Permaculture : jardiner en ville, c’est possible

Les adhérents de l'Oasis Citadine sont formés à la permaculture. / © FTV
Les adhérents de l'Oasis Citadine sont formés à la permaculture. / © FTV

En France, les trois quarts de la population habitent en ville. Pas facile, dans ces conditions, de cultiver ses propres légumes. Et pourtant, un peu partout, des potagers urbains fleurissent sur le béton. À Montpellier, On a la solution ! vous présente l'Oasis Citadine.

Par Lisa Macineiras

Nichée dans le parc d’un château du XVIIIe siècle aux portes de Montpellier, une parcelle déborde de verdure. Un chapeau de paille enfoncé sur la tête et une bêche à la main, un jeune homme avance dans ces allées luxuriantes. À 27 ans, ce petit-fils d’agriculteur retrouve le chemin des jardins. “J’ai grandi en passant mes vacances à la ferme, mais en arrivant en ville, je me suis rendu compte de ce décalage : beaucoup de personnes n’avaient jamais mis les mains dans la terre” raconte-t-il.

Sébastien Girault est le directeur de l’Oasis Citadine, une ferme urbaine collaborative qui regroupe déjà une centaine d’adhérents. On a la solution, l’émission qui fait le tour de France des initiatives écologiques et citoyennes, vous emmène découvrir cet îlot de verdure. 
 


Inaugurée en 2018, l’Oasis Citadine est un modèle participatif d’agriculture urbaine. Pour quarante euros par mois, les adhérents peuvent venir jardiner dans ce jardin aux côtés de professionnels. Ils repartent ensuite avec un assortiment de légumes. “ Ça ne permet pas d’être autosuffisant, mais ça leur fournit une part importante de leur consommation ” indique Sébastien. Depuis sa création, ce potager partagé a déjà distribué près de six cent paniers. 

Ici, les jardiniers appliquent les principes de la permaculture, cette manière de concevoir les écosystèmes dans leur ensemble. Sur ces anciennes vignes,  laitues, carottes et radis côtoient désormais des poules et des mares aux eaux saumâtres.“ L’une des clefs de l’agro-écologie -ndlr: la technique de la permaculture-  c’est d'intégrer plutôt que de séparer. Par exemple, on crée des mares au coeur des potagers pour attirer de la biodiversité : les abeilles pollinisent les légumes, les libellules mangent les moustiques et certains insectes ravageurs... On recrée un équilibre.” En quelques mois, cette parcelle de quatre héctares s’est transformée en un joyeux fouillis végétal.
 

“ Notre vrai vocation c'est d’apprendre.”

 “ On veut  permettre à chacun de cultiver soi-même ses propres légumes, de redécouvrir le goût des vraies chose et de comprendre le travail que ça nécessite” affirme le directeur du lieu. À l’Oasis Citadine, les cours de yoga, de cuisine ou encore le bar associatif sont aussi là pour créer du lien dans la petite communauté des “oasiens”. “ Cet aspect de groupe, ce “faire ensemble” permet de rendre le jardinage convivial et ludique.”  

Avec son bar associatif et ses cours variés, l'Oasis Citadine est aussi un lieu de rencontre. / © FTV
Avec son bar associatif et ses cours variés, l'Oasis Citadine est aussi un lieu de rencontre. / © FTV

 Le boom des potagers en ville 


Potagers verticaux, jardins partagés, fermes urbaines sur les toits ou en sous-sols... Un peu partout, les Français tentent de faire revenir l’agriculture au coeur de métropoles. “A l’origine, cultiver en ville , ce n’est pas quelque chose de récent” explique Swen Déral, le co-fondateur de la SAUGE, la Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée. “Avant, il y avait les maraîchers parisiens, puis c’est revenu dans les années cinquante avec le développement des jardins ouvriers. La différence, c’est qu'aujourd'hui ça se poursuit aussi dans une quête de biodiversité.” La grande majorité des potagers qui poussent en ville le font d'ailleurs sans pesticide.

Ce jeune activiste aux lourdes boucles brune s'est fixé un objectif : que tout le monde jardine au moins deux heures par semaine. Son association organise chaque année les “48 h de l’agriculture urbaine”. Pendant un week-end, au début du printemps, les citadins sont invités à venir jardiner dans les rues. D’une trentaine d’initiatives recensées à Paris en 2016, les “48h” en réunissent désormais près de cinq cent cinquante dans quinze villes de France. “ Notre but, c’est d’atteindre les 100 000 visiteurs. On voudrait en faire un festival du type fête de la musique, en version pelles et rateaux.”
 

La SAUGE accompagne également plusieurs projets de fermes urbaines et de jardins partagés. Après l’occupation d’une friche à Bobigny, en région parisienne, l’association a installé des potagers dans les espaces communs des immeubles du quartier. « On savait qu’on allait partir, mais l’idée était de mettre un coup de projecteur sur la pratique et de former des habitants en tant qu’ambassadeurs de la ville comestible», reprend Swen. Dans chaque jardin partagé, une quinzaine de résidents s’occupe désormais régulièrement des légumes. Et des professionnels de l’association les accompagnent ponctuellement.
 

La particularité française 


 “En France, on a des projets qui intègrent plus la dimension sociale” observe Anne-Cécile Daniel, la coordinatrice nationale de l’AFAUP, l’Association Française des Professionnels de l’Agriculture Urbaine. “Il y a cette volonté, beaucoup plus marquée que dans d’autres pays, de sensibiliser le public avec des légumes locaux et bio et de permettre cet accès à la nature pour tous.” Une particularité nationale, qui tranche avec les modèles “ high tech” et productivistes qu’on peut trouver à l’étranger. En France, ce n’est pas l’espace qui manque : sur 55 millions d’hectares sur le territoire national, 28 millions sont occupés par des espaces agricoles. 
 
© Regis Raffin / Lisa Macineiras
© Regis Raffin / Lisa Macineiras



D’ailleurs, ces potagers des villes n’ont pas vocation à concurrencer les productions rurales. “ L’agriculture urbaine n’a de sens que si elle est en lien avec le monde agricole.” reprend Anne-Cécile Daniel. “ C’est vraiment un outil de sensibilisation qui, s'il peut contribuer à approvisionner les villes, aide plutôt à trouver d’autres marchés et peut-être aussi,  à réconcilier l’agriculture avec le monde urbain.” Une étude, menée en 2016 aux Pays-Bas, affirme d’ailleurs que ces cultures citadines ne pourraient fournir que 3 % des fruits en légumes consommés dans les grandes villes européennes. 

Nombreux sont les projets qui collaborent avec des structures d’insertion ou organisent des activités pédagogiques. “Les gens se sentent bien dans les jardins et ça en motive certains à se former. Ça permet aussi de rajeunir les générations d’agriculteurs.” Pas moins de quatre diplômes proposent désormais des spécialisations dans cette branche de l’agriculture urbaine.

Et la pollution? 


Si l'intérêt écologique de ces niches de biodiversité dans la ville  n’est plus à démontrer, l'agriculture urbaine questionne quand même sur le plan sanitaire. Les substances retrouvées en ville sont différentes de celles des zones rurales: si les légumes citadins ne sont pas exposés aux pesticides, ils subissent tout de même la pollution de l'air. “Il y a quand même un dépôt atmosphérique”  admet la responsable de l’AFAUP. “ Mais si on lave bien les légumes, on est bien en dessous des normes européennes.” 

Ina Saumel, une chercheuse à l’université technique de Berlin est l’une des rares spécialistes du sujet. Dans une étude, publié en 2012, elle met en évidence la présence de métaux lourds dans certains légumes cultivés à proximité de fortes zones de trafic routier. Cependant, ces contaminants peuvent être freinés par  la présence de bâtiments ou de grands massifs végétaux et ne montent pas en altitude.“ Nos études montrent que les métaux lourds arrivent jusqu'au balcon du premier étage mais que, dès le second étage, la contamination est déjà clairement réduite “ explique la chercheuse dans ce documentaire, où elle détaille les solutions qui existent pour préserver les potagers.
 

 


C’est en revanche dans les sols que la pollution peut vite devenir problématique. Dans certaines zones, comme sur les friches fortement polluées par un passé industriel, la culture et l’élevage d’animaux peut s’avérer risqué.  Dans un rapport rendu en 2017, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie avance que : “les contaminants peuvent en effet être transférés en quantités variables dans les denrées selon la nature des sols, les plantes cultivées, les animaux élevés et le type de contaminants”. Mais l’agence tempère, en affirmant que ces observations ne sont pas généralisables. "Chaque site doit être considéré spécifiquement” conclut-elle. Une recommandation d’autant plus modérée que les cultures dans ces zones polluées sont souvent effectuées dans des jardinières hors sol. 

Paris: capitale verte? 


A Paris, où se concentrent une grande partie des ces anciennes usines, les politiques assurent tout faire pour reverdir la ville. D’ici 2020, la mairie promet de consacrer 30 hectares à l’agriculture urbaine et 100 hectares de murs, toits et friches végétalisées. Pour ce faire, elle lance chaque année des appels à projets pour installer des " Parisculteurs" dans la ville. Les laureats sont ensuite accompagnés par la mairie, comme la microferme présentée dans cette vidéo. 



“S'il n’y a pas d’engagement politique, il est vrai qu’on n‘arrive pas a installer ces projets. Mais au contraire si on est trop politisés on a des projets qui vont être vulnérables aux changements électoraux” tempère Anne-Cécile Daniel, la coordinatrice nationale de l'AFAUP, qui rappelle que ces projets sont avant tout le fruit d'initiatives privées.  
Citoyens et entreprises s'emparent du sujet. Et des projets d'envergures commencent à voir le jour. Au Printemps 2020, la plus grande ferme urbaine d'Europe ouvrira sur les toits du Parc des Expositions, dans le 15ème arrondissement de Paris. Quatorze héctares de culture, une vingtaine de jardinier et jusqu'à une tonne de légumes produite en haute saison. Des micro-fermes, aux grandes exploitations, il n'y a qu'un pas. 

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Nous remercions the Island, un espace de coworking dédié aux acteurs de l'ESS du territoire montpelliérain qui a accueilli notre tournage. 

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