Covid-19 : reportage dans le service de réanimation de l'hôpital de La Roche-sur-Yon, en Vendée

A l'hôpital de la Roche-sur-Yon, seule structure qui dispose de lits de réanimations en Vendée, on a presque doublé le nombre de lits disponibles et ils sont pratiquement tous occupés. Or, Le pic de l'épidémie de cette seconde vague de Covid n'est sans doute pas encore atteint. 
 

"N'importe qui peut être atteint, même dans la force de l'âge." Dr Guimard, infectiologue au CHD Vendée.
"N'importe qui peut être atteint, même dans la force de l'âge." Dr Guimard, infectiologue au CHD Vendée. © France Télévisions
Une chambre parmi d'autres, dans le service de réanimation de l'hôpital de La Roche-sur-Yon. Le patient, qui est ici sous oxygène, ne fait pourtant pas partie des "profils" qui permettent aux biens portants de se sentir à l'abri du virus. Il n'est ni très âgé, ni en surpoids, ni affaibli par une pathologie chronique. Non. Il a 42 ans et c'est un bon sportif. Et pourtant, il est arrivé aux urgences il y a deux jours après 10 jours de symptômes et une fièvre à 39.5 qui ne baissait pas. Il fait partie des victimes de la Covid-19.

Le Dr Guimard, infectiologue dans cet hôpital, vient prendre de ses nouvelles. La nuit a été difficile pour ce patient mais ce matin, il se sent mieux. "J'ai repris goût à manger, ça fait du bien" dit-il. "On tient le bon bout" confirme le Dr Guimard, pour qui c'est un signe encourageant.

Le médecin chausse son stéthoscope et se penche sur le dos de son patient pour écouter ses poumons. L'examen est rassurant. "Le ciel s'éclaircit !" sourit le patient. "On va attendre deux ou trois jours avant d'arrêter l'oxygène, précise le praticien, pour qu'on soit sûr qu'on ne fasse pas marche arrière."
 
Le docteur Thomas Guimard Infectiologue au Centre Hospitalier Départemental de la Roche-sur-Yon.
Le docteur Thomas Guimard Infectiologue au Centre Hospitalier Départemental de la Roche-sur-Yon. © France Télévisions

Encore quelques mots pour rassurer mais aussi de prudence, puis le docteur Guimard, accompagné de sa consœur le Dr Colin qui suit également ce patient, enlèvent leur surblouse, frottent leurs mains et avant bras avec du gel désinfectant et quittent la chambre.

"C'est un patient qui a la quarantaine confirme le Dr Guimard, qui fait du surf mais qui est terrassé par la maladie, qui répond très bien au traitement mais qui a besoin de quelques jours d'hospitalisation et d'oxygène. N'importe qui peut être atteint, même dans la force de l'âge."
 

"il y a eu des contaminations qui auraient pu être totalement évitables."

Dans ce service, le Dr Guimard voit arriver des patients qui auraient pu, pour certains,  éviter une contamination en respectant mieux les règles de distanciation sociale. "Notamment dans leur sphère privée, se désole le médecin. Ils ont continué de voir leur famille alors qu'ils auraient pu éviter ou alors ce sont des personnes qui se savaient contaminées et qui ont malgré tout entretenu des relations et il y a eu des contaminations qui auraient pu être totalement évitables."
 
Ce médecin pèse ses mots mais on sent une forme de colère qui pointe.
"On est une équipe soignante qui est extrêmement fatiguée, témoigne-t-il. On a eu la première phase, on a été épargné en Vendée par rapport à d'autres centres qui souffrent beaucoup plus que nous. Mais on ne s'est pas bien reposé cet été, on a récupéré le retard de consultation et nous voici maintenant devant une deuxième phase avec des patients qui sont évitables pour certains." 

Thomas Guimard constate aussi que la situation se tend de jour en jour avec de plus en plus de patients, mais on ne voit toujours pas le pic épidémique. "L'hiver, prévient-il, c'est la saison des virus respiratoires, c'est la saison où on se confine et où on n'aère pas assez. Le coronavirus se rajoute aux autre virus respiratoires."
 

28 lits de réanimation occupés

Avant la crise sanitaire, le Centre hospitalier de la Roche-sur-Yon, disposait de 18 lits en réanimation. La jauge est portée aujourd'hui à 30 lits, dont 28 sont occupés ce jeudi 12 novembre. 

Même s'il constate que les personnels sont plus aguerris à la prise en charge des patients Covid, suite à l'expérience qu'ils ont pu avoir au printemps dernier, Jean-Claude Lachérade, chef du service de réanimation, s'inquiète de voir lui aussi qu'il y a des patients qui n'ont aucune comorbidité et qui présentent une forme grave de l'infection à la covid-19.

"Tous les jours, des patients rentrent dans le service, témoigne le Dr Lachérade, heureusement il y a un turn over suffisant pour que les 30 lits suffisent mais on voit que ça continue à venir et on sait qu'on a encore 15 jours difficiles avant d'espérer obtenir un équilibre lié au confinement. La problématique, c'est de pouvoir concilier les soins aux patients porteurs de la covid-19 et aux autres patients qui nous viennent pour d'autres pathologies en réanimation."

L'hôpital se prépare malgré tout à déprogrammer des opérations dans les jours à venir.
Le service de réanimation du CHD de Vendée, à La Roche-sur-Yon, a augmenté le nombre de lits pour faire face à l'afflux de malades.
Le service de réanimation du CHD de Vendée, à La Roche-sur-Yon, a augmenté le nombre de lits pour faire face à l'afflux de malades. © France Télévisions

Parmi les 140 personnes qui travaillent dans le service de réanimation de l'hôpital de La Roche-sur-Yon, il y a aussi Amandine Celli. Elle est psychologue. Elle accompagne les patients en réanimation qui peuvent être en souffrance psychique du fait de l'hospitalisation qu'ils vivent mais aussi les familles qui viennent visiter leurs proches pour les aider à fait émerger tout ce qui se passe au niveau émotionnel.

"Ce qui est difficile pour les patients la plupart du temps dit-elle, c'est de se retrouver isolé et de culpabiliser d'avoir peut-être transmis à leurs proches cette maladie. Ils ont besoin d'être rassurés aussi parce qu'ils ont entendu beaucoup de choses dans les médias. Ils peuvent avoir amplifié ce qui peut se passer pour eux et ça amène de l'insécurité. L'imaginaire a beaucoup travaillé et il faut déconstruire certaines choses."

Elle est aussi une oreille pour les personnels du CHU.

"Le personnel va bien, estime Amandine, on est moins dans la méconnaissance, on a moins peur, on gère, on contrôle les choses. Il y a toujours des situations difficiles et il faut prendre du temps pour débriefer, discuter, évacuer les émotions. je pense que l'entraide et la collectivité du service font que tous ensemble, on peut aller bien." 
 
C'est sûr, ici comme ailleurs, on a constaté que plus personne n'applaudissait les soignants à 20h. Cette reconnaissance participaient au bien-être du service.  "Je crois qu'aujourd'hui, dit la psychologue, les soignants attendent en priorité de pouvoir répondre au mieux aux besoins des patients. Dans le service, on essaye de s'apporter cette reconnaissance entre nous. Ce qui peut être le plus dur, c'est de ne pas savoir combien de temps ça va durer, et est-ce qu'on sera suffisamment nombreux pour pouvoir prendre en charge tous les patients. Il y a de la fatigue." 

L'hôpital a d'ailleurs lancé d'ailleurs un appel à candidatures pour renforcer ses équipes. A La Roche-sur-Yon, comme dans bien d 'autres hôpitaux, on cherche des Infirmiers et des aides soignants.

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