Lutter contre le harcèlement scolaire, c'est la priorité du gouvernement qui vient d'annoncer un plan interministériel pour la rentrée prochaine. Sur le terrain, certains élèves sont déjà formés à détecter les premiers signaux de harcèlement, des sentinelles qui veillent sur leurs camarades.
Au lycée agricole Pétré, c'est l'heure de la pause. Pendant que leurs camarades en profitent pour prendre l'air, Camille et Mathieu veillent aux moindres signes de harcèlement.
"On est vigilants aux élèves, tout ce qui peut se passer autour, surtout des fois au groupe, explique Camille, quand il y en a qui sont en groupe, il peut y en avoir certains qui soient plus à se moquer des autres,c'est l'effet de groupe"
Les Sentinelles veillent aussi sur les élèves isolés. "Des fois, on en voit qui sont tout seuls à marcher ou, justement, ceux qui sont en groupe regardent un peu ceux qui sont tout seuls".
Le réseau Sentinelles et et Référents
Formés pendant près d'un an, les deux adolescents font partie des Sentinelles, un dispositif destiné à prendre en charge au plus tôt les premiers signes d'intimidation.
"On prend vachement notre rôle à cœur parce que déjà, le fait que ce soit des élèves qui parlent à un élève, c'est beaucoup plus enrichissant parce qu'on se dit qu'il y a plus de contact", explique Camille.
"J'ai une petite expérience personnelle aussi, raconte Mathieu, ce qu'on a pu vivre quand on était plus jeune, si on s'est fait harceler, on se sent un peu concerné".
Mis en place depuis deux ans dans cet établissement, le groupe de Sentinelles comprend 16 jeunes encadrés par six adultes. Deux à trois fois par semaine, ils se retrouvent le midi pour échanger sur leurs observations.
Un enrichissement personnel
Cécile Chauvet, l'infirmière scolaire de l'établissement, responsable du dispositif, salue l'efficacité des sentinelles qui lui permettent de prendre en charge à temps les victimes de harcèlement.
"Le harcèlement est déjà bien en place, quand malheureusement, on s'en aperçoit, explique-t-elle, parce qu'ils ont des symptômes physiques, ils somatisent, ils ont des résultats scolaires en baisse ou absentéisme"
"Le fait qu'on ait des jeunes dans le réseau, eux voient des choses qu'on ne voit pas, perçoivent des choses qu'on ne voit pas", poursuit Cécile Chauvet.
Ils ont tout à fait leur place pour aider leurs pairs
Cécile ChauvetInfirmière scolaire
Investis d'une mission auprès de leurs camarades en allant faire de la prévention, les Sentinelles progressent dans leur vie de tous les jours.
"Par rapport à la prise de parole, c'est beaucoup plus facile, le fait de faire des interventions dans les classes, on a fait des formations à Angers, on a fait beaucoup d'interventions. Rien que ça, ça permet d'avoir une meilleure prise de parole et puis d'être beaucoup plus à l'aise à l'oral", estime Camille.
Sentinelles depuis deux ans, Camille et Mathieu, comme deux autres membres du groupe, terminent ce mois-ci le lycée. Ils quitteront les Sentinelles, mais ont déjà formé leurs remplaçants afin de prendre le relais dans la lutte contre le harcèlement.
Le reportage de Quentin Carudel, Damien Raveleau et Mariano Zadunayski