A Carpentras, ville socialiste du Vaucluse, département présidé par la gauche depuis 2001 et convoité par le Front national,
les électeurs ont glissé dans l'urne dimanche un bulletin de vote souvent par devoir mais pour certains sans réel espoir de changement.
Dans le centre de la capitale du Comtat venaissin, plombé par un ciel gris et des commerces fermés, Hélène, âgée de 64 ans, avait déjà glissé son bulletin dans l'urne à 9H. "Je vote tout le temps, c'est un devoir civique, et parce qu'on a eu beaucoup de mal, nous les femmes, à avoir le droit de vote", explique la sexagénaire.
Au bureau de vote, "il y avait du monde", se réjouit-elle.
Sur les marches de l'église Saint-Siffrein, deux paroissiennes de 68 ans et 77 ans, qui préfèrent rester anonymes, estiment elles aussi que le vote est un droit qu'il faut "préserver". "Il y a tant de pays qui n'ont pas ce droit !
Même pour nous, on ne sait pas ce qui nous pend au bout du nez... enfin on verra demain"
glisse la septuagénaire.
Les électeurs de cette petite ville de 26.000 habitants ont le choix entre quatre binômes. L'avocat frontiste Hervé de Lépinau espère prendre sa revanche sur le maire socialiste, Francis Adolphe, qui n'a pas demandé d'investiture et qui l'avait battu aux municipales en 2014. La droite est représentée par l'UMP et Debout la France, dont un remplaçant est Patrick Bassot, conseiller général FN élu en 2011, mais écarté depuis du parti.
"C'est un peu critique et assez tendu"
A la mairie où ont été aménagés deux bureaux de vote, les électeurs se succèdent dans les isoloirs à un rythme "fluide mais en continu", indique une femme à l'accueil.Jean-Claude, un agent d'entretien de 54 ans, et Patrick, un peintre en bâtiment de 58 ans, accomplissent, résignés, leur devoir citoyen à chaque scrutin. "On vote pour des promesses, mais pour l'instant (il n'y) en a pas un qui les a tenues",
soupire Patrick.
"Les uns ou les autres, ça ne changera pas les problèmes"
renchérit Jean-Claude.
Farid, baladeur sur les oreilles et chaussures de running aux pieds, passe devant la mairie sans y entrer: il ne vote plus depuis 10 ans. "J'ai été assez déçu des politiciens et de la population :
c'est bien de dire qu'il faut vivre ensemble mais on n'est pas capable d'accepter les différences"
déplore le sportif.
Sur le vaste parking des platanes, où s'installe chaque dimanche une brocante, le sujet des départementales n'intéresse guère les chalands, estime Mireille, qui vend divers objets.
Marthe et Frédéric, un couple de quadragénaires, en revanche, sont "particulièrement" mobilisés et iront déposer un bulletin dans l'urne cet après-midi.
"C'est un peu critique et assez tendu. On est obligé d'aller voter"
estime Frédéric, qui craint que l'abstention profite au Front national.
Sa compagne a choisi de donner son suffrage "à la personne qui peut le plus contrebalancer le FN", même si ce candidat "ne correspond pas à (ses) idées politiques".
La gauche plurielle, qui préside le département du Vaucluse depuis quatorze ans, est menacée par les ambitions du FN qui doit faire face à la concurrence de la Ligue du Sud, autre formation d'extrême droite.