvrir et à accueillir un très large public, tout en obligeant des commerces locaux à fermer alors qu'ils accueillent peu de monde et qu'ils ont fait des efforts très importants pour s'adapter à la crise sanitaire.
De même, il n'est pas normal que la crise permette d'enrichir les grandes plateformes de distribution sur le dos de nos petits commerçants. Cette distorsion de concurrence risque de donner le coup de grâce à des petits commerces qui ont déjà subi des pertes irréparables lors du premier confinement. C'est la survie même de nos commerçants qui est en jeu, mais aussi la vitalité de nos cœurs de bourg, déjà très affaiblis"
, justifie Bruno Retailleau.

Lors d'un point presse sur la crise sanitaire vendredi 30 octobre, le préfet de Loire-Atlantique a précisé que les arrêtés des maires pour la réouverture des commerces non essentiels étaient sans base légale.
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