Kem One : le jour de vérité

Après neuf mois d'incertitude, et deux jours d'ultimes rebondissements, le tribunal de commerce de Lyon tranche aujourd'hui l'avenir des 1.300 salariés concernés par le redressement judiciaire du groupe chimique Kem One.

Les salariés Kem One en grève - archives France 3
Les salariés Kem One en grève - archives France 3
Depuis hier, c'est officiel une seule offre demeure : celle de l'industriel français Alain de Krassny, déjà propriétaire d'un groupe chimique autrichien Donau Chemie. L'autre repreneur potentiel, le fonds d'investissement américain Open Gate Capital, s'est officiellement retiré hier.

Un retrait seulement "technique"

Devant le tribunal de commerce mercredi, les deux candidats avaient proposé à la surprise générale une offre conjointe de reprise en vue de gérer ensemble le groupe spécialisé dans le PVC. Le parquet de Lyon avait cependant prévenu qu'un tel scénario n'était pas réalisable et les deux repreneurs y ont finalement renoncé jeudi. La volonté de s'associer n'est pas remise en cause

"Il n'était pas possible de présenter au tribunal une nouvelle offre car les délais n'étaient pas suffisants", a expliqué Lionel Spizzichino, l'avocat d'OpenGate.


Le fonds américain, qui négocie parallèlement le rachat d'usines de transformation de PVC au groupe belge Solvay, entrera cependant au capital de Kem One dans un second temps si le tribunal désigne M. de Krassny comme repreneur. "La volonté de s'associer n'est pas remise en cause, on garde le principe d'une fusion dans l'intérêt stratégique et industriel de Kem One", a assuré une porte-parole de la direction du groupe, né en 2012 de la vente par Arkema de son pôle vinylique au financier américain Gary Klesch, pour un euro.

Pour Montebourg, le retrait de l'américain ne change rien


En visite jeudi sur un site de Kem One à Balan (Ain), le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui a suivi de près le dossier
depuis mars, a estimé que cet ultime rebondissement "ne change rien parce que les deux repreneurs se sont mis d'accord". Il s'est dit "confiant" dans l'issue de la procédure. La première étape du projet commun aux deux repreneurs passe aujourd'hui, si le tribunal de commerce en décide ainsi, par la cession à M. de Krassny des activités amont de Kem One (chlorochimie et production de PVC), seules concernées par le redressement judiciaire. La deuxième sera l'acquisition des activités aval (fabrication de tubes et profilés en PVC) que Gary Klesch s'est engagé à céder, pour un euro également, au repreneur désigné par le tribunal.

Deux actionnaires pour un groupe


Les nouveaux actionnaires prendront toutefois le temps d'examiner la situation de l'aval, a précisé l'avocat d'OpenGate, assurant que "les deux  actionnaires resteraient actionnaires des deux parties". Le maintien d'une activité intégrée, de l'amont à l'aval, est essentielle aux yeux des syndicats.

"On attend encore les résultats de la délibération du tribunal. Et après on sera soulagé. Pour l'instant rien n'est encore fait, mais on a bon espoir", a confié Eric Veyre, salarié du site de Balan. "Je préfère que ce soit de Krassny que d'aller à Pôle Emploi. Il n'y a pas de patron idéal, les deux avaient des forces et des faiblesses, et je pense qu'en joignant leurs offres après le tribunal, il y aura plus de forces qu'avec un seul repreneur", a estimé Grégory Benedetti, délégué central FO.on craint que de Krassny n'ait pas la surface financière pour les problèmes qu'aura l'amont

"On est très inquiet, on craint que de Krassny n'ait pas la surface financière pour les problèmes qu'aura l'amont. Si ça se fait, c'est en grande partie avec des fonds publics, le contribuable vient au secours du privé. Si demain il y a de la casse chez Kem One, ça va faire du bruit, on tiendra pour responsable le gouvernement", a estimé Didier Chaix (CGT).


Une liquidation de Kem One pourrait avoir un effet domino sur 10.000 emplois dans la filière pétrochimique selon le gouvernement, jusqu'à 25.000 selon les syndicats.
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